Art contemporain et vins bios d’Aquitaine en dégustation, c’était le rendez-vous que proposait le SVBA (Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine) lundi soir au CAPC de Bordeaux, profitant de l’effervescence des Primeurs. A l’entrée du musée, une devise : « Les vins biologiques sont élaborés dans le respect de l’environnement, de la biodiversité et de la véritable nature du produit ».

« On voit beaucoup de cavistes qui viennent de s’installer, ou qui souhaitent ouvrir un endroit dans les mois à venir, c’est une tendance intéressante », constate Nicola Allison, vigneronne du Château du Seuil, à Cérons dans les Graves. C’est le cas de Floriane, future caviste rencontrée dans les allées, venue déguster les bios d’Aquitaine pour enrichir sa nouvelle gamme : « J’ouvre une cave à vin à Bordeaux dans quelques semaines, ça s’appellera le Jardin et la Cave de Flo et ce sera 100 % bio ». Une tendance qui progresse tous les ans dans les caves de France – plus qu’une mode, c’est une réalité de consommation.

Le bio, juste une tendance ?

Le bio touche un tiers des consommateurs de vin, selon le 10ème baromètre AgenceBio / CSA 2012 puisque « 33% des consommateurs français déclarent boire régulièrement un produit estampillé du logo AB. » Plus de femmes que d’hommes, et surtout plus de jeunes. « Les jeunes de 18 à 24 ans sont particulièrement sensibles aux arguments écologiques du vin bio : ils sont plus nombreux que la moyenne à juger ces vins non seulement respectueux de l’environnement et de son producteur, mais aussi plus authentiques et meilleurs pour la santé » écrit l’étude. Un public qui avait répondu présent à la soirée de dégustation organisée par le SVBA (Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine) pendant les Primeurs.

« Je suis galloise et mon mari néo-zélandais. Nous avons vécu plusieurs années en Nouvelle-Zélande et l’environnement tout comme l’écologie sont des sujets qui nous préoccupent depuis toujours. Nous avons décidé en reprenant le château du Seuil en 2001 de passer en bio dès que possible, nous sommes certifiés depuis 2011, c’est loin d’être impossible en Aquitaine » confie Nicola Allison. Le discours de cette propriétaire, tous les vignerons présents au CAPC lundi dernier, le partageaient. Faire du bio en, Aquitaine, malgré un climat pluvieux et une surveillance constante du développement des maladies, n’est pas chose impossible, au contraire. Et ils en deviennent très fiers dans les années difficiles. « Je suis une ancienne médecin. Je suis sûre d’une chose, si vous donnez des antibiotiques tous les jours à vos enfants, ils seront toujours malades. En revanche, s’ils ne prennent de médicaments que lorsqu’ils sont malades, alors tout ira bien. C’est la même chose pour les vignes, elles s’expriment d’autant mieux dans les années difficiles, si on les cadre bien », argumente la vigneronne de Cérons.

2014, un millésime AB réussi en Aquitaine

« Nous avons souffert en 2013, mais comme tout le monde. Aussi, cette année, nous sommes contents que le temps ait été plus clément, que la floraison se soit bien passée et que la douceur du mois de septembre ait pu donner des maturités convenables et une belle concentration », explique Jean-Yves Béchet, du Château Fougas ayant passé le cap de la biodynamie en Côtes de Bourg, rive droite de la Garonne. Ni plus ni moins les mêmes affirmations que les autres vignerons bordelais, dits « conventionnels » ailleurs à Bordeaux.

Idem pour le Château du Grand Launey, de Pierre-Henri Cosyns, en Côtes de Bourg lui aussi. En 2014, ce vigneron a décidé en de sortir une cuvée 100 % sans sulfites : « c’était possible tout au long de la vinification pour ce millésime. Il y a moins de 10 mg de sulfites par litre, je n’ai pas besoin d’indiquer sur la bouteille la mention « contient des sulfites » ». Une preuve, selon ce vigneron, que le travail des sols et de la vigne ne peut qu’être gagnant en cave. A la dégustation, ce 100% merlot offre beaucoup de croquant, une bouche dense et une concentration, tout en fraîcheur.

Le bio, fédérateur dans le vignoble aquitain

Alors que 2014, marque la première année certifiée en biodynamie de grands crus classés comme Palmer (classé 1855 à Margaux) ou Climens (1er cru classé de Barsac), d’autres grands crus sont convaincus par le bio depuis plus longtemps, surtout sur la Rive droite. Venus de Saint-Emilion on pouvait notamment déguster : le Château Bernateau et Tour Peyronneau, le Château d’Arcole, Laplagnotte Bellevue, les vignobles Puyo, le château Croque-Michotte, le château Coutet et le château Moulin de Lagnet, tous en Grands Crus.

Parmi les nouveaux arrivants dans le vignoble bordelais, un coup de projecteur sur le Château les Graves de Viaud, 11, 5 hectares à Pugnac (en Côtes de Bourg), repris en 2010 par Philippe Betschart, un ancien informaticien parisien « néo-vigneron de Bordeaux », comme il aime à s’appeler. « Puisque je ne connaissais rien à la culture de la vigne, autant apprendre correctement. Je ne pouvais pas imaginer faire autrement qu’en biodynamie, j’ai entamé la conversion Demeter dès la première année ». Dans le verre de ce « Terroir 2012 » (beau potentiel en 2014), un vin délicat et ciselé. Le fruit est intact, il semble qu’on croque dedans à chaque gorgée. Habillage moderne et rafraîchissant sur l’étiquette, ce qui ne gâche rien.

Laure Goy

Les Vignerons Bio d’Aquitaine font déguster chaque année à tous (particuliers comme professionnels), pendant deux jours, au Marché Gourmand des Vins Bios, au Stade André Moga (Bègles). Cette année, le Marché aura lieu les 21 et 22 novembre 2015. Renseignement sur www.vigneronsbio-aquitaine.org

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