Inflorescence pollinisée (photos IFV)
Inflorescence pollinisée (photos IFV)

Dans l’Hérault, l’AOP Picpoul de Pinet annonce la signature d’un partenariat sur trois ans avec l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). Objectif : la création d’une nouvelle variété de vigne résistante au mildiou et à l’oïdium, proche du cépage Piquepoul emblématique de cette appellation des bords de l’étang de Thau.

Alors que les premières variétés françaises de vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium seront inscrites au catalogue et classées définitivement à partir de la campagne 2018, la toute jeune AOP Picpoul de Pinet, créée en 2013, initie son propre programme de création variétale en partenariat avec l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). Celui-ci consiste à mettre au point sur trois ans, par hybridation naturelle, de nouvelles variétés de vignes qui se « rapprochent » du cépage emblématique Piquepoul, mais qui présentent des gènes de résistance aux maladies foliaires mildiou et oïdium.

« C’est un pari sur l’avenir pour nos vignerons qui anticipe le cadre réglementaire des appellations d’origine contrôlées (les cépages résistants n’y sont pas inscrits dans les cahiers des charges, NDLR), explique Guy Bascou, le président de l’ODG Picpoul de Pinet. A Pinet nous faisons le pari du changement : la viticulture doit évoluer sous la pression sociétale. La réglementation et l’INAO suivront le même chemin pour une viticulture sans intrants phytosanitaires. »

Du sur-mesure pour le Piquepoul

Depuis 2015 via leurs interprofessions, les grandes appellations Bordeaux (CIVB), Cognac (BNIC), Champagne (CIVC), etc., et plus récemment l’interprofession des vins AOC du Languedoc (CIVL) financent leurs propres programmes de création variétale auprès de l’IFV, « pour la mise au point d’alternatives aux grands cépages Chardonnay, Pinot noir, Grenache, etc., précise Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, le directeur général de l’IFV. L’ODG Picpoul est, avec le syndicat de la Clairette de Die engagé dans une voie similaire, la première interprofession impliquée en solitaire pour la création d’une variété adaptée à un idéo-type très local. »

A savoir le Piquepoul, cépage tardif présent depuis l’Antiquité au bord de l’étang de Thau, emblématique de l’appellation Picpoul de Pinet qui produit exclusivement des vins blancs à partir de cet unique cépage. Une success story incontestable pour cette AOP de vins blancs, la plus grande du sud de la France grâce à une production annuelle de 70 000 hl générant un chiffre d’affaires de 16 M€. Pour Picpoul, le joyau est à la mesure de l’investissement consenti, de 50 000 € sur trois ans pour la création de nouvelles variétés résistantes « cousines » du fameux cépage Piquepoul.

Premières vendanges en 2020

Ce programme devrait permettre la création d’une quinzaine de nouvelles variétés candidates. Il a commencé dès ce mois de juin dans les vignes de Pinet, avec la production des premiers pépins par hybridation naturelle. « Dans la vigne en floraison, nos techniciens prélèvent actuellement, à la pince à épiler, les pistils sur lesquels seront déposés au pinceau du pollen provenant de producteurs résistants pour la production de pépins. Puis nous vérifierons pour chaque plantule née de ces pépins, que les gènes de résistance ont bien été embarqués », détaille Jean-Pierre Van Ruyskensvelde.

Pour gagner du temps, les greffons ainsi produits seront surgreffés sur 30 ares, afin d’obtenir dès l’année suivante les premiers raisins. « En 2020, nous devrions réaliser la première vendange issue de vignes résistantes, ce qui nous permettra d’initier les micro-vinifications et les dégustations comparatives », annonce Guy Bascou.

Un air de famille

Car au-delà de la robustesse de ces vignes du futur, l’enjeu économique impose que les futures variétés résistantes présentent un profil aromatique très proche du cépage Piquepoul. « L’objectif est de proposer une solution de remplacement au Piquepoul au cœur de l’appellation Picpoul, d’où l’importance d’intégrer les essais dans les conditions pédo-climatiques de ce vignoble qui regarde la mer et s’organise autour de l’étang de Thau », insiste Jean-Pierre Van Ruyskensvelde.

Les priorités de ce programme sont donc, bien sûr la résistance aux maladies cryptogamiques et le profil aromatique des vins recherchés, mais ces nouveaux cépages pourraient aussi intégrer d’autres caractéristiques liées à la conduite du vignoble comme par exemple, le port dressé, ou l’adaptabilité à la mécanisation. Derrière la vigne, se profile le vignoble du futur.