Un partenariat a été conclu entre la Cité du Vin à Bordeaux et des partenaires chinois publics et privés pour créer un site œnotouristique unique associant un musée pédagogique mais aussi tout un village articulé autour d’hôtels, de commerces, une pépinière d’entreprises. Le tout au cœur d’un vignoble bio.

En Chine, les échelles ne sont pas tout à fait les mêmes qu’en Europe. Un exemple ? La ville de Pékin a pour objectif d’accueillir 320 millions de touristes nationaux et étrangers en 2020 (chiffres donnés avant extension du coronavirus, NDLR). On y compte par ailleurs… 6 périphériques successifs et concentriques ! Une nécessité au vu du gigantisme de cette ville de plus de 20 millions d’habitants. C’est justement au-delà de ce dernier périphérique, à une quarantaine de kilomètres de la place Tiananmen que Weixing Tang a eu l’idée un peu folle de créer un vignoble en 1998. Aucune vigne ne se trouvait dans ce district de Fangshan à l’époque et pour cause. Le climat est une véritable gageure, avec des étés brûlants accompagnés de très fortes pluies et des hivers d’une rare vigueur. Mais M. Tang est allé au bout de son projet, créant le château Bolongbao, une propriété entièrement bio depuis l’origine. 20 ans plus tard, ce francophile et francophone s’est presque naturellement rapproché de Philippe Massol, Directeur Général de la Fondation de la culture et des civilisations du vin qui gère la Cité du Vin bordelaise, et de Sylvie Cazes, sa Présidente. Et pour la première fois, l’idée d’un projet commun s’est imposée car “il ne s’agissait pas de répliquer la Cité du Vin en Chine” rappelle Mme Cazes. Outre le musée universel du vin de Pékin, tout un complexe s’articulera autour du vin. Les autorités locales ont rapidement saisi l’intérêt d’un tel pôle touristique novateur pour l’attractivité de la ville. Pékin prendra donc en charge l’investissement nécessaire de 500 millions de RMB (60 millions d’euros) nécessaires à la construction du musée et créera les infrastructures nécessaires (routes notamment). M. Tang sera pour sa part chargé de construire le reste du village et d’exploiter l’ensemble de l’activité du site.

Un partenariat fort avec Bordeaux

Depuis deux ans, les équipes chinoises travaillent main dans la main avec différentes équipes françaises au sujet de la conception du musée. L’expérience de visite ne sera pas du tout la même que ce qu’un visiteur découvre à Bordeaux. Et pour cause. “Le projet sera parfaitement en adéquation avec les attentes des Chinois” explique Philippe Massol. “Leur manière de visiter, que nous avons pu observer à la Cité du Vin, est davantage portée par une volonté de partager l’expérience. Il n’y aura donc pas 19 attractions sans parcours précis comme en France mais uniquement 5 univers : une présentation de ce qu’est le vin, un zoom sur toute son histoire (notamment dans l’Empire du Milieu où sa production remonte à 2000 ans), un focus sur le vin dans le monde avec la présentation de 6 pays du ‘Nouveau Monde’ (dont la Chine) et 6 de ‘l’Ancien Monde’, une partie consacrée à la dégustation ainsi qu’un atelier sur les sens”.

Le contenu devrait être 4 fois moins dense qu’à Bordeaux mais le temps de parcours sensiblement équivalent (1 heure 30). Doté d’une scénographie très travaillée, le musée devrait être perçu comme un lieu unique en Chine mais aussi dans le reste de l’Asie. Dans les années à venir, les deux institutions bordelaise et pékinoise travailleront ensemble notamment dans le cadre des expositions temporaires qui pourraient voyager d’un pays à l’autre. En attendant, la première pierre du chantier doit être posée en avril prochain pour une ouverture prévue un an après en 2021. Le tout avec un objectif de fréquentation de 500.000 visiteurs la première année, soit plus que la Cité du Vin de Bordeaux en 2019 (416 000).