(photos F. Hermine et DR)
(photos F. Hermine et DR)

Jean-Christophe Mau rêvait de gérer son propre domaine, il l’a fait en 2005 en rachetant le château Brown en Pessac-Léognan où il n’a cessé de faire progresser la qualité et la biodiversité.

Le cadet de la cinquième génération de négociants voulait avant tout devenir vigneron plutôt que de perpétuer uniquement la tradition familiale. Jean-Christophe Mau a néanmoins fait ses armes dans la maison éponyme après un détour par le monde de la finance et continue à gérer les achats grands crus d’Yvon Mau. Mais il s’investit avec passion depuis une quinzaine d’années pour le château Brown. La « belle endormie » rachetée à Bernard Barthe était « plutôt bien tenue mais l’investisseur qui s’était offert le domaine 13 ans plus tôt n’était pas vigneron et n’avait nullement cherché à travailler la marque » commente Jean-Christophe. C’est donc ce à quoi il s’est attaché en relevant sans cesse la qualité.

La reconnaissance est arrivée progressivement, y compris de la grande distribution, venue frapper à la porte du château pour les foires aux vins à partir du millésime 2014 tout en acceptant de se voir imposer le prix de vente (24,95€ pour le dernier millésime 2016 chez Auchan). Aujourd’hui, l’heureux propriétaire se félicite d’être même sur les réseaux sociaux tout en déplorant « qu’internet ait accéléré la starification des millésimes… et la paupérisation de certains comme le 2013 qui commence seulement à retrouver une place en restauration, mais plus par le prix face à d’autres millésimes plus chers que pour sa qualité. Je crains pourtant qu’après le gel de 2017, le mildiou et surtout la grêle en 2018, il y ait bien d’autres millésimes qui souffrent à l’avenir des dérèglements climatiques…». Le domaine est à majorité rouge (26 hectares dont 55% de cabernet sauvignon, 40% de merlot et 5% de petit verdot) complétés par 5 ha de blancs (70% sauvignon, le reste en sémillon). Château Brown s’est d’ailleurs fait connaître par cette couleur (vinifiée et élevée en fûts), aujourd’hui à forte réputation et un rosé de pressée en édition très limitée (2000 bouteilles par an) complète la gamme depuis 2012.

Priorité à la biodiversité

Des choix drastiques ont également été faits au vignoble avec une restructuration progressive, le drainage des parcelles et une agriculture très raisonnée. Herbicides et insecticides (hormis la flavescence dorée obligatoire) ont été bannis tout comme les traitements anti-botrytis et les produits CMR (cancers mutagènes reprotoxiques). « On ne s’engage pas complètement dans le bio principalement à cause d’années comme 2018 et des attaques de mildiou fréquentes en Bordelais car il ne faut pas oublier que nous restons sous un climat océanique et malgré le réchauffement climatique, avec un fort taux d’humidité ».

La propriété engagée dans le SME (Système de Management Environnemental) des vins de Bordeaux et est labellisée HVE depuis un an et demi. Le château Brown a replanté haies, orties et 180 arbres en trois ans, installé 6 ruches, suit la consommation d’eau et d’électricité, retraite les effluents viticoles, travaille avec la LPO pour l’installation d’abris-nurseries à chauve souris, très efficaces pour lutter contre le ver de grappe. Jean-Christophe, particulièrement soucieux de biodiversité, a souhaité préserver 45% du domaine d’une soixantaine d’hectares en milieux naturels, chênes et bois qui bordent le vignoble. Il travaille avec un piégeur professionnel pour réguler la population de pies, corbeaux, renards et devrait aménager des points d’eau entourés de maïs pour détourner les sangliers des vignes (ils ont englouti 2,3 t de merlot en septembre dernier).

Le souci de comprendre l’environnement l’a poussé à remplacer Stéphane Derenoncourt, conseiller en cave, par Lionel Burosse, un consultant vignoble pour un meilleur suivi des parcelles et des traitements des sols. Une étude géologique a abouti en 2016 à la replantation de 3 ha sur une parcelle propice à la production de rouges, des jeunes vignes qui sont entrées dans le second vin, Le Colombier (ou La Pommeraie) depuis le millésime 2018. Jean-Christophe bénéficie d’un vignoble d’un seul tenant au milieu de la propriété qui s’est agrandi récemment de 7 hectares supplémentaires. La chance aujourd’hui du propriétaire est d’être actionnaire très largement majoritaire. Le chai devrait être agrandi à moyen terme mais les projets d’œnotourisme avec une nouvelle boutique à aménager dans l’ancienne chartreuse et des chambres d’hôtes dans la forêt ont été différés à cause des aléas climatiques des deux derniers millésimes.

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Château Brown blanc 2015 (70% sauvignon, 30% sémillon, fermenté en fûts neufs à 50% et élevé 8 mois en barriques) Les blancs ont été confiés depuis 10 ans à l’oenologue Philippe Dulong. Aromatique sur des notes d’agrumes et d’épices, gras et puissant (60€ en magnum)

Château Brown rouge 2014 (55% cabernet sauvignon, 42% merlot, 3% petit Verdot (élevage 100% en barriques dont 40% neuves pendant 12-15 mois) Une belle typicité de graves sur une note fumée, des arômes de cassis et griottes et des tanins soyeux. (25€)

Château Brown 2015 (même assemblage, même élevage) : Des arômes de fruits noirs, cassis, cerises sur des épices douces, une structure puissante sur des tanins enrobés mais présents et un léger boisé. (28€)