Hervé Bache Gabrielsen (photo Alexis Berg)
Hervé Bache Gabrielsen (photo Alexis Berg)

Le directeur de la maison Bache Gabrielsen gère la crise au jour le jour. 23 salariés, un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros pour 75 000 caisses de vente annuelle sont suspendues à ses décisions. Le responsable de la maison leader sur les marchés scandinaves observe même des hausses sur certains marchés.

Hervé Bache Gabrielsen, avant même l’arrivée du COVID-19 en France, la situation était-elle déjà tendue en rapport au virus qui sévissait en Asie et aux menaces de taxes du Président Trump ?
On avait senti depuis septembre 2019 un ralentissement net de nos ventes en Chine, d’abord de par un contexte économique moins porteur et une concurrence accrue entre PME du cognac et autres spiritueux, puis le virus s’est développé en Chine, des mesures de confinement ont été prises qui ont lourdement impacté les ventes de cognac sur le Chinese New Year. Du côté des USA, la crainte d’une hausse tarifaire des droits de douane était bien présente car plusieurs maisons ont fait du stock sur le marché durant l’été avant l’annonce éventuelle, qui n’a finalement pas eu lieu. La situation peut évoluer tous les 6 mois, et cela est bien sûr une donnée un peu stressante pour la planification des ventes.

En quelques jours, une crise sanitaire sans précédent s’abat sur la France, quelles sont les premières conséquences sur votre entreprise ?
Il est vrai que nous sommes passés très rapidement à une situation de gestion de crise. Pour notre maison, la priorité a été d’organiser au mieux le travail en fonction des situations personnelles de chacun, de se répartir les tâches, de transmettre les instructions concernant les “gestes barrières”, de repenser nos modes opératoires en production, bref en quelques jours il a fallu s’adapter à une nouvelle donne. Tout en sachant que les décisions du jour pouvaient être remises en cause par un nouveau contexte le lendemain. C’est du pilotage à vue !

Et à l’échelle de la région, largement suspendue à ce pan de l’économie, qu’en est-il ?
C’est une réaction en chaîne en effet, les opérateurs négociants étant dépendants de leurs partenaires en amont (fournisseurs de caisses, bouteilles, capsules, étiquettes…) et en aval (transporteur vers marchés français ou export). Si un des maillons de la chaîne ne peut plus travailler, cela bloque l’ensemble.

Combien de temps peuvent tenir les entreprises liées au marché du cognac, peut-on compter sur une relance chinoise avec le recul, semble-t-il, du virus ?
Chaque situation est particulière, en fonction de la solidité financière de l’entreprise, de l’appartenance à un groupe, de la dépendance à un marché… J’imagine qu’une maison faisant une majorité de son chiffre d’affaires en Chine a par exemple dû passer un premier trimestre 2020 très stressant. Pour autant, en effet, le marché chinois semble se réveiller après ces mois de quarantaine, et donne donc un espoir de reprise. Il y a toujours des effets inattendus ! Par exemple pour notre maison historiquement implantée sur les marchés scandinaves régis par des monopoles d’État, le confinement décrété récemment sur ces zones entraîne une hausse des ventes car les consommateurs ont du temps et doivent rester chez eux…

Outre les mesures étatiques, en quoi les instances syndicales du cognac peuvent-elles ou pourront-elles supporter les acteurs de ce produit ?
A mon avis, l’union syndicale des maisons peut prendre tout son sens dans ce temps de crise, notamment lorsque les grandes maisons apportent de précieux éclaircissements juridiques et techniques aux petites maisons, les mesures étatiques étant parfois peu aisées à décrypter en première lecture.