Mercredi 28 Janvier 2026
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28.01.2026
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À l’aube de primeurs qui se dérouleront du 21 au 23 avril prochains dans le vignoble bordelais, le laboratoire Enosens faisait découvrir en avant-première aux professionnels le millésime encore en cours d’élevage, vendredi dernier au Stade Matmut Atlantique. À quoi s’attendre avec ce 2025 ? Le point sur les différents terroirs bordelais à travers les témoignages des œnologues d’Enosens.
50 échantillons du millésime 2025, représentatifs de 30 appellations bordelaises. Tel était le large panel à disposition de 150 professionnels de la filière au rendez-vous du laboratoire Enosens - regroupant les centres de Cadillac, Coutras, Grézillac, Saint-Savin et l’Union Régionale Agricole Bordelaise (URAB), pour se faire une idée sur le millésime. « Ce 2025 s’inscrit une nouvelle fois dans la dynamique du réchauffement climatique, expose, sans surprise un communiqué d’Enosens. Les dix dernières années ont fait entrer le vignoble bordelais dans une ère où les étés plus chauds et plus secs modifient profondément la viticulture. Si la vigne s’adapte avec une meilleure résistance au stress hydrique, des maturations plus précoces et une amélioration du potentiel qualitatif des raisins et des vins », ces bénéfices s’accompagnent aussi de « contraintes croissantes, gestion du gel, pression sanitaire accrue, vendanges plus précoces, adaptation des pratiques de cave et baisse régulière des volumes produits ». Au bilan, « 2025 s’inscrit assurément dans la lignée des grands millésimes de Bordeaux », assure Enosens, « permettant d’exprimer, mieux que jamais, l’identité de chaque terroir, de chaque parcelle, pour produire toute une palette de vins à l’expression singulière ». Explications détaillées.
En rouge, 2025 est une belle réussite globale, avec de très belles couleurs, des aromatiques dans la lignée de 2023 et 2024, une belle maturité, mais aussi une fraîcheur préservée. On n'est pas sur un millésime comme 2018, un peu trop solaire et finalement un peu atypique à Bordeaux. En 2025, les vins sont puissants mais élégants, avec une sensation tannique presque légère grâce aux tanins parfaitement mûrs, qui apportent beaucoup de sucrosité et de finesse en bouche.
En blanc, le millésime est à la fois mûr aromatiquement, mais aussi frais, vif et salin en bouche. Les petits rendements donnent un beau volume, avec des vins qui supporteront bien l’élevage sous bois. Voilà des conditions idéales pour lancer cette nouvelle appellation !
« Pessac-Léognan fait partie des appellations les plus précoces et qui s’en sont le mieux sorties en termes de rendements et de qualité aromatique. C’est notamment très vrai pour les blancs qui ont vendangé avant le 15 août. Les vins ont une belle expression, ils sont très frais, avec une belle acidité, une belle tension, peu de soufre. Ils sont très équilibrés, et peut-être moins boisés que d'habitude pour différentes raisons : parce que le consommateur veut moins de bois, parce que c’est plus économique d'acheter moins de barriques, et parce que la tendance est moins à chercher ce côté trop masquant du bois sur le fruit. Les sauvignons ont de très belles aromatiques, soit sur les fruits exotiques soit vraiment sur les thiols, et les sémillons sont parfaits, avec une excellente maturité et un début de botrytisation pour donner un petit côté abricot, fruits blancs, pêche. Ca fait des super assemblages, très bons !
En rouge, les vendanges ont aussi été précoces, et les rendements sont un petit peu plus hauts qu'ailleurs, avec du 35-38 hL/ha. Les merlots ont un peu souffert autour du 15 août, mais la vigne a été très résiliente malgré la chaleur. Aromatiquement, on a vraiment gardé des fruits frais, de la framboise, de la mûre, des fruits rouges ou noirs, sans jamais aller sur les fruits surmûris ou cuits. Tout en ayant des tanins mûrs, les pH sont plutôt bas, les vins ont beaucoup de fraîcheur, donc ils prendront moins le bois lors de l’élevage, et seront là aussi plus dans la tendance. On a eu la chance de devoir attendre les cabernets, et les vendanges des petits verdots se sont vraiment positionnées entre les merlots et les cabernets pour amener la couleur, le côté fruité, épicé, qui apporte de la fraîcheur. Les petits verdots sont assez présents dans les assemblages cette année, plus qu’en 2022 ou 2023, ce qui donne un équilibre particulier et typique. Après les fermentations malolactiques, on avait déjà des vins très francs, nets, fruités, avec des pH bas gages de longévité.
