En ce début de semaine, près d’une cinquantaine de propriétés de l’appellation médocaine ont fait le déplacement au Café Maritime, à Bordeaux, pour faire découvrir à quelque 250 professionnels du vin plusieurs de leurs millésimes livrables, dont, en star, le 2017. Rencontre avec le nouveau président de l’appellation, Basile Tesseron (Château Lafon Rochet).

1987, 1997, 2007… Ce n’est un secret pour personne, les années en « 7 » n’ont pas forcément bonne presse à Bordeaux. Qu’en est-il de ce 2017 ?
Je suis amoureux de ce millésime. Il ne pêche que par le fait d’avoir un « 7 » dans son année. Qualitativement, c’est un beau millésime, comme d’ailleurs certaines autres années en « 7 », par exemple que 1947 et les 1967. Ce 2017, c’est un vrai petit Jésus en culotte de velours, je ne m’en fais pas trop pour lui, il a un bel avenir !

Plus précisément, quel(s) profil(s) affiche(nt) les saint-estèphes 2017 ?
J’ai goûté tous les 2017 présentés lors de cette dégustation, et sincèrement, j’ai rarement dégusté un millésime aussi homogène en qualité. On n’avait pas la maturité optimale de 2016, mais 2017 est un millésime remarquable, sans un seul arôme de poivron vert, et qui va s’ouvrir assez rapidement. Certains vins sont déjà très appétissants et appréciables. C’est fin, avec une belle acidité, une sucrosité chez certains, qui amène de la gourmandise. Il y a un très bel équilibre. C’est notamment un grand millésime de restauration. C’est un assemblage de 100% d’amour chez tous les vignerons de Saint-Estèphe, car tous ont mis du cœur à l’ouvrage !

Ce 2017 a été créé sous la présidence de votre prédécesseur, Bernard Audoy (château Cos-Labory). Après deux mois à la présidence du syndicat, pouvez-vous nous en dire plus sur les projets à venir pour l’appellation ?
Pour le moment c’est un peu tôt pour parler des projets, sans compter que je ne prends pas les décisions seul, derrière moi il y a un bureau et la directrice de la Maison du Vin De Saint-Estèphe, Carine Frugier. Mais une chose est sûre : notre unité et la dimension humaine seront un atout pour le futur. Saint-Estèphe est l’une des rares appellations communales avec une commune, une vraie place du village. C’est une appellation à taille humaine, où on se parle tous, où tout le monde est impliqué, c’est réellement une appellation de vignerons. Peu d’appellations font la même chose que ce que l’on fait par exemple aujourd’hui avec cette dégustation, qui regroupe quasi-toutes les propriétés de Saint-Estèphe. La force c’est le terroir, la puissance ce sont les vignerons.

Quels défis futurs cette unité et cette dimension humaine forte vous permettront-ils de mieux affronter, selon vous ?
On est dans une société où on manque de repères, de contacts humains, où on s’éloigne les uns des autres avec la digitalisation. A saint-estèphe, quand vous allez visiter des châteaux, il y a toujours des hommes et des femmes en personne pour vous accueillir. C’est vital pour entretenir le lien humain. Voir aussi en ce lundi tous ces professionnels qui répondent présents à notre invitation, c’est très encourageant. A l’international, dans un contexte compliqué, il nous faut faire front tous ensemble, comme aujourd’hui, pour reprendre des parts de marché. Il n’y a que main dans la main qu’on pourra traverser la tourmente. Notre autre grand défi, c’est de continuer à renforcer notre approche environnementale. Nous bénéficions d’un micro-climat, nous sommes tous quasiment sur une seule et même grande parcelle. La majeure partie des propriétés est déjà certifiée HVE, et la nouvelle génération qui arrive aux manettes a cette conscience écologique. On est sur la bonne voie.