Photo: F. Hermine
Photo: F. Hermine

Gel, pluies, grêles, mildiou et oïdium, rien n’aura été épargné aux vignerons du nord de la Vallée du Rhône qui viennent de terminer les vendanges. Emotions « millésimées » de quelques vignerons rhodaniens…

Depuis plusieurs années, les récoltes étaient de plus en plus précoces démarrant, surtout depuis 2015, plutôt fin août-début septembre dans la Vallée du Rhône Nord. Elles ont retrouvé cette année un calendrier plus classique en vendémiaire, premier mois du calendrier républicain qui courait du 22 septembre, à l’équinoxe d’automne, au 21 octobre, et qui signifie d’ailleurs « mois des vendanges ». La faute aux conditions météo particulièrement capricieuses et éprouvantes. Après un hiver doux qui avait favorisé la sortie précoce des bourgeons de syrah et viognier, l’exceptionnel épisode de gel du 7-9 avril à moins de 6-7°C a touché particulièrement Condrieu, Côte Rôtie, Saint Joseph et le nord de Crozes-Hermitage. L’été froid et humide et les épisodes de grêle ont favorisé mildiou et oïdium.

Jacques Grange Maison Delas

« Le constat est unanime : l’année culturale a été, de bout en bout, une des plus compliquées de la décennie. Pendant tout le cycle végétatif, la climatologie a été … capricieuse (euphémisme !). Gel de printemps, épisodes de grêle puis orages estivaux assortis de fortes précipitations (15 août et 25 septembre notamment), rien n’aura été épargné aux vignerons … encore moins la pression des maladies cryptogamiques de toutes espèces.

Au terme d’un cycle végétatif assez long (7 juin pour les premières fleurs) qui n’a cessé de mettre au défi nos équipes « Vignoble », les raisins sont enfin arrivés à maturité mi-septembre. Mais La cueillette se déroulera finalement à l’image du reste de l’année viticole, dans une course contre le temps avec des pluies et des épisodes orageux à partir de fin septembre. Réaction, anticipation auront été les maître mots face aux prévisions météo changeantes. Une réorganisation permanente, du premier au dernier jour a été nécessaire. Un tri drastique (jusqu’à une grappe sur cinq laissée au sol …) au vignoble au moment de la cueillette aura permis de rentrer une vendange saine avec des raisins d’une belle maturité malgré de faibles rendements (26 hl/ha en Hermitage ; 30 hl/ha pour Côte-Rôtie ; 45 hl/ha en Crozes-Hermitage … et seulement 12 hl/ha pour Condrieu). De très beaux équilibres sont enregistrés. Le millésime 2021 laisse augurer des vins élégants et subtils, qu’une vinification et un élevage délicats et tout en finesse ne manqueront pas de sublimer. Malgré la précocité et le climat de ce millésime, les extractions sont superbes avec des tannins d’une belle douceur, sans aucune verdeur dans la texture ».

Laurent Combier du Domaine Combier

« 2021 a été riche en émotions. Depuis le débourrement, avec le gel, la sécheresse du mois de mai, l’excès de pluie des mois de juin et juillet et tout de même une accalmie en août, les vendanges ont plutôt démarré avec de bons points. Cependant, en cours de vendanges, nous avons eu encore un peu d’eau, il a fallu courir dans tous les sens. Mais les bons points pris durant les dernières semaines ont été bénéfiques, ce qui nous permet d’avoir de belles choses en cave aujourd’hui. On est plutôt gâté au Domaine en terme de volumes car le gel ne nous a pas trop fait souffrir. Et la qualité est bonne avec de belles extractions de couleur, on a des sucres qui ne sont pas au niveau des 10 dernières années, on revient sur les niveaux que l’on connaissait au siècle passé, comme dans les années 90 où l’on faisait aussi de beaux vins. On est donc sur un millésime 2021 de belle facture. »

Xavier Frouin de la Cave de Tain

« L’année a été pour le moins difficile car outre le gel d’avril, nous avons aussi connu plusieurs épisodes de grêle dont le dernier fin août. On a commencé les vendanges début septembre alors qu’on les finissait l’an dernier le 18 septembre. Nous avons récolté des grosses baies un peu diluées mais à pellicules fines, plus fragiles, d’où des extractions délicates et plus douces pour obtenir des tanins soyeux. ».

Nicolas Jaboulet de Maison & Domaine Les Alexandrins

« C’est une année étonnante, notamment en Crozes-Hermitage avec le gel de printemps, beaucoup de pluies, pas assez de chaleur, deux épisodes de grêle et une grosse attaque de mildiou avant l’été. Malgré tout ça, on constate une belle résistance de certaines vignes et d’autres parcelles en souffrance, d’où une grande hétérogénéité. Nous aurons un bel équilibre sur les blancs; on va faire les fermentations malolactiques sur tous les vins car on a un beau support d’acidité mais pas de longue cuvaison. Pour les rouges, ce ne sera pas un grand millésime solaire comme 2018 et 2019, mais sur la gourmandise avec un peu d’élevage pour lui faire gagner du fond ».