Peu de domaines dans le monde peuvent se prévaloir de faire autant rêver les amateurs que celui de Harlan Estate. Une aventure extraordinaire initiée il y a près de 4 décennies par un homme, H. William Harlan. Et des vins hors normes, absolument exceptionnels.

L’image que continuent de véhiculer les vins californiens, et ceux de la Napa Valley en particulier, n’est pas toujours très enthousiasmante. Puissance, boisé, fruits très mûrs, grosse extraction sont la marque de nombre de propriétés. Mais à côté de cela, il en est d’autres qui tutoient tout simplement les cieux. Harlan Estate s’impose comme l’un des plus grands vins américains et, osons le mot, du monde. Tout est parti de l’envie de Bill Harlan de faire un jour du vin. Jeune étudiant à l’université de Berkeley, il découvre la Napa Valley et imagine un jour produire du vin. Une idée alors encore relativement romantique qui va se confronter au réel lorsqu’il partira à Bordeaux au début des années 1980 après avoir créé quelques années plus tôt une entreprise florissante d’immobilier. Là, il prend conscience que certaines familles ont pris soin de leurs propriétés parfois depuis des siècles. C’est un déclic. Le vin sera la grande histoire de sa vie et lui survivra. Pour mener à bien son projet, il va mettre des années à identifier le lieu idéal. Il le trouvera en 1984, date à laquelle il va racheter une centaines d’hectares dans la Napa Valley, à l’ouest d’Oakville. Là, rares sont les vignobles se trouvant à mi-coteau. C’est pourtant entre 70 m et 380 m d’altitude que seront plantés les 17 hectares de vignes sur de superbes collines vallonnées évoquant immanquablement celles de Toscane, avec de nombreuses expositions différentes. Mais à la différence que la forêt est ici partout présente ce qui permet d’ailleurs d’avoir un microclimat particulier avec des températures plus basse et une humidité plus importante que dans le reste de la région. Le cabernet sauvignon très majoritaire (80%) et le cabernet franc ont trouvé sur ce terroir volcanique composé notamment de basalte et de cendres volcaniques une terre d’élection. Le merlot, qui était traditionnellement planté sur des sols plus sédimentaires, devrait progressivement disparaître. Une infime part de petit verdot vient compléter l’encépagement.

Respect de la nature et de l’humain

Dès le début de l’aventure, les vignes ont ici été conduites en bio. Celles-ci sont très peu traitées contre le mildiou, parfois pas du tout comme l’an passé. Depuis 2008, les préceptes biodynamiques sont également appliqués sur la propriété. On trouve dans les rangs un couvert végétal et aucune irrigation n’est utilisée sur les vignes en production (la seule exception concerne les toutes jeunes vignes). L’approche de l’humain est aussi au cœur des préoccupations. Un programme spécifique (le « Vine Master Program ») permet d’être formé progressivement afin, une fois le grade de Master obtenu, de se voir confier une parcelle de vignes à gérer dans son intégralité. Les équipes sont donc ici totalement responsabilisées et l’initiative encouragée. Ce climat de confiance favorise la pérennisation des équipes au domaine. 3 générations différentes y travaillent actuellement, certains depuis plusieurs décennies. Avec un objectif affiché depuis toujours, produire l’équivalent d’un « 1er grand cru » dans les collines d’Oakville. La dégustation prouve que le but est largement atteint. Relativement traditionnelles, les vinifications sont parfois l’occasion de co-fermentation lorsque plusieurs parcelles mûrissent simultanément (cabernet sauvignon et cabernet franc par exemple). Et si la proportion de bois neuf (initialement de 100%) tendance à diminuer depuis 2012, une récente dégustation de 4 millésimes entre 1994 et 2018 nous a démontré l’excellence continue de ces vins ainsi que leur capacité exceptionnelle de vieillissement. Le 1994 est aujourd’hui d’une insolente jeunesse, marqué par des arômes anisés, de réglisse et de cuir et s’accompagnent de fins amers splendides. Le 2001 offre pour sa part un nez concentré mais d’une extrême délicatesse mêlant notes florales et chocolatées, de moka et de céleri. Sur le millésime 2010, les tanins sont d’un velouté stupéfiant, contenant une très grande puissance de matière avec une élégance racée. Quant à 2018, encore un nouveau-né qui exhale quelques parfums de fraises crémées mais déjà particulièrement séducteur. In fine, on retiendra peut-être cette texture unique, extrêmement soyeuse, qui étire le vin en bouche et l’allonge indéfiniment. Des vins de rêve dont le prix dépasse malheureusement allègrement les 1000€ la bouteille.