(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

Le Picpoul de Pinet qui a confié au journaliste Marc Medevielle le soin de dérouler le fil de son histoire dans un livre passionnant* n’en finit pas de réfléchir à son avenir pour prolonger sa sucess story.

Le piquepoul s’offre une belle renaissance après avoir failli disparaître au 20e siècle. Ce cépage rouge languedocien, peu productif et sensible à l’oîdium, servait à rehausser la couleur des clairets bordelais avant qu’on ne lui préfère les cépages teinturiers d’Afrique du Nord. Mais après la crise du phylloxera, il est remplacé par l’aramon, l’alicanthe et le carignan plus prolifiques. Se souvient-on qu’il a failli s’installer dans la famille des liquoreux au 19e siècle ?. Il est quasiment abandonné après la seconde guerre mondiale hormis dans quelques domaines de Châteauneuf-du-pape. Il vire alors au gris et au blanc pour subsister autour de l’étang de Thau grâce aux apéritifs à base de vin, très en vogue à l’époque. Car le piquepoul servait alors à la production de matière première pour les vermouths élaborés à Marseillan. Quand dans les années 70, la catégorie a commencé à accuser une érosion de ses consommateurs, les vignerons ont décidé de le vinifier en sec. Certes le cépage buissonnant est toujours compliqué à travailler mais entre-temps, la thermorégulation a débarqué dans les caves. Une aubaine qui signe un retour en grâce pour ce cépage oxydatif. L’arrivée de la machine à vendanger à partir des années 80 facilitera aussi sa production.

Vin de base avant vin de masse

Le piquepoul (dont les raisins tombés par terre étaient picorés par les gallinacés) donne son nom à l’appellation avec un changement d’orthographe pour différencier le cépage de la dénomination. VDQS (Vin Délimité de Qualité Supérieure) depuis 1947, il intègre la famille des AOC Coteaux-du-Languedoc en 1985; il s’en vendait alors 300 000 cols et décroche sa propre appellation en 2013. Une montée en grade qui récompense notamment une délimitation plus stricte, une baisse de rendements et une élaboration en monocépage. « Son évolution résume bien l’histoire languedocienne, commente malicieusement Jérôme Villaret, directeur de l’interprofession. Après avoir été vin de base puis vin de masse, il s’est orienté vers la qualité et la mise en valeur du terroir ». Les vignerons entendent poursuivre la montée en gamme et commencent à faire des élevages sur certaines cuvées pour obtenir des vins plus structurés.
Aujourd’hui, le picpoul-de-pinet a franchi un nouveau record avec 9,5 millions de bouteilles vendues en 2017, soit une augmentation de 50% en dix ans. Le succès à l’export est fulgurant (deux tiers de volumes) et en particulier en Grande-Bretagne qui s’en accapare à elle seule 3,5 millions. La fièvre du Picpoul s’est déclarée d’abord avec un référencement chez Tesco (en partenariat avec la cave de Pomerols) et s’est aggravée en 2013 quand il a été déclaré meilleur blanc au concours Top 100 de Sud de France à Londres. « Aujourd’hui dans les restaurant anglais, il y a au moins une référence de Picpoul à la carte et notre vin est plus connu à Londres qu’à Paris, claironne fièrement Guy Bascou, l’ancien président de l’appellation pendant 20 ans et principal instigateur du renouveau. Selon une enquête de Sopexa auprès des acheteurs de vin, il fera partie des cinq cépages les plus tendance des prochaines années. Et on assiste au même engouement aux États-Unis entre New York et Boston où il se marie parfaitement à la spécialité locale, le homard ». Une association qui n’est pas sans rappeler le slogan de prédilection de l’appellation depuis le début des années 2000 « Son terroir c’est la mer ».

Bientôt des vins de garde

Guy Bascou a donc incité Marc Médevielle à dérouler l’histoire de cette étonnante success story illustrée par les photos d’Emmanuel Perrin, « L’idée était de raconter l’orchestration collective de la maîtrise de la qualité sur cette terre de division qu’est historiquement le Languedoc, rappelle le journaliste. Ce qui lui permet aujourd’hui, alors que l’appellation commence à atteindre sa capacité maximale de production, de s’occuper de l’identité du terroir pour envisager aussi des vins de garde et sortir du créneau des 3-4€ ». La coopération qui pèse encore 80% des volumes joue un rôle prépondérant (le nouveau président de l’appellation Frédéric Sumien est d’ailleurs administrateur de la coopérative leader de l’Ormarine qui représente à elle seule plus d’un tiers des volumes). « Elle est désormais relayée par une nouvelle génération de vignerons qui ont fait des études, ont vinifié partout dans le monde et sont revenus avec une vision tonique », complète Marc Médevielle.

Le Picpoul de Pinet compte désormais plus d’une vingtaine de caves particulières. Pour le millésime 2017, l’appellation s’offre en parallèle de sa classique flûte Neptune gravée, adoptée depuis le début du siècle, une flûte vintage couleur cannelle pour ces nouveaux vins de garde. Elle sera distribuée uniquement par le syndicat avec contre-étiquette numérotée après validation d’un cahier des charges (sélection parcellaire, élevage sur liés fines, chais de stockage climatisés….) et passage des échantillons auprès d’un comité de dégustation « éduqué ». De quoi amorcer une nouvelle stratégie de valorisation et continuer l’histoire notamment en travaillant sur des clones avec des variétés résistantes. L’appellation n’en finit plus de faire bouillonner les idées sur les berges de l’étang de Thau…

* Picpoul de Pinet Une odyssée viticole en Languedoc
Editions de La Martinière 144 pg- 25€