Questions à Louis-Fabrice Latour, président de la maison Louis Latour, vice-président de la Fédération Française des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) et co-président de l’interprofession des vins de Bourgogne.

Vous êtes vice-président de la FEVS. Vous avez rencontré dimanche dernier le président de la République. Quels messages lui avez-vous fait passer ? Lui avez-vous parler de la loi Evin ?
Ce n’était pas mon rôle, je voulais rester sur des thématiques export, notamment la défense des reconnaissances des indications géographiques, l’aspect normatif au Japon ou au Viêt Nam, du fait que nous sommes souvent les victimes des représailles commerciales lorsqu’il y a des tensions politiques à l’international. Nous ne voulons pas d’aides, juste qu’il y ait plus souvent un volet vins et spiritueux dans les négociations internationales.

On vous a vu avec une délégation d’associations viticoles chinoises sur le salon. Envisagent-ils d’investir en Bourgogne ?
En fait, il s’agit de renforcer la réception de délégations chinoises dans le cadre des accords de la FEVS, de s’intéresser à ce qu’ils produisent, de recevoir des stagiaires dans nos entreprises, de les intégrer dans le circuit mondial des vins. Nous faisons ce que nous avons fait finalement avec les producteurs américains il y a dix ans.

Le classement des climats de Bourgogne au Patrimoine mondial de l’humanité est-il le sujet le plus brûlant pour le co-président de l’interprofession des vins de Bourgogne que vous êtes ?
Nous attendons avec impatience le 5 juillet, date de la décision de l’Unesco… qui peut très bien classer deux dossiers, celui de Champagne et celui de Bourgogne. Mais il est vrai que le dossier champenois est plus avancé et que nous avons encore un ou deux calages à revoir. Un classement nous permettrait d’enclencher le projet de la cité des vins, plus modeste que celle de Bordeaux bien sûr, mais qui serait la clé de voûte d’un gros projet d’oenotourisme en Bourgogne. A Saint-Emilion ce classement a engendré 40% de visiteurs en plus. En Bourgogne, il faudrait s’atteler sérieusement à investir dans les caveaux entre autre, ceux des vignerons mais aussi les maisons. A cet égard, nous ne sommes pas un modèle du genre et il y a beaucoup à faire. Le classement concernerait un millier de parcelles et 14 communes entre Beaune et Dijon.

La succession de petites récoltes vous préoccupe-t-elle ?
La baisse des approvisionnements et des stocks est forcément préoccupante, surtout lorsque l’on voit arriver la menace d’une pénurie et que l’on commence à parler allocations. Cela créé inévitablement des tensions sur les marchés. Cette année, la fleur s’est bien passée, on espère une récolte normale mais pas excessive de toute façon car la vigne est fatiguée des aléas climatiques.

Avez-vous des projets pour la maison Louis Latour, en Beaujolais par exemple ?
Nous avons racheté la maison Henri Fessy spécialisée dans les crus du Beaujolais en 2008, nous avons planté une quinzaine d’hectares dans les pierres dorées du Sud Beaujolais, et notre vrai premier millésime est en 2015. Nous y produisons uniquement des rouges, des pinots noirs, en Coteaux bourguignons car les terroirs s’y prêtent particulièrement ; ils donnent des pinots plus chauds, souvent à 13% vol., mais qui gardent une belle acidité et un équilibre intéressant. Avec la nouvelle appellation des Coteaux Bourguignons, il s’agit de faire bouger les lignes car l’appellation est avant tout un espace de liberté ou chacun peut travailler avec les cépages qu’il veut… Pourvu que le vin soit bon et qu’il ait une âme. Nous faisons des vins valorisés légèrement en dessous de 10€ car même si l’on parle d’appellation socle, la viticulture y est chère et on peut difficilement descendre sous le prix des Bourgognes. Ce n’est que le début de l’aventure. Nous travaillons sur ce vignoble avec 3 vignerons mais les collaborations pourraient s’étendre.

Vous avez également un beau projet avec la maison chablisienne Simonnet-Fèbvre…
Il était important pour nous que ce soit une entreprise régionale qui travaille ce vignoble chablisien où Latour ne serait pas crédible. Nous avons d’abord investi dans une cuverie puis dans une quinzaine d’hectares en IGP Coteaux de l’Auxois. Simonnet-Fèbvre est la seule maison dans cette région qui travaille beaucoup de petites appellations périphériques comme Irancy, Epineuil, Vézelay, Saint Bris… avec des styles de vin reflétant plus le Nord Bourgogne, et à 90% en blanc. On redéveloppe ainsi des appellations réputées au 19e, avant le phylloxera, et qui avaient quasiment disparu au 20e.

Interview-Photo Frédérique Hermine