Après avoir rencontré le président Emmanuel Macron au Salon de l’Agriculture samedi dernier, la filière vitivinicole a exprimé aujourd’hui son mécontentement face à une mauvaise appréciation de l’urgence de la situation. Elle réclame une compensation immédiate de l’Etat pour aider les metteurs en marché qui voient leurs sorties de chai chuter dangereusement.

Face à la crise qui menace, les représentants de la filière vitivinicole française voient rouge et pestent contre le manque de réactivité de l’État français. Ce n’est plus seulement de l’incertitude comme pour le Brexit ni un constat d’impuissance comme avec la Chine et Hong Kong où l’état français n’a pas la main mais devant le constat de baisse des exportations aux Etats-Unis, un réel énervement “face à un Ministère de l’Agriculture qui se sent étranger au sujet et connait mal le dossier, un Ministère du budget qui nous dit que ça aurait pu être pire et un Président de la république qui a une connaissance parfaite du sujet mais pas les réponses à la hauteur de l’urgence”», s’emporte Bernard Farges, président de l’interprofession des vins de Bordeaux. “Sans compter le sentiment d’injustice, avec ces taxes à 25% aux Etats-Unis, d’être condamné pour un crime que nous n’avons pas commis”, surenchérit Jean-Marie Barillère, président du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d’origine et à indication géographique (CNIV).

Même agacement et inquiétudes chez Jérôme Despey, président du Conseil Spécialisé Vin et Cidre de FranceAgriMer, même si Emmanuel Macron a pris l’engagement de porter auprès de l’Union européenne la demande d’un fonds de compensation de 300 millions d’euros, qui devrait être mis en place d’ici le printemps. Il correspond à l’évaluation des pertes de chiffre d’affaires en 2020 sur les exportations américaines de vin tranquille. “Nous subissons des distorsions de concurrence à impact majeur qui nécessitent une réaction immédiate. On ne peut pas attendre le règlement en mai de la compensation Boeing car entretemps, les pertes s’accroissent tous les jours et nous ne cessons de perdre des parts de marché quand les vins restent dans nos chais”. D’où la demande lors de la rencontre avec Emmanuel Macron samedi sur le Salon de l’Agriculture d’un fonds alimenté par l’état au plus vite pour aider les viticulteurs à résister. “Il ne doit pas s’agir de subventions mais d’une compensation, précise Jean-Marie Barillère. L’enjeu est de sauver l’emploi dans les campagnes ; on pourrait perdre à moyen terme 100 000 emplois directs et indirects” [La filière en emploie actuellement 500 000]. Et d’avancer d’ores et déjà le chiffre de 30% de recul en valeur des exportations vers les Etats-Unis depuis la mise en place des taxes par Donald Trump en octobre dernier.

Une sécurité juridique pour la filière en 2020

En ce qui concerne la transition écologique, Jean-Marie Barillère a tenu à rappeler que “si les professionnels tiendraient leurs engagements, ça prendra forcément un peu de retard au vu des difficultés économiques du moment”. Sur ce sujet, également évoqué avec Emmanuel Macron, la filière a été rassurée par le « pas de sortie sans solution » du Président en ce qui concerne le glyphosate. Et de rappeler les études en cours notamment pour accélérer le développement de matériel plus performant en matière de confinement pour les traitements, afin de négocier la réduction des zones de non-traitement. La filière a obtenu du Président l’assurance que l’arrêté du 27 décembre 2019, qui fixe des distances de sécurité en matière d’utilisation de produits sanitaires, ne sera pas appliqué en attendant la rédaction des chartes d’application. D’ici quelques jours devrait sortir une circulaire signée par les ministères de l’Agriculture, de la Santé, de l’Environnement et de l’Economie et qui ne permettrait pas les sanctions des contrevenants sur cette campagne. “Le président nous a reproché de ne pas aller assez vite concernant la sortie du glyphosate mais nous l’avons sensibilisé sur le problème de calcul en kg de produits du Ministère de l’Agriculture. Ce n’est pas le bon indice de mesure; preuve en est l’augmentation des surfaces de vignes en bio”. Elles ont triplé en dix ans et atteignent désormais 12% et 90% des exploitations certifiées HVE en France sont des exploitations viticoles.