(Photo Millésima)
(Photo Millésima)

Incontestablement, on ne peut reprocher à Xavier Planty, le gérant et copropriétaire du Château Guiraud, premier grand cru classé de Sauternes*, de ne pas dire ce qu’il fait et de ne point faire ce qu’il dit. On le connait pour son accent rocailleux, sa verve enlevée et assumée, son amour d’une viticulture de haute couture. Ce que l’on sait moins, c’est sa volonté de faire bouger les lignes dans une sincérité des plus rafraichissante et trop peu usitée à Bordeaux.

En préambule des dégustations des primeurs à Bordeaux, dans une danse où chacun joue une participation déjà connue, Xavier Planty annonce sans fard ni trompette, mais avec une justesse de mots, vouloir nouer une relation « sincère » et « juste », avec la nature, mais aussi avec les hommes.
Une relation de confiance avec la volonté de « rendre les rapports humains plus francs, plus nets » affirme-t-il à Terre de Vins. « Cela fait plusieurs années que les dégustations des primeurs sont pleines d’arrière-pensées avec un style convenu dans lequel je me trouve de moins en moins à l’aise », enchérit-il.

Il est vrai que depuis 35 ans, Xavier Planty œuvre à la reconstruction du Château Guiraud, dont 10 années avec « des associés de qualité, vers une recherche de la plus haute expression du lieu ». Une viticulture de haute couture en quelque sorte qui passe notamment par une recherche écologique globale et une authenticité en cohérence avec la marque de Château Guiraud qui l’incite « à ne parler que du vin ». Et ce faisant, il a décidé d’annoncer le prix de vente en primeur, dès aujourd’hui (35,50 € HT prix de vente particulier conseillé via les revendeurs accrédités) afin de « focaliser le discours sur la qualité de mon vin » dit-il.

Une attitude particulièrement novatrice quand on sait que la très grande majorité des propriétaires, conseillés par les courtiers de grands crus, attendent la sortie des notes des primeurs et préfèrent prendre le pouls auprès des critiques avant de présenter les vins à la commercialisation.
« Aujourd’hui, à Bordeaux, il y a énormément de propriétés gérées par des égos qui ne sont pas des égos de terrain. On a de moins en moins affaire à des personnes qui vivent à Bordeaux. Les décisions sont prises dans des cabinets parisiens ou à Megève, pas sur le terrain ».

« Des conneries seront faites, c’est inévitable, et je ne veux pas que la sortie de Guiraud soit dans cette mouvance de non-dits », conclut-il.

Se positionnant sur un axe de vérité, Xavier Planty préfère recevoir ses importateurs « en toute connaissance de cause » pour nouer « des relations spontanées et bienveillantes et que nos clients soient accueillis à la hauteur de la qualité de nos vins ».

Un pavé dans la mare, pour sûr, surtout quand on sait que la fin du printemps et le début de l’été sont dédiés en grande partie à la commercialisation des vins en primeur. « Quand les campagnes sont tardives » ajoute-t-il, ce qui risque être le cas de 2016, « 80% de la puissance commerciale de Bordeaux ne s’occupe que de cela et on a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose d’autre ». En publiant son prix en amont des dégustations primeurs, qui auront lieu du 3 au 6 avril 2017, Xavier Planty affiche la couleur. À bon entendeur…


* Xavier Planty est copropriétaire et gérant de Château Guiraud avec Robert Peugeot, Olivier Bernard (Domaine de Chevalier et Clos des Lunes) et Stephan von Neipperg (Château Canon-La-Gaffelière, La Mondotte et Vignobles von Neipperg).