Présents au Palais de la Bourse pour faire déguster leurs grands liquoreux, les producteurs du Sauternais craignent que la LGV ne perturbe durablement leur écosystème. Explications.

Les producteurs de Sauternes et de Barsac n’ont pas l’intention de baisser les bras. Alors que le 5 décembre dernier ils ont tiré la sonnette d’alarme concernant l’impact que pourrait avoir sur leur vignoble les deux projets de LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse, leurs craintes sont toujours d’actualité. En particulier, concernant d’éventuelles modification du micro-climat entrainant la formation du botrytis, la fameuse pourriture noble qui signe toute l’identité de ces grands liquoreux.

Présent à Bordeaux Tasting ce samedi, Jérôme Cosson, le régisseur du Château d’Arche (photo), second cru classé en 1855 à Sauternes, confirme cette inquiétude : « Certes, la ligne LGV ne passe pas près de Sauternes, mais à quelques kilomètres. Il n’empêche, pour nous le problème c’est que le Ciron risque d’être coupé en trois endroits par la LGV. Ce tracé traverse le réservoir d’eau du Ciron. De nombreux affluents seront coupés, redigérés… Or, cette zone humide est très importante pour nous car c’est là que se génère le brouillard et l’eau froide dont bénéficie Sauternes. Notre micro-climat est en partie lié à la configuration de nos sols mais aussi à ce bassin proche de Préchac. »

RFF sous le feu des critiques

Même constat, du côté de la Tour Blanche, premier grand cru classé en 1855 à Sauternes, comme l’explique son directeur commercial, Didier Fréchinet : « A partir du moment où il y a un impact sur la vallée du Ciron, il y a un risque de modification du micro climat de Sauternes. En clair, on craint un réchauffement des eaux du Ciron et que cet effet de choc thermique rendu possible par ses eaux froides ne fonctionne plus. »

A ses yeux, ce débat que vient d’ouvrir l’appellation « montre bien tout le côté particulier de nos vins, leur côté rare, précieux et très fragile. Si on modifie les conditions pour les obtenir, ça peut devenir très dangereux pour ces vins. »

Pour Jérôme Cosson, de Château d’Arche, les producteurs n’ont plus qu’une chose à faire : « Restons mobilisés et continuons notre action. Tout le monde va dans le même sens : aussi bien les ceux qui sont attachés à l’écologie que les producteurs et la population. La vallée du Ciron, c’est quelque chose de magique, ce serait tellement idiot de la faire disparaître pour gagner quelques minutes sur le trajet Bordeaux-Toulouse. »

En attendant, du côté  RFF, le porteur du projet LGV, on réfute tout impact négatif de cette future ligne à grande vitesse pour l’appellation. Il y a quelques jours, lors d’une réunion publique – et particulièrement houleuse – organisée à Langon par la commission d’enquête, André Bayle, le chef du projet, a affirmé que « Le franchissement du Ciron se fera à plusieurs kilomètres de ce vignoble et n’aura aucune incidence sur l’écoulement du Ciron ». Une affirmation qui n’a cependant pas rassuré les vignerons.

JD

Les vins de Sauternes présents à Bordeaux Tasting :
Château Bastor-Lamontagne
Château d’Arche – grand cru classé 1855
Château Guiraud – grand cru classé 1855
Château la Tour Blanche – grand cru classé 1855
Château Raymond-Lafon
Clos Haut-Peyraguey – grand cru classé 1855