La maison bourguignonne Louis Latour fêtait ses 220 ans au Ritz le 7 juin. L’occasion de déguster des millésimes d’anthologies : 1934, 1947 ou encore 1959.

Un bel exemple de permanence. C’est le moins que l’on puisse écrire à propos de la maison bourguignonne Louis Latour : 220 ans, 11 générations… Mais l’une des caractéristiques de cette référence des vins de Bourgogne est d’avoir au fil des décennies, et surtout des heurts de l’histoire fait preuve d’une clairvoyante capacité d’adaptation. Elle a ainsi assuré son développement, ou parfois simplement sa survie, en s’appuyant tantôt sur son prestigieux domaine, tantôt son savoir-faire de négociant. Viticulteur-négociant ou négociant-viticulteur ? Tel est la question. Qu’importe si c’est pour faire rayonner un nom : Louis Latour, pourraient répondre en cœur les générations qui en ont hérité.

« Au cours de son histoire la maison a fait des coups d’accordéon entre le domaine et le négoce, confirmait Louis-Fabrice Latour, pdg depuis 1999, au cours de la soirée. Elle n’était que la 40e maison bourguignonne lorsque mon père l’a rejointe aux prémices des années 1950… ».

Louis Latour a été fondée en 1797 après de premières acquisitions lors de la vente des Biens Nationaux. C’est surtout l’esprit d’entreprise, même pendant les moments sombres de la crise du phylloxéra, qui permettra à la maison de valoriser et d’accéder à de très grands terroirs. Louis Latour, 3e du nom (1835-1902), acquière notamment le Château et la cuverie Corton Grancey à cette époque tourmentée. Pas moins de 15 hectares de corton grands crus s’ajoutent au domaine initial. Il décide aussi de planter du chardonnay, en remplacement de l’aligoté et de gamay atteints par la maladie, sur ces coteaux pentus et calcaires. Ce sera l’une des pierres fondatrices du corton-charlemagne dont la maison est l’un des deux principaux producteurs (11 hectares). Suivront les acquisitions des vignes du chambertin et de la romanée-saint-vivant (1898) en Côte de Nuits (Louis Latour parle de cuvées « hors ligne »). En Côte de Beaune, le fleuron se nomme chevalier-montrachet (1913).

La maison partira à la conquête du marché américain dès 1934 et après le coup d’arrêt de la guerre elle décide d’être de nouveau ambitieuse dans les années 1950. Louis Latour redeviendra quelques décennies plus tard l’un des trois ou quatre piliers du négoce de la région (80% à l’exportation). Entretemps, elle a tenté et réussi une aventure hors Bourgogne avec la plantation de chardonnay en Ardèche (fin des années 1970) puis de pinot noir dans le Var (fin des années 1980).

Un attachement à la vigne qui se dément pas avec la nouvelle génération puisqu’au travers la maison Simonnet-Febvre à Chablis (rachetée en 2003) et Henry Fessy (2008) dans le Beaujolais, la superficie de vignoble cultivée directement par la maison progresse chaque année.

C’est cette aventure que fêtait la maison le 7 juin au Ritz à Paris, avec pour l’occasion la dégustation de quelques-uns des joyaux de sa cave d’Aloxe-Corton.

Un très belle trilogie de corton-charlemagne, remarquable de finesse aromatique, sur les millésimes 2010, 2009, 2008. Un puissant chevalier-montrachet « Les Demoiselles » 1947 année devenue mythique. « Le premier millésime chaud de l’ère moderne », selon Louis-Fabrice Latour. Et côté rouges, une romanée-saint-vivant 2010 d’un raffinement et pureté envoutante. Un corton-grancey 1990 plein de chair. Un clos vougeot 1934 mêlant à la fois sucrosité et vivacité. Et à notre sens le clou de la soirée : un Chambertin 1959 (autre millésime chaud) d’une superbe finesse de tannins et d’une fascinante complexité aromatique (rose séchée, champignon frais, torréfaction, etc.)