Louis-Fabrice Latour, à la tête de la maison Louis Latour, est le nouveau président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). Sa priorité : faire en sorte que la Bourgogne produise davantage, en rouge surtout, pour faire baisser la tension sur les prix.

L’Interprofession a décidé que la priorité est à l’amont. Qu’est-ce que cela signifie ?
Oui, la priorité à l’amont pour les années qui viennent. Il nous faut retrouver des capacités de production après avoir subi une baisse importante des stocks. A chaque époque ses priorités et ses modes d’organisation. Si la conjoncture économique devenait plus difficile, la priorité serait à nouveau à l’aval (Ndlr : le marché).

Quels sont vos axes de travail pour que la Bourgogne produise davantage et plus régulièrement ?
Le sujet n’est pas facile. L’axe numéro 1, c’est gérer et restaurer durablement le potentiel de production. Il nous identifier et favoriser des pratiques viticoles durables. Cela passe par favoriser la biodiversité et la conservation du matériel végétal.

Vous évoquez le « matériel végétal » : cela veut dire sélectionner des plants de vignes capables d’assurer la qualité, la régularité et la durabilité de la production ?
Oui, c’est l’un des grands enjeux des mois à venir. Sommes-nous capable de renouveler un vignoble pour qu’il soit durable, adapté ? Cela demande d’investir des sommes importantes et va prendre du temps. Il y a toute une réflexion sur la longévité du vignoble, la lutte contre les maladies, l’adaptation au climat à mener. L’objectif est aussi de prendre en compte la dimension économique pour assurer la durabilité des exploitations. En période prospère nous avons le temps de nous poser. Le jour où le vent soufflera il faudra éviter de rencontrer des difficultés comme ce que nous voyons dans le Beaujolais.

On dit le vignoble vieillissant, fatigué. Qu’est-ce que cela signifie ?
L’âge moyen des vignes, hors repiquage, s’approcherait des 50 ans. Le taux de dépérissement du fait des maladies est élevé. Un renouvellement s’impose. Nous sommes rentrés dans une décennie sans doute un peu plus compliquéz, même si 2014 est une récolte importante et finalement 2015 le sera aussi. Mais attention, on raisonne Bourgogne en général, mais il faudrait faire une différence entre blanc et rouge. En blanc, la production est à un bon niveau, contrairement au rouge. Ce contraste nous préoccupe car le marché est demandeur de rouge. Le déficit de récolte induit une flambée des prix. On sort du marché. Les cours (ndlr : prix auxquels les négociants achètent les vins aux viticulteurs) du Bourgogne rouge ont doublé depuis 2009 !

L’image de la Bourgogne en pâtit-elle auprès des consommateurs ?
La perception d’une Bourgogne chère nous inquiète. Il y a de la tension avec les distributeurs et les clients. On se rend bien compte que nous ne sommes pas aussi bien vus qu’il y a deux ou trois ans ! On voudrait freiner la hausse des cours, ne pas donner l’image d’une Bourgogne arrogante.