(Photo Bret Brothers)
(Photo Bret Brothers)

Après dix ans d’efforts, les vignerons de l’appellation Pouilly-Fuissé en Saône-et-Loire soumettent jeudi leur dossier à l’INAO pour faire reconnaître une vingtaine de premiers crus, l’un des classements les plus prestigieux des vins de Bourgogne.

Fin septembre, ils ont voté à une très large majorité la délimitation de ces 22 climats – nom donné aux terroirs en Bourgogne – répartis sur 182 hectares, soit 23% de l’appellation.

Ce classement en premier cru serait une première depuis 1943 au sein d’une appellation qui n’en compte encore aucun, et l’aboutissement d’un long processus pour le cru le plus populaire du Mâconnais.

Le projet doit beaucoup à Frédéric-Marc Burrier, président de l’Organisme de défense et gestion (ODG) du Pouilly-Fuissé, une appellation « village » qui s’étend sur quatre communes – Vergisson, Solutré-Pouilly, Fuissé et Chaintré.

Quand il reprend le domaine familial, le château de Beauregard à Fuissé, en 1999, il a déjà travaillé plusieurs années en Côte-d’Or et s’interroge: « Pourquoi n’a-t-on pas la même reconnaissance qu’en Bourgogne du nord ? On a les mêmes atouts en termes de géologie, de terroirs, d’histoire, de climats… »

Sur l’ensemble de la Bourgogne, les appellations régionales représentent environ la moitié de la production, les villages plus du tiers, les premiers crus seulement 10% et les très recherchés grands crus encore moins : 1,3%.

Oppositions au projet

Convaincu que son appellation mérite elle aussi ses premiers crus, M. Burrier lance le projet en 2007. « Je n’avais aucune idée de sa faisabilité mais j’avais l’intuition qu’il pourrait être décisif pour notre avenir. A ce moment-là, sur les 20 membres de l’ODG, 18 étaient contre! », s’amuse aujourd’hui ce vigneron charismatique.

Trois autres appellations du Mâconnais ont engagé la même procédure mais sont encore loin d’y parvenir : Pouillé-Loché, Pouilly-Vinzelles et Saint-Véran.

« Aujourd’hui, on est fiers et heureux », se réjouit Denis Bouchacourt, viticulteur à Solutré depuis 30 ans, membre de la commission « Premiers crus » au sein de l’appellation. Au début, il faisait pourtant partie des réticents.

« J’avais peur que cela crée des jalousies, des conflits mais Frédéric a su être fédérateur. Et visionnaire », reconnaît-il, satisfait « de ce que cela va apporter aux générations futures. »

Une fois le projet lancé, l’appellation a dû réaliser un état des lieux précis de sa situation. Un bureau d’études spécialisé dans les sols et les terroirs, Sigales, a établi une cartographie détaillée des 800 hectares du Pouilly-Fuissé et de ses 217 climats.

Un travail qui a servi de base pour le premier dossier déposé au bureau de l’INAO à Mâcon en 2010. « A partir de là, on est entré dans le processus officiel », explique M. Burrier.

Preuves de légitimité

Il a nécessité de nombreux allers-retours entre l’ODG, la commission d’enquête et la commission d’experts nommée par l’INAO pour instruire la demande. L’ODG a dû notamment rédiger un rapport fondateur sur son appellation et ses origines.

Et pour chaque climat candidat à la mention premier cru, il a fallu répondre à 10 critères, de la dégustation aux critères techniques – altitude, pente ou topographie – en passant par les critères d’usage.

« Ce sont les éléments touchant à la notoriété, aux distinctions, au prix de vente » ou encore, par exemple, l’appartenance à un climat revendiquée sur la bouteille, explique Christèle Mercier, déléguée territoriale de l’INAO.

Un travail de collecte s’est organisé auprès des vignerons afin de réunir les preuves de la légitimité des candidats.

« L’instruction du dossier a été très longue mais cela a permis à chacun de mûrir le projet », estime Chloé Bayon, gérante du Manoir du Capucin, un domaine de Fuissé.

S’il reste encore plusieurs formalités administratives avant les premières cuvées Pouilly-Fuissé en premier cru, sans doute en 2019, la viticultrice est confiante. « C’est historique pour l’appellation. Tout va être tiré vers le haut. »