(Photo archives AFP)
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Derrière le visage habituel de votre caviste se cache peut-être l’histoire d’un changement de vie professionnelle. De plus en plus d’hommes et de femmes décident un jour de satisfaire pleinement leur passion pour le vin et sautent le pas pour ouvrir leur cave. Rencontre avec certains d’entre eux, pendant notre événement « Cavistes Dating ».

Difficile de ne pas se retrouver pris dans un tourbillon lorsque vous avez fait de études, que vous rentrez dans la vie active avec un poste exigeant, que votre carrière répond à un idéal souvent dicté par la famille et la société. Mais parfois, la passion pour le vin finit par prendre le dessus. Thierry Boguet, par exemple, aurait pu faire une brillante carrière dans l’aéronautique. Ce sportif de haut niveau n’avait pas rencontré le vin pour des raisons évidentes jusqu’à ce qu’une collègue lui fasse un jour découvrir ce divin nectar. « Lorsque j’ai commencé à dépenser une bonne partie de ma paye pour acheter du vin, j’ai pris conscience que je n’allais pas continuer dans la même voie professionnelle ». Bien sûr, le changement ne se fera pas sur un coup de tête. Thierry ouvrira en 1994 une première cave au Mans en conservant son poste en parallèle. « Une première expérience en tant que franchisé d’une chaîne car je n’étais pas suffisamment prêt à me lancer seul ». Ce n’est qu’en 1998 qu’il tournera définitivement la page en ouvrant sa cave indépendante à Manosque. La Maison du Champagne était née. Depuis 25 ans, cet amoureux fou du vin parcourt la France (près de 50 000 kilomètres par an !), goûte insatiablement (5000 bouteilles annuellement) pour continuer à être surpris, à dénicher des pépites sur des appellations parfois moins connues comme Marcillac. Le tout avec toujours beaucoup d’humilité. Un sentiment partagé par Franck Naudot des caves Naudot. Cet ancien directeur dans l’agroalimentaire, dont l’avenir était tout tracé, a également décidé il y a une dizaine d’années d’opérer un virage total dans sa vie professionnelle. Une évolution qu’il bénit chaque jour, notamment grâce aux rencontres magnifiques qu’il fait avec des vignerons. « Je n’ai d’ailleurs jamais refusé de rencontrer un fournisseur ou un vigneron. Notre métier nous donne une obligation de découverte, de curiosité. Et de toute façon, avec les centaines de milliers de références produites chaque année, les 4000 références que je déguste chaque année sont finalement peu de choses… »

Une passion, ce n’est pas un métier !

La passion, moteur déclenchant d’un changement de vie, peut aussi être aveuglante. Franck Naudot est ainsi passé proche d’une faillite, 6 mois après avoir ouvert sa première cave. « J’ai été pris dans un tourbillon mais n’ai pas suffisamment fait attention à la gestion. J’ai été mis en garde par d’autres cavistes de l’importance d’être aussi un entrepreneur et pas seulement un passionné de vin essayant de vendre quelques bouteilles. Rotation des stocks, gestion de la trésorerie, lecture d’un bilan comptable… Tout cela est fondamental car avoir une passion, ce n’est pas un métier ! ».

Une situation à laquelle Martial Meunier-Jourde du Comptoir des vignes est également confronté mais de manière différente. Après une vie très riche à la mairie de Nice comme directeur du protocole pendant plusieurs années puis à la tête d’un établissement hôtelier de luxe dans le Puy-de-Dôme, les affres de la vie l’ont conduit à s’orienter vers le monde du vin qu’il affectionnait tant dans sa vie personnelle. Là encore, c’est une rencontre avec un industriel auvergnat ayant la volonté d’ouvrir un réseau de caves dans la région qui le décidera à sauter le pas. Après 6 mois de formation aux quatre coins de l’Hexagone, il prendra la tête d’une cave à Clermont-Ferrand mais comme salarié. « Un vrai confort dans notre métier » reconnaît-il. Depuis bientôt 3 ans, il œuvre chaque jour pour installer durablement sa cave parmi les commerçants clermontois. Depuis l’ouverture, le nombre de références a doublé pour s’élever à près de 800. Et toujours l’humain qui est mis en avant, les rencontres merveilleuses avec les vignerons comme autant d’histoires à transmettre aux clients. « Ma sainte trinité pourrait se résumer ainsi : l’homme, le fruit, la terre ».

Tous ces néo-cavistes ont en commun de rester très pragmatiques quant aux défis de leur métier. Thierry Boguet s’est ainsi adapté à un phénomène nouveau, celui de la spéculation. « Sur mes 1000 références, j’en cache 400 pour éviter de me faire dépouiller par des spéculateurs ». Et évidemment l’obligation de rester en phase avec les attentes des clients. Le bio, la biodynamie, les vins nature, les vins du monde, les champagnes moins dosés sont autant de nouvelles réalités auxquelles nous sommes sensibles et qui nous maintiennent en alerte » confie M. Meunier-Jourde.