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[Entretien] Alexandre Penet : l’ingénierie du terroir

Alexandre Penet (Penet-Chardonnet)

Alexandre Penet ©famillePenet

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

12.03.2026

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Qu’est-ce que l’ingénierie industrielle peut bien apporter au champagne ? Selon Alexandre Penet : un esprit de méthode et d’analyse. Après une carrière dans l’industrie automobile, ce fils de vignerons champenois est revenu aux origines et a repris la marque familiale : Penet-Chardonnet. À partir de 2009, il renoue avec son terroir grâce à une approche parcellaire loin d’être dénuée de sensibilité.

Issu d’une famille de vignerons champenois, vous êtes venu au vin tardivement, qu’est-ce qui a été déterminant dans votre parcours ?

On peut même affirmer que j’ai un profil atypique dans le monde du vin malgré ma double ascendance vigneronne du côté de mon père, les Penet, et de ma mère : les Chardonnet avec un « t », et une enfance au cœur du vignoble champenois. Mais j’ai choisi un cursus d’ingénieur et fait les Arts & Métiers ce qui m’a conduit à faire une première carrière dans l’automobile absolument passionnante. Pour m’impliquer encore davantage, j’ai passé un MBA aux États-Unis en gestion des entreprises. Puis en 2009, alors que je vivais une carrière à l’international, la question de l’avenir du domaine familial m’a rattrapé.

C’est la question qui se pose à un fils unique, non ?

Et à son épouse ! Alors que nous avions beaucoup voyagé à travers le monde, nous avons convenu ensemble de revenir en Champagne. Cette démarche impliquait également une reprise d’études pour moi. Je suis retourné à l’université à 38 ans pour passer un diplôme d’œnologue parce que je tenais à approfondir mes connaissances en vinification. J’ai tout repris : la biologie, la chimie, dont je m’étais tenu éloigné auparavant. C’était un véritable défi pour moi.

En parallèle, vous avez repris le domaine. Avez-vous apporté votre propre vision du champagne dès le départ ?

Le domaine familial commercialisait déjà du champagne depuis plusieurs générations, mais je souhaitais faire les choses différemment, élargir la gamme tout en me spécialisant dans les champagnes extra-brut en grands crus avec une approche terroir. Alors j’ai conservé la marque historique lancée par mes parents, Penet-Chardonnet. Cependant, je lui ai conféré une nouvelle dimension en lui dédiant exclusivement nos raisins issus de grands crus. En parallèle, j’ai créé la marque « Alexandre Penet » pour les champagnes d’apéritifs qui assemblent différents vins, sans se cantonner aux grands crus.

D’où vous vient cette inspiration terroir ?

Je suis passionné de vins de Bourgogne et donc familier avec le concept des lieux-dits, des climats et je voulais appliquer cette méthode au champagne. Durant mes études d’œnologie, j’ai donc fait mes recherches sur l’approche parcellaire, j’y ai même consacré mon mémoire de fin d’études.

Concrètement, comment fait-on du parcellaire en Champagne ?

Au début, on essaie de vinifier le plus possible séparément les parcelles et on déguste les vins afin de faire une analyse sensorielle qui met en perspective : la géologie, l’exposition, le matériel végétal, soit tout ce qui constitue le terroir. Millésime après millésime, on identifie les marqueurs de chacune des parcelles. J’ai donc délimité des « micro-terroirs » avec des lieux-dits comme les Fervins ou la Croix de l’Aumonier à Verzy, les Champs Saint-Martin à Verzenay.

Vous avez été l’un des précurseurs de la région, depuis les approches parcellaires se sont multipliées. Pensez-vous que le réchauffement climatique y est pour quelque chose ?

C’est vrai qu’avec le temps, en moyenne, nous sommes aidés par le réchauffement climatique notamment pour les maturités. Néanmoins, il ne faut pas négliger l’apport du terroir. Quand j’ai démarré en 2009, l’année était plutôt solaire, facile à appréhender. En 2010 en revanche, il fallait maîtriser l’acidité, encore davantage en 2013, comparable à certains millésimes des années 1980. Pourtant nous avons choisi de persister dans notre approche parcellaire, parce que c’est la connaissance du terroir et sa qualité qui sont déterminantes. Remarquez que les Clos sont présents depuis des siècles en Champagne, à ce titre ce sont d’authentiques précurseurs de cette méthode qui se fonde davantage sur le terroir que sur l’assemblage.

Et pourtant vous finissez par revenir à l’assemblage…

J’ai d’abord suivi la méthode bourguignonne pour redécouvrir l’art champenois de l’assemblage avec la gamme, Hypothésis. L’assemblage nous contraint en effet à remettre en jeux toutes les hypothèses de travail millésime après millésime. On s’appuie également sur une réserve perpétuelle en alimentant année après année son renouvèlement. D’ailleurs, il existe deux soleras, puisque nous produisons, en plus de la cuvées Hypothesis classique, un blanc de noirs.

Puis vous fusionnez les deux méthodes, assemblage et parcellaire dans la cuvée Epitome, votre dernière-née…

C’est l’assemblage d’une sélection parcellaire très fine. Pour que le terroir joue pleinement son rôle, nous sélectionnons des parcelles dont l’expression du terroir est plus prononcée, où les curseurs de la minéralité et de l’acidité sont poussés au maximum. L’ensemble gagne en harmonie grâce à un vieillissement, en fût avant la mise en bouteille, prolongé sur lattes avec un dégorgement tardif. Aujourd’hui, nous produisons deux cuvées Epitome, un 100 % chardonnay et une autre avec une dominante de pinot noir.

Comment résumeriez-vous votre gamme ?

Si on fait l’analogie avec la musique, les lieux-dits représentent les solistes. Ils détiennent la clé de compréhension de la mélodie. Epitome, c’est le quatuor, l’alliance de nos parcelles remarquables de Verzy et Verzenay au sein de nos terroirs . Enfin, Hypothésis joue sur l’harmonie indispensable aux orchestres symphoniques.

vendanges caisse champagne Verzy Penet-Chardonnet
Vendanges ©famillePenet
vignes parcelle champagne
Parcelle "Les Épinettes" ©famillePenet
vignoble Verzy
vignoble Verzy