Le champagne Lombard lance une nouvelle cuvée lieu-dit « Les Bauves » issue du village de Cramant. Si l’approche bourguignonne n’est plus une nouveauté au pays des bulles, la démarche exploratrice de cette « Maison vigneronne » qui souhaite voir sa gamme évoluer au gré de ses découvertes ne manque pas d’intérêt.

Vous ne croyez pas à l’influence du sol ? Vous n’avez sans doute jamais dégusté la gamme « Terroir » du champagne Lombard qui comprend quatre cuvées parcellaires et quatre cuvées Monocrus. Prenez « Les Ribauds » (65€), sur cette cuvée lieu-dit de Villedommange, bien malin celui qui à l’aveugle parviendrait à reconnaître un pinot meunier. Comme elle est loin l’expression forte et charnue du fruit que l’on attribue d’habitude au cépage ! On a affaire au contraire à un vin réservé, discret, avec des notes qui tendent vers le poivré, le mentholé, un côté très vif. Le rôle du millésime n’y est pour rien : chaque année offre à quelques nuances près la même expérience. C’est là tout l’intérêt de proposer ces champagnes en Brut nature, aucun biais ne vient altérer les comparaisons aussi bien entre les différentes parcelles qu’entre les différents millésimes.

Une gamme appelée à évoluer

Le voyage ne fait que commencer. Thomas Lombard, le directeur général, souhaite désormais faire tourner ces cuvées lieux-dits, en renouvelant l’une d’entre elles chaque année afin d’emmener le consommateur vers toujours plus de découvertes. « Quand je dois choisir un vin dans un restaurant, je prends celui que je ne connais pas ! » Et pour entamer ce mouvement, la Maison vient de lancer « Les Bauves », une cuvée issue d’un lieu-dit du village de Cramant, sur la Côte des Blancs, qui remplacera « Le chemin de Flavigny » (Avize).

La démarche répond aussi à une nécessité : ces vins sont souvent réalisés en partenariat avec de jeunes vignerons qui veulent se lancer dans l’élaboration de leurs propres champagnes. Ils trouvent dans la vente d’une partie de leurs raisins pour ces cuvées parcellaires un moyen commode de financer les investissements induits (cuverie…) Cette vinification sans assemblage qu’offrent peu de négociants, leur permet aussi d’avoir une première vision de ce que pourraient être leurs futurs vins. Il ne s’agit donc pour eux que d’une étape transitoire ce qui explique l’importance de trouver régulièrement de nouvelles parcelles.

Ci-dessous : Thomas Lombard, directeur général, et Laurent Vaillant, chef de cave.

Le nom « Les Beauves » renverrait aux traces fossilisées laissées par les feuilles. La parcelle se situe sur une pente faible, un terrain plus argileux et alluvial où la craie est assez profonde. L’expression est donc un peu moins minérale que sur des crus à craie affleurante comme le Mesnil. Mais elle gagne en complexité, ce qui est davantage adapté au Brut nature. Les Bauves représente ainsi un bijou d’équilibre, avec un volume très bien travaillé, une belle longueur, de la fraîcheur, de la minéralité, du fruit qui s’exprime très bien même s’il n’a pas été poussé par l’ajout de sucre, une certaine richesse, bref, tout ce que l’on aime chez un grand blanc de blancs !

On devine derrière une vinification millimétrée. À la vendange, on a veillé à cueillir avec une maturité plutôt avancée, afin d’éviter la chaptalisation. Et pour que cette maturité ne vienne pas altérer la fraîcheur, le chef de cave n’a pas déclenché de fermentation malolactique. L’élevage assez long sous bois marque à peine le vin grâce à un parc à fûts ancien comprenant des gros contenants comme des demi-muids. Le recours au bâtonnage, qui donne du gras, de la matière et de la rondeur, compense la recherche de sucrosité liée à l’absence de dosage.

Le champagne Lombard veut encore affiner son style : il devrait dans les années à venir commercialiser un monocru sur Aÿ pendant indispensable par son exposition à son monocru de Verzenay (54€), et rééquilibrer cette partie de la gamme où dominent pour l’instant les blancs de blancs. Il envisage la création d’un chai et d’un espace d’accueil et de dégustation. La réalisation, temporairement suspendue, a été confiée à l’architecte Giovanni Pace (le Royal Champagne, les cuveries de Moët & Chandon à Oiry). Située au cœur de la ville d’Épernay, et presque invisible pour le passant, il s’agit de mettre en lumière cette maison historique, créée par l’arrière-grand-père de Thomas en 1925 et assise sur des caves du XVIIIe siècle.

www.champagne-lombard.com