Entre décembre et aujourd’hui, ces vins ont encore gagné en sucrosité, en volume de bouche mais sans prendre en lourdeur. Je pense sincèrement que ce 2025 va rentrer dans les très grands millésimes aux côtés de 2010 ! »
« 2025 est un très beau millésime dans les Graves, en blanc comme en rouge. Malgré des rendements faibles voire très faibles par endroits, la qualité est au rendez-vous ! Pour les blancs, sémillon comme sauvignon sont arrivés à bonne maturité. Les vins sont expressifs, nets et aromatiques.
Concernant les rouges, la petite taille des baies a donné des vins d’une concentration naturelle portée par des tanins fins et des notes de fruits noirs mûrs. Cette belle qualité perdure et se confirme en phase d’élevage avec une couleur intense et profonde, et une aromatique complexe avec une certaine fraîcheur, typique de l’appellation.
En quelques mots, les vins sont harmonieux et structurés, laissant présager un bon potentiel de garde. »
« 2025 est la grande année des liquoreux. Tous les vignerons m'ont dit qu'en 30 ans, ils n'avaient jamais vu ça, c'est la première fois de leur vie où ils ne jettent quasiment rien ! Souvent, au fur et à mesure des tries, on peut descendre jusqu'à 3-4 hL/ha, alors que cette année, certains sont arrivés jusqu'à 25 hL/ha. En proportions, ils ont presque fait plus de volume que ceux qui ont fait du sec, si on raisonne par rapport à la quantité de raisins présente sur les pieds. Les jus étaient d’une franchise et d’une netteté incroyables, les fermentations de rêve, parties et finies assez rapidement, les équilibres assez faciles à muter. Vraiment, c’est un grand millésime qui va tenir dans le temps grâce à ses pH assez bas, avec en plus de grands rendements. »
«La fin août ayant été relativement chaude, la récolte des blancs s'est précipitée vers le 20 août. On a obtenu, dès le pressurage, de jolis profils aromatiques sur le côté fruits exotiques, assez peu sur le côté variétal. Les vins sont gourmands, malgré la chaleur, l’équilibre en bouche est très réussi, avec des vins relativement fins et de belles longueurs.
En rouge, pour cette deuxième année de l’appellation, le millésime a été plus simple en termes de maturité que 2024. Les terroirs étant largement argileux, ils sont beaucoup moins sujets aux problématiques de stress hydrique qu’ailleurs. Les vins sont très équilibrés, avec beaucoup de fruit, de l’acidité, donc une belle fraîcheur, et une longueur en bouche importante. Pour vraiment coller au marché, la volonté a plutôt été de préserver le fruit, donc même ceux qui ont choisi de boiser l’ont fait avec délicatesse pour en faire un support du fruit. »
« 2025 a été une année solaire, chaude, avec de belles vendanges précoces. Le profil aromatique est très intéressant, très expressif. Les raisins qu'on goûtait sur pieds avait déjà de fabuleux équilibres en bouche, en aromatique, avec une jolie matière et des pépins mûrs assez rapidement. On voyait déjà qu’on allait avoir de beaux jus. Ce 2025 a été un millésime très facile à faire globalement, avec un super équilibre sur les jus et les moûts, des fermentations qui ont pris très vite, pas de déviation, des malolactiques qui se sont enchaînées derrière. Les profils aromatiques étaient très nets, équilibrés, avec de la rondeur, de la sucrosité même.
La qualité sur la rive droite est assez homogène, il y a du très beau partout, toutes les appellations ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Je veux signer des millésimes comme ça tous les ans ! En contrepartie en revanche, les rendements sont globalement un peu plus faibles, de l’ordre de 30-35 hL/ha. Sur certains secteurs, notamment sableux, donc très drainants, la vigne a souffert, les raisins étaient très abîmés, cuits, voire secs. Il a fallu isoler ces cuves et les gérer différemment, mais elles représentent une proportion infime, 10 à 15%, voire zéro chez certains.
Aujourd’hui, on a des vins avec une belle concentration aromatique, sans être agressifs au niveau des tanins, une belle buvabilité, de la rondeur. En dégustant les 2025 chez nos clients, on reconnaît directement la typicité, avec un registre plus solaire et ample par rapport aux deux millésimes précédents. 2024 a une identité très marquée par la fraîcheur et le fruit. Ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est une autre émotion, et quand on passe à 2025, c’est juste wahou ! »
« Ce millésime a été exceptionnel au niveau climatologie, sauf en fin de campagne sur le nord Gironde, avec plus de précipitations que sur le cœur du Blayais. Au final, les qualités étaient quand même assez homogènes et de bonne facture.
