(Photo Sud-Ouest / Quentin Salinier)
(Photo Sud-Ouest / Quentin Salinier)

Milliardaire discret, propriétaire du prestigieux cru classé de Graves Château Haut-Bailly, Robert G. Wilmers avait tissé des liens solides avec Bordeaux, dépassant le seul univers du vin. Il avait 83 ans.

Pour les Bordelais, Robert G. Wilmers était avant tout le propriétaire d’un des plus prestigieux crus classés de Graves : le château Haut-Bailly. Et d’un autre vignoble de Pessac-Léognan, le château Le Pape. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, où ce discret milliardaire, volontiers pince-sans-rire, s’est éteint samedi à l’âge de 83 ans, c’est très certainement l’image du dirigeant qui restera. Comment pourrait-il en être autrement ? Robert G. Wilmers était à la tête de la douzième banque des États-Unis, la M&T Bank, forte de 13 000 salariés. Au quotidien ce chef d’entreprise partageait son temps entre New York et Buffalo. Entre les deux, il faisait escale… en Gironde pour rejoindre Haut-Bailly.

S’il ne l’a acquis qu’en 1998, sa relation avec Bordeaux et les grands vins était toutefois plus ancienne. Lors d’une rencontre en avril 2016 au château Le Pape, celui qui avait été nommé « banquier de l’année en 2011 » nous avait confié être venu ici pour la première fois en 1969 pour des vacances. Il avait alors 35 ans. Et à l’époque, il était commissaire adjoint aux finances de la ville de New York. De cette semaine de tourisme dans le bordelais, il gardait notamment en mémoire un déjeuner au château Margaux, alors propriété de la famille Ginestet. « On a nous a servi un magnum de Margaux 1953. Je crois que c’est l’un des seuls repas de ma vie dont je me rappelle aussi bien », nous avait-il raconté.

Entre le vin et les affaires, la frontière était mince. Et l’achat de Haut-Bailly, dont il a confié la direction à Véronique Sanders, est venu mettre deux forces à l’épreuve : la passion et la raison, comme il nous l’avait expliqué : « J’ai trouvé cette propriété magnifique. Je dois dire que j’aime tout à Haut-Bailly : le vin bien sûr, mais aussi la beauté des lieux, chaque chose dans le moindre détail. Mais, en tant qu’homme d’affaires, il m’était difficile de me rendre compte d’abord de ce que c’était et ensuite de ce que ça pouvait devenir. Quand on achète un vignoble – et c’est aussi vrai aujourd’hui -, on ne le fait pas pour les bénéfices. On ne peut pas dire si on gagnera de l’argent avec, et encore moins combien. Et ce d’autant plus que c’était un métier que je ne connaissais pas. Je dois reconnaître qu’il y avait quelque chose d’irrationnel mais sympathique dans tout ça. »

A première vue si la passion l’a donc emporté, Robert G. Wilmers a toutefois inscrit cette aventure au long cours dans une autre perspective, plus personnelle : « Je dirige une banque et d’ici 100 ans, je ne sais pas s’il y en aura encore, nous disait-il, prenant soin de peser chacun de ses mots. Mais Haut-Bailly, qui existe depuis le 17ème siècle, sera toujours là dans 200 ans. A Haut-Bailly, je suis gérant de quelque chose qui fait partie de l’histoire. Cette dimension me touche. »

Malgré une vie professionnelle intense aux États-Unis, cela ne l’a pas empêché de nouer des liens solides au-delà de l’univers du vin. Et plus particulièrement dans le monde de l’art bordelais. Féru de culture française, il soutenait ainsi plusieurs musées et a même été président de l’association des Amis du CAPC. Plus récemment, il a soutenu la Cité du Vin au titre de mécène bâtisseur. En septembre dernier, Alain Juppé lui avait remis les insignes d’officier de l’ordre national de la Légion d’honneur.