(photo : Emmanuel Perrin)
(photo : Emmanuel Perrin)

Au bout de la Corse, l’appellation Sartène s’étire entre mer et montagne, autour de la ville éponyme, que Mérimée surnommait « la plus corse des villes corses ». Une dizaine de vignerons s’y partagent quelque 160 hectares de vignes (la région en a compté dix fois plus au XIXe siècle) disséminés entre les coteaux au-dessus de Propriano et le long des vallées de Tizzano et de l’Ortolo.
Terre de vins vous invite chez six d’entre eux, à travers une Escapade publiée dans notre hors-série Sud 2019.

Épisode 3/6 : Clos Colonna

Biodiversité en famille
Le domaine aurait pu s’appeler Leccia, puisque c’est bien le nom de famille de Robert, Monique et leurs deux fils, Antoine et Frédéric. Mais, pour éviter la confusion avec l’autre vigneron du même patronyme, ils ont préféré garder l’ancien nom de la propriété de 180 hectares, dont seulement 7,5 de vignes. Ils ont eu un coup de foudre il y a une douzaine d’années pour cet immense domaine, tout au bout de la vallée de Tizzano, après les étonnants menhirs de Pallaghju. La famille défriche peu à peu, refait la piste, replante vermentinu, sciaccarellu et niellucciu, « et bâtit un environnement harmonieux autour des vignes en préservant la biodiversité ». Ils sont d’autant plus attachés à ce cadre que les Leccia ont grandi ici, à Sartène. Entre-temps, Antoine est devenu le brillant dirigeant du groupe AdVini et Frédéric, médecin à Porto-Vecchio, mais la famille voulait se retrouver autour d’un projet patrimonial. « Je me suis découvert une passion pour la vigne que j’aime tailler et soigner, avoue Frédéric. On en a banni quasiment tous les désherbants et les engrais chimiques avec des rangs enherbés pour lutter contre l’érosion des coteaux et des clôtures pour préserver l’écosystème. » On y croise au tournant de la piste ou entre les rangs de vigne un lièvre, une compagnie de perdreaux, une poule faisane ou la vingtaine de vaches qui résident également ici. « Antoine nous apporte ses conseils et son expérience en matière de vinification, mes parents veillent au quotidien et à l’intendance, on vendange en famille et on goûte tous ensemble. » Quelques éléments « extérieurs » participent toutefois à l’aventure, puisque le Clos Colonna partage un chef de culture avec le domaine Saparale et travaille avec la jeune œnologue-conseil Aurélie Patacchini. Colonna ne produit qu’une cuvée AOP sur trois couleurs, notamment un vermentinu à 90 % en levures indigènes, élevé six mois en œuf béton, donnant de beaux amers sur une trame ronde et florale puis des arômes de fruits blancs bien mûrs, d’agrumes légers et de verveine (8,50 €). « L’objectif à terme est de vinifier tous les vins en levures indigènes et de replanter vermentinu, sciaccarellu et niellucciu jusqu’à atteindre 10-12 hectares, pas plus, pour préserver l’harmonie. » Le mouflon ailé et bondissant des étiquettes, peut-être l’âme de l’aïeul, selon la légende familiale, devrait aussi y veiller.
Clos Colonna – 20100 Sartène
04 95 73 45 77

Épisode 1/6 : Domaine Sant Armettu
Épisode 2/6 : Domaine Fiumicicoli