(Photos JM Brouard)
(Photos JM Brouard)

Il y a quelques jours, la maison beaunoise Louis Latour organisait une dégustation comparée de certains de ses vins les plus prestigieux sur des millésimes acclamés. Avec quelques surprises à la clé…

L’intérêt d’être une maison plus que bicentenaire (la maison Louis Latour a été fondée en 1797), c’est d’avoir pu constituer au fil des siècles un patrimoine absolument incroyable de vignes sur les plus belles parcelles de la Côte d’Or. Corton-Charlemagne, Corton, Chevalier-Montrachet ou bien encore Romanée-saint-Vivant sont autant de crus mythiques qui produisent parmi les plus beaux vins du monde. Toutefois, leur personnalité varie grandement d’un millésime à l’autre et il est toujours passionnant de pouvoir les comparer.

Parmi les duos de belles années, la maison Louis Latour avait décidé de refaire le match entre 2015 et 2016, 2009 et 2010 mais aussi 1989 et 1990. A chaque fois, des profils spécifiques. 2015, son printemps et son été très chauds, suivis d’un mois de septembre plutôt frais était peu comparable à 2016. Cette année-là, un hiver extrêmement vigoureux a laissé la place à beaucoup de soleil et de chaleur jusqu’aux vendanges. 2010 fut pour sa part en dents de scie, tant en termes de température que de pluviométrie, quand 2009 offrait tout au long de son éclosion un temps de saison terminé par un été bien chaud. Enfin 1989 avait marqué les esprits par son niveau élevé d’ensoleillement et 1990 avait connu de fortes chaleurs après un mois de juin plus frais.

Des profils bien marqués

S’agissant de la confrontation entre 2015 et 2016, les grands blancs présentent un profil plus tendu, plus droit et finalement plus de structure sur les 2015 alors que l’on aurait pu s’attendre à l’inverse. Plus complexes, les Corton-Charlemagne et les Chevalier-Montrachet 2015 présentent aussi plus d’allonge et de personnalité que leurs successeurs de 2016. Sur les rouges, le constat est tout autre. Le profil solaire de 2015 a donné des vins plus évidents, plus faciles mais moins percutants et ciselés qu’en 2016. Le château Corton Grancey 2016 est beaucoup plus profond et dotée d’un fruité plus pur qu’en 2015. Mais la plus grande disparité concerne surtout le Romanée-saint-Vivant. Pourtant de très belle facture sur 2015, le 2016 le bat littéralement à plate couture. Mystérieux, complexe, ce dernier présente un crémeux de tannins admirable et un éclat impressionnant. Une victoire très nette. En remontant ensuite dans le temps, un enseignement ressort immédiatement. Ces grands crus vieillissent très bien sur les belles années. Le Corton-Charlemagne 2010, aujourd’hui assez discret, ne montre pas encore toute l’étendue de son potentiel. Il laisse ce rôle au 2009 qui est très expressif actuellement, avec un profil typique du cru, très opulent voire entêtant avec ses notes de sureau et de réglisse. En matière de rouges anciens, l’expérience a été menée sur le Corton Grancey pour 1989 et 1990. Si le premier commence à présenter des notes d’évolution mais avec une structure très délicate, 1990 assume sa puissance et sa générosité et rappelle à qui peut le goûter qu’il ne fait que commencer sa longue vie. Dans tous les cas, les vins ont fait honneur à la Bourgogne en offrant des aspects bien tranchés. Un témoignage supplémentaire de la magie des grands vins de cette région.