(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Étant donné le faible volume de récolte attendu en Alsace à la suite du gel de printemps, beaucoup de vignerons avaient choisi d’assurer une récolte de vins classiques de qualité dès septembre. Finalement, devant la persistance des conditions climatiques exceptionnelles de l’automne, il y aura aussi de très belles vendanges tardives et même des sélections de grains nobles.

Alors que la France entière fait la grimace devant le faible volume de la récolte 2017, les Alsaciens parviennent à garder le sourire. Certes les caves ne sont pas pleines, loin s’en faut, mais l’automne fantastique qui se prolonge leur donne l’occasion de s’adonner à leur péché mignon, les vendanges tardives. Il semble toutefois que l’enthousiasme pour les cuvées hyper concentrées et les vendanges extrêmes se soit calmé. On fait désormais des vendanges tardives quand c’est vraiment possible et quand on en a la vente.

Christophe Freyburger, vigneron à Ammerschwihr est clair : « Les conditions s’y prêtaient et j’en avais besoin car je n’en avais pas fait depuis 2013. » Olivier Humbrecht n’avait pas vu un aussi petit volume de récolte depuis 1989. Il a juste vendangé une VT et une SGN, sélection de grains nobles, sur le Clos Jebsal de Turckheim, un amphithéâtre dont le mésoclimat développe facilement la pourriture noble chaque année. De même sur le terroir propice d’Altenbourg à Kientzheim, le domaine Albert Mann et le domaine Weinbach sont plus que satisfaits. Les degrés potentiels atteignent 25.

Une réglementation spécifique pour les VT

Cette année, une pointe d’humour se glisse dans le terme vendanges tardives, puisque ces vendanges se terminent alors qu’elles commencent à peine dans des années moins précoces. N’empêche qu’il ne suffit pas d’avoir des raisins sur-mûrs pour accéder à la dénomination VT. C’est toute une organisation, bien huilée, qui garantit la véracité de ces vins. Les parcelles dédiées doivent être enregistrées d’avance. Le matin de la récolte il faut appeler l’INAO, Institut national de l’origine et de la qualité, qui déléguera un agent sur place pour vérifier la qualité et le degré potentiel des raisins au pressoir.

Jérôme Keller, le directeur technique de la coopérative Wolfberger se réjouit de l’année 2017, tous styles confondus. Il a gardé 45 ha sur pieds : « On a vendangé du 4 au 20 septembre les secs et recommencé tranquillement le 12 octobre. C’est un grand millésime. J’espère un tiers de SGN. » Un seul regret pour l’ensemble des vignerons, le gewurztraminer, cépage capricieux, sera rare.

Les volumes de VT et SGN sont par nature très irréguliers. Depuis le point culminant de 2007 ou 37 488 hl avaient été enregistrés, les volumes sont en régression. Au 25 octobre 10 548 hl étaient rentrés, c’est à dire moins de la moitié de ce qui était vendangé en 2011 et 2015, les derniers bons millésimes pour ces spécialités. Cela fait tout de même plus 1,3 million de bouteilles pour les amateurs de parfums et de douce concentration.