Sans tambour ni trompettes, la famille Labruyère (Domaine Jacques Prieur à Meursault, Château Rouget à Pomerol) a acquis des vignes en Champagne il y a 5 ans. Les premières bouteilles arrivent en marché. Grands crus, approche terrienne et œnotourisme sont les composantes d’un projet très haut de gamme.

Ils ne sont pas nombreux, les nouveaux venus dans le landernau champenois ! Question de moyens certes, question aussi d’entrer dans un milieu vérouillé dès qu’il est question de posséder de la terre. « Voilà 10 ans que nous avons le projet en tête, reconnaît Edouard Labruyère, grand amateur de champagne. On nous avait proposé de prendre des parts dans des Maisons, d’acquérir de belles étiquettes. Mais nous sommes des vignerons et avons une approche de terroir, pas une stratégie d’actifs de marques.»
L’opportunité apparaît enfin d’acquérir les Domaine Busin (2012) puis Quénardel (2013). Un joli coup double, avec au total une superficie rondelette de 13 ha (notamment premiers et grands crus) et 70 000 bouteilles. Un centre névralgique à Verzy & Verzenay, et les grands pinots noirs de la Montagne de Reims.

7 générations en Bourgogne et à Bordeaux

Si elle est néo-champenoise, la famille Labruyère n’est pas néo-vigneronne. Les racines remontent 7 générations plus haut, en 1830 à Fleurie, puis se ramifient en Bourgogne, notamment au domaine Jacques Prieur (Meursault) jusqu’en devenir majoritaires en 2009. En 1994, grande diagonale vers Bordeaux, avec notamment l’acquisition du Château Rouget (Pomerol).
Les Labruyère s’installent en Champagne pour durer. Outre les achats du foncier, c’est rien de moins que toute l’installation technique du chai à Verzenay qui a été revue en profondeur. Fûts, cuverie, pressoirs… rien que le meilleur. Le montant total de l’investissement est top secret, mais Edouard Labruyère reconnaît « engager 5 à 7 générations Labruyère sur le projet ».

Reste le tour de main champenois à apprendre, tout en insufflant aussi un savoir-faire bourguignon. « On a beau travailler les mêmes cépages, il y a peut-être plus de proximité entre un pinot noir bourguignon et un merlot de pomerol qu’avec un autre pinot noir champenois, reprend Edouard Labruyère. Le travail sur les acidités, la magie de l’assemblage… nous apprenons et nous observons avec beaucoup d’humilité. Nous testons aussi ici quelques techniques bourguignonnes : le travail sur la vigne (taille, surface foliaire, enherbement, ébourgeonnage), les maturités, l’élevage. J’aime les champagnes vineux et expressifs de leur terroir ; et c’est ainsi que nous voulons les produire. »

Champagnes JM Labruyère

Les Labruyère ont mis 5 ans à produire leurs premières bouteilles, baptisées JM Labruyère (initiales de Jean-Marie, le grand-père). Les raisins proviennent exclusivement de grand cru, l’élevage sur lies est doublé par rapport aux règles de l’appellation.

La gamme est composée de 3 références dont les premiers flacons arrivent en marché :
Prologue (35 €), 70 % pinot noir, 30 % chardonnay, vendange 2012 (millésime non revendiqué). Un champagne qui exprime une très riche densité de matière : agrumes confits, infusion de citronelle, pignon grillé. Très puissant et sur l’avant de la bouche. Finale nette peau d’agrume. Dosage 4,8 g/l.
Anthologie (42 €), 70 % pinot noir, 30 % chardonnay, vendange 2012 (millésime non revendiqué), 8 % de vin rouge de Bouzy « Nous travaillons ces vignes et ce vin rouge comme nos meilleurs Volnay ! ». Robe or rose soutenu. Effluves d’oranges compotées, cannelle et badiane, cerise kirch et noyau. Beaucoup d’amplitude et de longueur. Un voyage exotique. Remarquable. Dosage 6,4 g/l.
Page blanche (70 €), 100 % chardonnay d’une parcelle atypique de Verzenay, vendanges 2012 (millésime non revendiqué), 12 mois en fûts, bâtonnage. Le chardonnay s’exprime dans toute sa gamme de fleurs blanches assez opulentes, des frondaisons (tilleul), et l’élevage apporte rapidement des notes briochées et fruits à coque. Son caractère très original combine une minéralité profonde (un peu sur la retenue lors de notre dégustation) et un floral-torréfié très lumineux.

Dernier étage de la fusée, l’ancien bâtiment d’habitation jouxtant la mairie de Verzenay a été entièrement rénové en de luxueuses chambres d’hôtes, couplé à un projet oenotouristique plus large incluant dégustation et peut-être restauration. Une double clé d’entrée qui rencontre déjà, au Domaine Jacques Prieur (Bourgogne), un succès retentissant.