Photo : F.Hermine
Photo : F.Hermine

Elles ont commencé fin août et se sont terminées pour certains la semaine dernière. Ce millésime, particulièrement éprouvant pour les vignerons, restera dans les mémoires. Panorama des vendanges en Provence…

Gel d’avril, incendie de mi-aout, épisodes de grêle, coups de chaud avec un été aride… la Provence aura connu tous les maux. 2021 est marqué par une grande hétérogénéité selon les secteurs mais aussi selon les parcelles, les pieds et au coeur même des grappes. Les vendanges ont nécessité un pilotage très précis. Mais pour beaucoup, les équilibres sont prometteurs avec des raisins à la fois moins chargés en sucre et fort d’acidités plus soutenues, une combinaison idéale pour l’élaboration des rosés.

Alexis Cornu, oenologue du Groupe MDCV (83)

« La Plaine des Maures, où sont situés les vignobles – hors celui du Château de Berne entre Lorgues et Flayosc – n’a pas été épargnée par les différents épisodes climatiques qui ont rythmé l’année : le gel au printemps, qui a menacé près de 50% des récoltes, suivi d’un été très sec où les incendies ont ravagé une partie importante du paysage provençal. Seul le domaine du Château des Bertrands a connu des dégâts marqués, toujours en cours d’évaluation. Alors qu’en 2020 les vendanges débutaient avec un nouveau record historique de précocité, l’année 2021 est marquée par un départ plus tardif. La totalité des récoltes a été vendangée entre la dernière semaine d’août et la première semaine d’octobre, juste à temps pour éviter les pluies diluviennes du début d’automne. Au Château de Berne, malgré un rendement plus faible que les précédentes années, cette récolte s’annonce très prometteuse en termes de qualité, avec une belle acidité et une couleur de jus plus qu’encourageante ».

Guillaume de Chevron-Villette de Château Reillanne (83)

« Grâce à nos 5 stations météo qui couvrent tout le domaine, nous avons réussi à contrer le gel d’avril en saupoudrant des oligo-éléments la veille et le lendemain et même les parcelles qui étaient toutes noires, brûlées par le gel à -7¨C deux jours de suite, sont arrivées à 55 hl/ha. J’estime donc que c’est plutôt une réussite satisfaisante. Mais on n’a, bien sûr, pas fait le plein de raisins. L’incendie de mi-août nous a obligés à beaucoup trier et même à ne pas vendanger certaines bordures de parcelles; nous n’avons pas ramassés environ 25 ha sur les 150 du vignoble de la plaine des Maures ».

La famille Latz du Domaine des Aspras (83)

« Les grenache et syrah ont été les premiers à être récoltés avant rolle, cinsault et merlot et les mourvèdres fin septembre. Les stigmates du gel sont hélas confirmés. Nous estimons la perte à 30-40% de la récolte avec de gros écarts selon les cépages et le moment de taille des parcelles de vignes. Mais la récolte est magnifique cette année (saine, superbe équilibre sucre/acide) ».

Nicolas Bretton du Château Mentone (83)

« Avec le gel pendant trois jours en avril et la sécheresse cet été, les volumes ont bien sûr été décevants avec moins de raisins et moins de jus dans les baies. Après l’année record de l’an dernier où nous sommes passés au travers du gel et où nous avons enregistré d’excellents rendements, nous passons donc de 50 à 35 hl/ ha. Les jus de presse 2021 des rosés sont très qualitatifs avec de beaux tanins pour les rouges, même si ils seront sans doute moins complexes qu’en 2020 ».

Château Minuty (83)

« La sortie des bourgeons a été précoce mais ils ont malheureusement souffert d’une période de gel début avril avec deux nuits à -4°C. Le secteur de Vidauban a été fortement impacté. L’été fut tout à fait caractéristique du climat méditerranéen : sec avec une chaleur constante, favorisant la maturité des raisins. D’où un état sanitaire très bon sans attaque d’oïdium et les rares pressions du mildiou ont vite été maîtrisées. En revanche, la sécheresse a Impacté certains secteurs. l’incendie a également rendu le contexte plus compliqué. L’équilibre des jus lisse imaginer une belle qualité et une belle fraîcheur aromatique ».

Cédric Gravier du Domaine La Suffrène (83)

« La production de Bandol sera à la baisse surtout avec la sécheresse et le stress hydrique et des maturités tardives sur le mourvèdre et le cinsault à cause du manque d’eau. La clairette pour les blancs a peiné encore plus du stress hydrique. Mais on enregistre de belles acidités sur les rouges. C’est le millésime le plus sec depuis des décennies – il n’a plu que 300 m2 entre octobre 2020 et septembre 2021 ».

Romain Ott du Château Léoube (83)

« Le gel nous a épargnés, la grêle a fait de même… tout comme la pluie. Les baies paraissent plus petites qu’à l’habitude, un signe de concentration mais sans tomber dans une surconcentration, le millésime 2021 donne le ton d’une certaine finesse. 2021 a été précoce pour les premières parcelles vendangées début septembre. Pour une maturité plus fine et pour saisir les équilibres et rester dans le style Léoube, la récolte ne s’est pas faite d’une traite. Le millésime est caractérisé par une grande diversité et une certaine variabilité ».