Ce matin, dans les salles de dégustation du château Malartic-Lagravière, la majorité des propriétaires des crus classés de graves se frottaient les mains en entendant les retours des dégustateurs. Les grandes tendances confirmées : de très jolis blancs aux acidités parfaites pour un vieillissement et des rouges moins musclés que d’habitude, des vins que certains qualifient « d’un peu plus light » ou « d’intermédiaires », « frais » ou encore « légers mais soyeux ».

Tristan Kressmann, propriétaire du château Latour-Martillac, faisait partie des heureux : « depuis quelques mois, le millésime a été complètement discrédité, avant même de le goûter. Je me réjouis qu’on renverse enfin la tendance en dégustant les vins ». Pourtant, selon ce propriétaire, rien n’était gagné. « Les conditions climatiques ont été les pires que nous ayons connues depuis 20 ans. Pour les rouges, nous nous sommes vraiment inquiétés. Le merlot a vraiment souffert du froid et de la pluie pendant sa floraison. Mais lorsqu’on fait ce métier, tous les ans, on tremble. Je tremble déjà pour le millésime 2014… Si jamais il se mettait à geler dans les prochaines semaines…. »

Un sacrifice de quantité obligatoire

Le premier vin du Château, dans les deux couleurs, n’a pas à rougir. « La matière est là, heureusement, car nous avons trié drastiquement avant et pendant vendange. C’était un sacrifice nécessaire. Ceux qui n’ont pas su faire le choix de vendanges en vert n’ont pas pu arriver à maturité, il fallait aider le raisin cette année. » Pour un meilleur tri, nouveauté 2013, l’équipe technique a fait le choix de la table de tri optique « qui coûte une petite fortune entre nous » selon le propriétaire. « Nous l’avions essayée il y a quelques années, cela ne nous avait pas emballés. Franchement, cette année, elle ne nous a pas servi à grand-chose, car nous avions fait les bons gestes à la vigne et que les vendangeurs préposés à la table de tri auraient suffit. » Mais à grand cru classé, grands moyens pour prévenir tous les risques.

De très gros moyens

Un millésime qui aurait été catastrophique à une autre époque, mais qui n’a pas plus inquiété que ça les propriétaires des crus classés de Pessac-Léognan. « Les outils techniques sont tels à Bordeaux, qu’il est vraiment impossible de rater un millésime », explique Wilfried Goizard, directeur commercial. Plus de vendangeurs, des actions rapides dans les vignes, des drones et satellites pour optimiser les dates de récolte, toujours plus de tri, un suivi de la vinification par des œnologues conseils stars tels que Denis Dubourdieu, etc. La fin justifie les moyens. En d’autres termes, une façon pour le château d’annoncer qu’elle ne souhaite pas du tout baisser ses prix. « C’est dans ces millésimes qu’il nous faudrait augmenter les prix, vu le peu de volume que nous avons fait depuis deux ans. La qualité est là, j’espère que nous pourrons au moins maintenir les prix », explique Tristan Kressmann.

Laure Goy
Photo :
Tristan Kressmann (propriétaire), Valérie Vialard (œnologue et maître de chai), Wilfried Goizard (directeur commercial)