Fort d’une histoire pluri-séculaire, le château La Haye a engagé un nouveau virage depuis sa reprise en 2012 par l’industriel flamand Chris Cardon, et affirme un style plus élégant.

« Rien ne sert de courir… » écrivait La Fontaine. Assurément, Chris Cardon n’avait pas récemment relu le Lièvre et la Tortue en participant pour la première fois au marathon du Médoc en 2006. Cet industriel flamand gravitant dans l’univers pharmaceutique est un passionné de course à pied. Grand bien lui en a pris ! Littéralement tombé sous le charme de la région – l’esprit particulièrement festif de l’événement a dû certainement y contribuer – il se met alors en tête d’acheter une propriété dans la région et d’assouvir ainsi encore un peu plus sa passion pour les vins de la rive gauche. « … Il faut partir à point » concluait La Fontaine. Un proverbe finalement bien respecté puisque le rachat du château La Haye en Saint-Estèphe n’interviendra que quelques années plus tard. L’ère Cardon commencera par le millésime 2012. Un mot d’ordre : le respect d’une histoire viticole initiée ici au XVIème siècle, nimbée par les amours probables de Henri II et Diane de Poitiers dont le célèbre monogramme entrelacé orne les murs. Point de révolution de palais donc mais une volonté affichée de redonner son lustre à ce cru bourgeois.

Élégance, finesse et… rock’n’roll !

Le travail profond entrepris depuis 4 ans par les équipes techniques, en partenariat avec l’œnologue-conseil Eric Boissenot, s’est articulé notamment autour de l’identification précise de parcelles. Une évidence aujourd’hui pour qui veut apporter davantage de précision dans l’expression du terroir d’une propriété. L’apport de bois a également été revu avec une empreinte moins massive pour soutenir des matières denses sans toutefois écraser leur velouté. Dans une logique identique, le processus de vinification a également été revu avec des extractions plus douces.

Au final, l’évolution est nette à la dégustation. Entre 2012 et 2014, le château La Haye (27 €) a gagné en finesse, en précision, offrant même un plaisir plus immédiat. La chair du 2015 confirme cette tendance. Les efforts déployés le sont d’ailleurs sur l’ensemble de la gamme qui, outre le grand vin, propose d’autres cuvées. Le cèdre de château La Haye (17 €) offre une vision typique de Saint-Estèphe, entre densité et velouté, toutefois moins profond que son grand frère. Le Bordeaux de La Haye (7 €), issu d’un partenariat avec des vignerons de l’entre-deux-mers, est quant à lui immédiatement abordable. Une caractéristique partagée avec le blanc de La Haye (8 €) et le rosé de La Haye (8 €) de même pedigree. Petite originalité : ces deux cuvées bénéficient d’une étiquette à impression aléatoire. Papillons et glaçons qui les décorent se déploient différemment sur chaque étiquette, avec des couleurs elles-aussi changeantes. Une touche rock’n’roll du meilleur effet que l’on aurait tellement aimé retrouver sur les autres étiquettes de la propriété… Une audace marketing encore impossible lorsque l’on souhaite, comme La Haye, postuler au rang de Cru Bourgeois Exceptionnel en 2017.