Ce jeudi 21 novembre, le Beaujolais Nouveau revient. Pour le groupement de vignerons de Terroirs Originels, cette vaste opération commerciale se double d’une action solidaire. L’entraide comme réponse à la mondialisation.

Sur la trentaine de vignerons qui composent le groupement « Terroirs Originels », une dizaine produisent du Beaujolais Nouveau ou du Beaujolais-Villages Nouveau. Ils se nomment Jean-Michel Dupré, Lucien Lardy, Pascal Berthier, Emmanuel Fellot, ou encore… Robert Perroud. C’est lui qui, en 1997, a eu l’idée de créer ce groupement de « vignerons artisans » : « j’avais repris en 1990 la propriété familiale, je représentais la 7ème génération. Mon père avant moi, vendait surtout au négoce, j’ai eu envie de développer la bouteille, de signer mon propre vin. Je produisais du Brouilly et du Côtes de Brouilly, mais l’on me demandait du blanc, ou bien d’autres crus. C’est ainsi que j’ai approché d’autres collègues, pour mutualiser nos efforts. Car face à la mondialisation, il est difficile de rester petit. L’idée était de se serrer les coudes, entre vignobles à taille humaine, des exploitations de type familial (12 hectares en moyenne, NDLR). Nous étions 5 au début, aujourd’hui nous sommes 30, plus huit salariés ».

La philosophie de « Terroirs Originels », c’est de permettre aux vignerons qui rejoignent le groupement de se consacrer à ce qu’ils savent faire le mieux : s’occuper de leurs vignes et produire leur vin. La mise en commun de certains équipements techniques, et le déploiement d’une force commerciale collective, permet à chacun de se consacrer totalement aux raisins, et à la cave. Ce qui crée une certaine émulation. « Il y a une saine compétition entre les domaines, souligne Robert Perroud. Nous faisons beaucoup de dégustations à l’aveugle pour nous comparer, nous échangeons beaucoup, tout le monde est très impliqué. Cela nous aide à toujours progresser. « Terroirs Originels » ne veut pas un modèle unique de viticulture : cela va du cheval de trait au nouvel enjambeur dernier cri, il y a du bio, de la biodynamie, du « Terra Vitis », du raisonné. Nous essayons tous de tendre vers une viticulture propre. Cela donne des vins aux styles différents, mais nous voulons avant tout des passionnés, des terriens, qui sont de vrais ambassadeurs de leur région ».

L’union fait la force

Cette cohésion se vérifie particulièrement à l’approche du Beaujolais Nouveau : un moment crucial sur le plan commercial, qui mobilise tous les vignerons. Pendant que la dizaine de producteurs directement concernés s’occupent de la mise en bouteille et l’etiquetage, leurs collègues se chargent de prendre et expédier les commandes. Ce sont près de 300 000 bouteilles qui vont ainsi déferler dans les cafés, cavistes et restaurants (50% France, 50% export). « Cette solidarité est vraiment notre point fort, précise Robert Perroud. Les fils viennent aider les pères, personne ne se fait tirer l’oreille pour prêter main forte. C’est bien que cela existe toujours à l’heure actuelle ! Mais c’est aussi très profitable pour les clients, car nous leur offrons un service de qualité. Nous expédions ainsi nos crus en même temps que nos Beaujolais Nouveaux, ce qui réduit les coûts de transport pour nos clients ».

A eux tous, les producteurs de « Terroirs Originels » proposent en effet un éventail complet des crus du Beaujolais et du Mâconnais – de Chiroubles à Pouilly-Fuissé, de Juliénas à Viré-Clessé, de Morgon à Saint-Véran. « On oublie souvent les crus, déplore Robert Perroud, qui font la fierté du Beaujolais. De même que l’on fait beaucoup de mauvais procès au Beaujolais Nouveau. C’est une très belle réussite commerciale, et c’est typiquement français de la démolir. Certes, il y a eu des abus (pas plus que dans d’autres régions), mais on est revenu de ce côté « industriel » du Beaujolais Nouveau. Nous, les vignerons de « Terroirs Originels », nous essayons de produire un vin jeune, festif, authentique, avec un fruit croquant. J’en profite d’ailleurs pour souligner que nous sommes très contents du millésime 2013. Dans le Beaujolais, ceux qui ont bien travaillé ont produit de très jolis vins. » Une bonne nouvelle à vérifier dès jeudi, en bonne compagnie.

Mathieu Doumenge