Canon La Gaffelière, La Mondotte, Clos de l’Oratoire, Clos Marsalette, Château d’Aiguilhe… Les vins de Stephan von Neipperg pour le millésime 2019 viennent de sortir en primeurs. On fait le point sur les prix, avec le témoignage du propriétaire.

Propriétaire de quatre châteaux sur la rive droite (deux Premiers Grands Crus Classés, un Grand Cru Classé de Saint-Émilion et un domaine historique de Castillon) et d’un château en Pessac-Léognan, Stephan von Neipperg est, en plus d’être un producteur de vins de haute précision, un fin observateur de la vie du vignoble bordelais. Alors que son millésime 2019 arrive ce matin sur le marché des Primeurs (Canon La Gaffelière, son navire amiral, est en baisse de -21% par rapport au millésime précédent), l’élégant aristocrate-vigneron, qui a converti ses deux Premiers Grands Crus Classés à l’agriculture biologique, nous livre plus bas son témoignage sur les enjeux du bio sur un tel millésime.

Château Canon La Gaffelière – 1er Grand Cru Classé – Saint-Émilion
Note Terre de Vins : 97
57,40 € HT (prix 2018 : 72 € HT)
Château Canon La Mondotte – 1er Grand Cru Classé – Saint-Émilion
Note Terre de Vins : 98
126 € HT (prix 2018 : 194 € HT)
Clos de l’Oratoire – Grand Cru Classé – Saint-Émilion
Note Terre de Vins : 94
25,20 € HT (prix 2018 : 33,10 HT)
Château d’Aiguilhe – Castillon Côtes de Bordeaux
Note Terre de Vins : 93-94
14 € HT (prix 2018 : 18 € HT)
Clos Marsalette – Pessac-Léognan
Note Terre de Vins : 92
15,05 € HT (prix 2018 : 18,20 € HT)

En bio à Saint-Emilion, 2019 était-il un millésime ami ou ennemi ?

“Le bio en soi sur l’étiquette est important, ça montre qu’on suit certaines règles, commence Stephan von Neipperg, qui compte à Saint-Emilion deux 1ers grands crus classés certifiés bio depuis 2014 (Canon La Gaffelière et La Mondotte), et le grand cru classé Clos de L’Oratoire et le grand cru château Peyreau, en cours de certification. Mais nous, on va beaucoup plus loin, par exemple en produisant notre propre compost pour toutes les propriétés, ou grâce à notre sélection massale, l’une des plus belles sur le cabernet franc et le merlot. Elle offre une diversité qui donne des vins de plus en plus frais, complexes et avec la structure, en harmonie dans la bouteille. Sans aucune hésitation, 2019 en bio a été un millésime très amical, car avec les gestions culturales que nous avons, il n’y a eu aucun problème. Avec une vie du sol importante, nous ne craignons ni les coups de sécheresse ni l’humidité. Nos vignes sont naturellement enherbées, et même s’il fait chaud, les racines travaillent très bien. Il faut aussi avoir des pratiques culturales un peu différentes, notamment sur le feuillage, pour obtenir des vins avec de la fraîcheur. Le problème du 2019 est peut-être que, par endroits, il a pris un petit coup de chaud, avec des tanins un peu courts. Pour moi, ce 2019 est un millésime de terroirs frais, dont les argilo-calcaires. Par exemple Fronsac, Saint-Emilion et Castillon tirent leur épingle du jeu.”

Le millésime 2019 à la loupe sur les vignobles Comtes von Neipperg

Au château Canon la Gaffelière, 2019 signe “un vin majestueux, qui gagne de plus en plus d’équilibre. On est pratiquement à 50% de cabernet franc et sauvignon dans l’assemblage, et avec nos cabernets francs en massale qui sont extraordinaires, on va continuer à avancer là-dessus. Ce n’est pas le vin le plus impressionnant, car le cabernet franc a toujours un peu moins de couleur, mais on a une très belle structure, une profondeur superbe, une intégration de tanins folle, une fraîcheur et une grande finesse.
Dans La Mondotte 2019, on a du 2009 et du 2015. il y a cette puissance en profondeur qui vous prend dans la bouche, qui arrive de loin, avec une grande finesse, beaucoup d’acidité héritée du calcaire. C’est un vin impressionnant par sa structure et sa profondeur, majestueux dans sa complexité. On aimerait bien l’attendre entre huit et dix ans au moins”.

Il poursuit : “Clos de l’Oratoire est connu pour être un vin ‘très sexy’, selon Robert Parker. Ça veut certainement dire qu’il est rond, mais il a aussi aujourd’hui un peu plus de fraîcheur, car on a monté la dose de cabernet franc dans l’assemblage. Il est très intégré, il plaît à tout le monde, notamment à des gens qui arrivent dans le vin, car c’est plus facile à comprendre par exemple qu’un Canon La Gaffelière.”
Au château d’Aighuile (AOC Castillon côtes de Bordeaux), “c’est un grand millésime, très frais et profond, assez extraordinaire. Ce 2019 montre bien qu’avec un sol formidable, on peut faire des grands vins avec des productions adéquates de 45-50 hL. Je pense que de plus en plus va s’affirmer l’idée que Bordeaux, c’est à la fois des grands vins historiques, connus depuis longtemps, classés, mais aussi de grands terroirs encore confidentiels, mais qui vont se révéler dans les années à venir, comme par exemple Castillon. Ce sont de superbes vins, beaucoup plus accessibles pour le consommateur, qui vieillissent bien, et peuvent donner beaucoup de plaisir et à des prix très corrects. Ces vins vont certainement prendre leur place dans le marché.”

En AOC Pessac-Léognan, “en 2019, les rouges du Clos Marsalette ont un très bel équilibre. Ils sont très ronds, intégrés, ils ont de l’alcool, mais ont aussi gardé la fraîcheur, avec une acidité importante. Ils seront déjà buvables après 3-4-5 ans. Clos Marsalette est bien connu à l’export en Europe. C’est un vin de plus en plus demandé.” Du côté des blancs secs, “c’est fabuleux, un extraordinaire millésime, j’ai rarement vu des blancs secs comme ça, s’enthousiasme le Comte. IIs ont en même temps une structure, une profondeur et une fraîcheur, c’est incroyable. Certaines aromatiques me font penser à des sancerres, je suis grand grand fan !”

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