Comment château Quintus, créé en 2011 à Saint-Emilion, peut-il faire sa place face au monstre sacré Haut-Brion, 1er grand cru classé en 1855 (Pessac-Léognan) ? La réponse de Jean-Philippe Delmas, à la tête de la société « Domaine Clarence Dillon », propriétaire de ces deux crus, ainsi que du cru classé de Graves Château La Mission Haut-Brion.

2015. Près de 500 ans d’histoire pour Château Haut-Brion. Cinquième millésime seulement pour Château Quintus. Haut-Brion va-t-il laisser à Quintus la place pour exister ? Pour Jean-Philippe Delmas, directeur général de la société « Domaine Clarence Dillon », la question mérite en réalité d’être posée en d’autres termes : « l’important n’est pas tellement qu’Haut-Brion laisse la place à Quintus, mais que Quintus fasse lui-même sa place » répond-il. Comment ? Ses explications.

« Quintus est une création récente d’une marque et d’un cru à part entière (fusion des anciens crus classés L’Arrosée et Tertre Daugay, NDLR). Une telle naissance est plutôt rare à Bordeaux au XXIe siècle. C’est un challenge formidable » s’enthousiasme Jean-Philippe Delmas. Son défi majeur : donner une identité forte à Quintus. Pour ce faire, « notre philosophie est d’intervenir le moins possible au niveau humain, pour laisser le terroir se retrouver dans le verre. Il faut que nos vins de Saint-Emilion ressemblent à des vins de Saint-Emilion, et pas à des vins de Pessac-Léognan, Graves ou Médoc. Les gens, en dégustant, doivent se dire : « tiens, c’est un vin de Saint-Emilion ». »

La force Haut-Brion

Sans chercher à travers Quintus à faire une transposition de Haut-Brion rive droite, Jean-Philippe Delmas ne néglige pas le levier du premier grand cru classé, qui, tel un frère, veille sur la croissance de son cadet. « Haut-Brion est une marque établie qui brille depuis 500 ans. En primeurs, nous faisons goûter tous les vins des différentes propriétés de « Domaine Clarence Dillon » au même endroit. Haut-Brion apporte un support à Quintus. Il joue pleinement son rôle de locomotive. » Et d’ajouter : « on espère que Quintus sera aussi une locomotive à part entière d’ici quelques années. » Un pari en bonne voie avec le 2015, puisque « la réponse sur ces dégustations primeurs a été plus qu’encourageante. Les gens commencent à comprendre le projet et l’identité du vin » se réjouit-il.

2015, dans le « top 5 » des millésimes

Si Quintus est de création encore trop récente pour le positionner avec recul par rapport aux millésimes antérieurs, les années au compteur d’Haut-Brion permettent la mise en perspective. « Sur le plan qualitatif, Haut-Brion comme la Mission Haut-Brion 2015 font partie du groupe de très grands millésimes que sont 2000, 2005, 2009 et 2010. » Où se placera-t-il parmi eux ? « Seul l’avenir nous le dira » répond, philosophe, Jean-Philippe Delmas.

En ce qui concerne le style de ce 2015, ce qui frappe le directeur général c’est « l’harmonie et la matière après à peine quelques semaines de barrique. C’est assez unique » affirme-t-il. Il explique : « sur ce 2015, on a la richesse des grands millésimes, avec des vins déjà construits, où tout est intégré, avec une élégance naturelle, des tanins déjà polis, sans dureté, beaucoup de douceur. » De mémoire de Jean-Philippe Delmas, « pour retrouver ce type de vins déjà charmeurs, il faut remonter à 2009, mais avec une structure tannique proche de 2005. C’est un 2005 adouci. » Et de préciser, en souriant : « mon père, qui faisait Haut-Brion avant moi, vous dirait que ce 2015 se rapproche de 1959, car dès leur naissance, les vins étaient déjà accomplis, presque parfaits à la sortie de la cuve. »

Un indice supplémentaire, s’il en fallait un, de l’intérêt suscité par ce millésime ? « Tout le monde est revenu (presque) comme à la grande époque, dont certains de nos clients distributeurs que l’on n’avait pas vus depuis 2009 ou 2010 » constate Jean-Philippe Delmas. 2015, à suivre de près.