Gilles Seroin (photo : Emmanuel Perrin)
Gilles Seroin (photo : Emmanuel Perrin)

Au bout de la Corse, l’appellation Sartène s’étire entre mer et montagne, autour de la ville éponyme, que Mérimée surnommait « la plus corse des villes corses ». Une dizaine de vignerons s’y partagent quelque 160 hectares de vignes (la région en a compté dix fois plus au XIXe siècle) disséminés entre les coteaux au-dessus de Propriano et le long des vallées de Tizzano et de l’Ortolo.
Terre de vins vous invite chez six d’entre eux, à travers une Escapade publiée dans notre hors-série Sud 2019.

Épisode 1/6 : Domaine Sant Armettu

Jeu de cépages
De la grande terrasse surplombant les vignes derrière la belle cave en granit, on plonge dans le panorama du golfe de Propriano. Il faut emprunter un chemin sur plusieurs kilomètres à la sortie de la ville pour rejoindre le domaine de Sant Armettu, qui aurait abrité un ermite soigneur il y a pas moins de trois siècles. Vignerons depuis plusieurs générations, les Seroin ont débuté de l’autre côté de la Méditerranée, en terres algériennes. Côté Corse, quand Gilles prend la suite de son père coopérateur, il restructure tout le vignoble, travaille sans insecticides ni désherbants une trentaine d’hectares plantés principalement en sciaccarellu et vermentinu. Et, depuis le début des années 2000, minustellu, carcaghjolo nero, bianco gentile, genovese, aleatico… car Gilles aime les découvrir, essayer des assemblages, des vinifications. Préférant les rouges, plus de la moitié de sa production, il les vinifie aujourd’hui pour les boire frais comme la cuvée Rosu Marinu, 100 % sciaccarellu (15 €). « J’ai enfin franchi le cap, après avoir longtemps fait des infusions longues comme avec la cuvée Myrtus. Mais 80 % de nos clients viennent l’été, il faut donc des rouges prêts à boire et des cépages qui s’y prêtent. » Arrachés, donc, les nielluccius, « qui ne sont intéressants qu’au bout de vingt-cinq ans, avec beaucoup de travail, et qui ne mûrissent pas toujours sur le granit ». Gilles avoue d’ailleurs une passion croissante « pour le sciaccarellu, apparenté dans sa jeunesse au pinot noir, dégustations à l’aveugle faisant foi, encore fringant au bout de dix ans mais avec des arômes tertiaires en plus ». Il adore également le vermentinu, « un grand cépage, qui nous a ouvert les portes de la sommellerie. Il peut ressembler avec les années à un vieux riesling ou à un chenin aux amers plus marqués ». La nouvelle gamme baptisée Burghese (un clin d’œil aux bourgeois de Sartène) joue sur les vieux cépages, comme le blanc élaboré à partir de sept variétés autochtones complantées sur un hectare. Gilles a cependant gardé un peu de grenache pour l’un de ses vins préférés, Élégante (nom corse du cépage), élaboré pour les 50 ans du domaine (24 € le 2018), et il aimerait proposer bientôt un 100 % syrah. De quoi jouer encore dans les vignes et en cave.
Domaine Sant Armettu – 20113 Olmetto
04 95 76 24 47 – Site internet