Sur les blancs, les rendements se situent à 35-37 hL/ha et la qualité est vraiment remarquable. En trente ans sur ces secteurs, de mémoire, je n’ai jamais vu un millésime avec un état sanitaire aussi bon, sans botrytis. On est arrivés au chai avec une matière première magnifique et des maturités qui ont mis du temps à venir, mais qu’on a pu pousser, avec des vendanges dans la première quinzaine de septembre sur le Blayais-Bourgeais. Au final, les blancs sont marqués par des notes d'agrumes, de fruits exotiques, beaucoup de charnu en bouche et beaucoup de précision au niveau aromatique, grâce au très bon état sanitaire.
En rouge, les rendements sont à peu près identiques, entre 35 et 40 hL/ha. Les vendanges ont été un peu plus précoces sur le nord Blayais à cause des précipitations, mais là aussi, globalement, l’expression aromatique était exceptionnelle dès le départ, avec beaucoup de fruit et de très belles maturités. Ca s'est confirmé avec la dégustation des moûts, de véritables jus de fruits. Ce genre de millésime est rare, car même dans des grands millésimes comme 2020 ou 2022, qui étaient également exceptionnels, je ne me souviens pas qu'il y ait eu une expression aromatique aussi intense ! »
« 2025 a été un millésime solaire, avec des rendements assez maîtrisés. Sur les bordeaux et bordeaux supérieur, les terroirs très diversifiés, mais dans l’ensemble assez frais, se comportent souvent assez bien dans les millésimes chauds. En 2025, on a surtout cherché à avoir des trames vraiment très équilibrées, car avec la sécheresse qu'on a eue, on savait qu’on allait potentiellement avoir des petites problématiques de tanins un peu secs.
Sur les bordeaux rouges, les vins sont d’une grande expression aromatique, fruités, sans verdeur, avec beaucoup de sucrosité et de rondeur. Les structures peuvent être aléatoires en fonction des rendements, mais dans l'ensemble, on a quand même de belles matières. On a été très doux sur l'extraction, afin d’obtenir des vins fruités et gourmands.
En bordeaux supérieur rouges, on a cherché à mettre le curseur un peu plus haut, et réussi, suivant les terroirs, à avoir de très belles choses, équivalentes à de grands vins de la rive droite. On peut avoir des vins avec beaucoup de concentration, une grosse charge tannique, mais surtout des tanins mûrs. L’équilibre est assez exceptionnel cette année, des vins à la fois riches et opulents, aux niveaux d'alcool raisonnables malgré les chaleurs, et aux niveaux d'acidité qui restent assez élevés, garants de fraîcheur. Ces 2025 combinent une belle structure, des fruits mûrs et des tanins soyeux.
Ce 2025 est réussi dans toutes les couleurs, c’est la patte d’un grand millésime. En blanc, les maturités sont incroyables, avec des fruits exotiques, de l'opulence et de la richesse, notamment grâce aux sémillons, très réussis et qui amènent des notes d'abricot confit, de poire. En ramassant un peu plus tôt, on a réussi à conserver des niveaux d'acidité intéressants. Ces blancs 2025 offrent beaucoup de complexité, de volume et de longueur.
Les moelleux se sont aussi bien comportés. Il n’y a pas du tout eu de pourriture grise grâce à la chaleur, donc on a réussi à avoir des choses très nettes, droites et stables, et beaucoup de puissance aromatique.
Pour les rosés, on a aussi réussi à avoir des équilibres très intéressants en bouche, très expressifs au niveau aromatique.
Le claret, cette nouvelle appellation rouge de Bordeaux, a super bien fonctionné cette année, parce qu'on a du fruit, et en jouant sur l'extraction, on obtient des vins légers, faciles à boire et très expressifs. Un millésime parfait pour promouvoir ce nouveau produit et qui j’en suis sûr, saura séduire de nouveaux consommateurs. Pour les crémants, en ramassant assez tôt, on a réussi à avoir des vins tout à fait équilibrés, avec une puissance aromatique supérieure aux autres années grâce au soleil. Je pense qu'aujourd'hui, ce profil un peu plus rond, moins sur l’acidité et la tension, est ce qu’attendent les
consommateurs. »

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