Comment faire venir de nouveaux amateurs vers l’armagnac, s’inscrire dans la tendance du « craft » et de la mixologie tout en restant fidèle à son ADN gascon ? C’est la quadrature du cercle résolue par le domaine Uby avec sa nouvelle eau-de-vie bio et « Triple Casks », Uby Oak.

L’armagnac, ce casse-tête gascon. Voilà une eau-de-vie considérée comme la plus ancienne de France, prisée des amateurs mais de plus en plus délaissée par des consommateurs qui ont délaissé les augustes digestifs hexagonaux (cognac compris) pour faire les yeux doux au whisky au rhum et aux autres spiritueux d’origine plus exotique. Mais alors que la tendance des « craft distilleries » et de la mixologie haut de gamme n’a jamais été aussi forte, certaines marques tirent leur épingle du jeu, à l’exemple du Domaine Uby. Ce vignoble familial, installé à Cazaubon dans le Gers, est surtout connu du grand public pour ses vins blancs en Côtes-de-Gascogne, mais il perpétue « de père en fils » une tradition de production d’armagnac – « l’esprit de tradition, le savoir-faire et la parfaite connaissance de leur terroir ».

Mais la tradition ne condamne pas forcément à s’abstenir de toute remise en question. Pour répondre aux nouvelles tendances du marché des spiritueux et séduire de nouveaux consommateurs, le Domaine Uby vient de sortir Uby Oak, un armagnac revendiquant un « style contemporain » dans le contenant comme dans le contenu. Parlons contenant, d’abord : bouteille jaune, trapue, on est face à un packaging qui contourne les codes habituels de l’eau-de-vie gasconne. Côté contenant : une eau-de-vie ambrée, issue de l’agriculture biologique, assemblage 50% Baco – 50% Ugni blanc et « Triple Casks », à savoir élevée successivement dans 3 fûts de chêne français différents : 12 mois en fût de chêne pédonculé neuf « pour définir son caractère » ; 18 mois en fût de chêne roux « pour affiner sa personnalité » ; 6 mois de finition en fût de chêne Sessile « pour développer sa rondeur et ses saveurs uniques ».

Ce positionnement ne doit évidemment rien au hasard : on se place de toute évidence sur le segment du rhum, du bourbon (un peu du gin pour le packaging) ; c’est un spiritueux à boire sec, « on the rocks » et bien sûr en cocktail. De la même façon qu’une maison comme Bache Gabrielsen a bousculé le cognac récemment avec son « American Oak », Uby fait de même avec cet armagnac aux subtiles notes vanillées, florales, épicées (voire pain d’épices), avec beaucoup d’onctuosité en bouche, une matière caressante, une sensation d’alcool balancée par une sucrosité séduisante. Les puristes y trouveront peut-être à redire, mais Uby Oak atteint son but : proposer une interprétation bio, « locale » – toutes les barriques viennent de la tonnellerie Bartholomo dans les Landes – et gourmande de l’armagnac. Il ne fait pas de doute qu’il devrait trouver son public. Prix indicatif : 40 €.