(Photo JC Chapuzet)
(Photo JC Chapuzet)

Sans surprise mais procurant toujours autant d’émotion, la verticale du Château Beychevelle fut de très haut niveau.

De 1986 à aujourd’hui, les Hommes passent, indiquent telle ou telle direction – un peu plus d’élevage en fûts neufs, une légère augmentation du cabernet sauvignon… – mais c’est avant tout le terroir qui parle.
Philippe Blanc, le directeur général, comme Romain Ducolomb, le directeur technique, sont les premiers à l’affirmer. Dans ce haut lieu de Saint-Julien, les vins demeurent une leçon d’équilibre.

2018 primeurs
La proportion de premier vin est de 52%, ce qui est en dessous de la moyenne habituelle. Le nez délivre une très belle sucrosité avec une sensation de croquant qui se confirme dès l’attaque. Ce volume est tempéré par une superbe acidité et une suavité, ce tout qu’on appelle l’équilibre. Nous y sommes. Le merlot l’emporte sur ce millésime pour 50% de l’assemblage (41% de cabernet sauvignon, 3% de cabernet franc et 6% de petit verdot). Le prix est sorti, il est de 60HT € départ négoce.

2017
C’est encore un bébé avec un nez d’une grande finesse où les arômes du cabernet sauvignon (cacao, tabac, cèdre…) font la loi. Cette puissance se commue en bouche avec une légère sensation de dilution, c’est très délicat avec une finale saline très agréable. Le cabernet sauvignon compte 50% de l’assemblage contre 45% de merlot, 1% de franc et 4% de petit verdot.

2016
C’est le premier millésime qui est produit dans les nouvelles installations techniques du Château Beychevelle et quel millésime ! Le nez nous emmène d’emblée sur la richesse et l’opulence. C’est le bal des fruits rouges avec une dominante de groseille pour la note acidulée. L’attaque est très vive avec une forte concentration, des tannins multiples qui font se fondre avec le temps. Sur ce millésime, le merlot et le cabernet sauvignon sont ex æquo à 47% (1% de cabernet franc et 5% de petit verdot)

2015
Le nez est sublime. La profondeur du fruit noir se conjugue à des notes de sarments. L’attaque est d’une grande fraîcheur, elle dirige tout pour un vin ciselé et tendu. Le touché tannique achève le caractère sublime de ce vin qui promet une très longue garde. C’est un millésime qui retient 7% de cabernet franc, peut être une explication de cette fraîcheur (42% de sauvignon, 47% de merlot et 4% de petit verdot).

2014
Le nez est très charmeur, c’est un vin déjà plaisant avec des parfums de fruits rouges et noirs compotés. L’attaque est très volumique, les architectes de ce millésime et le dictat du millésime imposent un vin sur la rondeur, plus que sur la longueur. La finale est assez serrée, les tannins demandent encore à se polir. C’est un millésime très merlot – 51% contre 39 % de cabernet sauvignon.

2013
30 hectolitres par hectare, c’est le plus petit rendement de l’histoire – connue – du château Beychevelle. Le nez est intense et très cabernet, sur le poivron avec une finale légèrement asséchante. C’est le charme de l’effet millésime, c’est racé, il pinote légèrement. Dans l’assemblage, le petit verdot fait péter les scores avec 9% du volume (55% de cabernet sauvignon et 36% de merlot)

2010
Dès le nez, c’est un prince. Il y a l’équilibre et la profondeur des meilleurs vins médocains. Il tient son rang de vedette avec une explosion d’arômes sur l’élégance, tout est fin, subtil, suave. La structure tannique est multiple et dotée d’une très belle énergie. C’est grandiose. Ce millésime retient 54% de cabernet sauvignon, 38% de merlot, 5% de cabernet franc et 3% de petit verdot.

2009
Ce millésime très solaire délivre un vin qui montre ses muscles, nous sommes sur la démonstration, c’est la puissance et la gloire de Graham Greene. Il penche vers Pauillac mais la rondeur et l’équilibre propres à Saint-Julien le rattrapent. C’est un très grand flacon composé de 46% de sauvignon, 44% de merlot, 6% de franc et 4% de petit verdot.

2006
C’est un millésime frais et tardif qui a fait la part belle au beau cabernet sauvignon (59%) alors que les merlots (29%) ont eu davantage de mal à mûrir. Le nez est très vif avec des notes herbacées et boisées. Il commence à avoir un peu de bouteille, on entre dans les millésimes anciens pour prendre la mesure de la garde, sur des notes tertiaires, nobles à tout prix.

2005
On attaque un millésime mythique. Le nez est sublime avec une très grande fraîcheur qui lui confère de l’énergie. Dès l’attaque, c’est une leçon de plaisir, de terroir. Le bonheur est un sport d’équipe, écrivait Romain Gary, qui plus est autour d’une bouteille de Beychevelle 2005. C’est élégant à tout point de vue.

2003
C’est le millésime de la canicule avec des notes de poivrons et de cèdres. L’attaque est tenue par une belle matière qui résiste aux années, Beychevelle s’en sort bien pour une bouche légèrement squelettique qui “grenache” et ça donne un côté très digeste. La proportion de merlot est faible (34%), le cabernet sauvignon est majoritaire (53%).

2000
La couleur est encore très sombre avec une sensation de richesse. Le nez est très envoûtant, le cabernet sauvignon semble très présent, c’est un pur fruit de graves. Les notes fumées de sarments braisés font de ce millésime un grand vin de gastronomie.

1998
Le nez du 98 est très vif, très racé avec cette note de vernis à ongles sur ces vins qui ont quelques années. Il y a encore de la tension et du tempérament. Ce Beychevelle marche sur ses vingt ans sans encombre. La finale sur la cerise à l’eau de vie et sur la griotte complète cet heureux tableau.

1996
Le nez montre encore de la nervosité et de la fraîcheur. L’attaque est très vive avant de s’estomper rapidement mais des notes très délicates de moka et de boîte à cigares élèvent l’ensemble. C’est un très grand millésime et le Château Beychevelle a répondu présent par une sélection parcellaire plus drastique. Le sauvignon domine à 52% (35% de merlot, 7% de cabernet franc et 6% de petit verdot)

1986
On passe largement la barre des 30 ans et le nez du millésime 86 ne montre aucune faiblesse. Il dégage une grande profondeur, témoignant parfaitement du terroir de graves où les cabernets sauvignons comme les merlots s’épanouissent. La fraise écrasée et les notes de tabac dominent, subliment. Bluffant !