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[Entretien] : Qui est Brice Bezin, le nouveau chef de caves de Telmont ?

Brice Bezin, chef de caves de champagne Telmont

Brice Bezin, chef de caves de champagne Telmont

Auteur

Yves
Tesson

Date

03.06.2026

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Aussi brillant que discret, Brice Bezin, le nouveau chef de caves du champagne Telmont se livre sur son parcours et ce qui l’a incité à rejoindre cette maison de la vallée de la Marne qui a fait de son engagement environnemental le cœur de toute sa stratégie. Un choix qui n’empêche pas la marque de figurer parmi les plus people, en étant cette année encore le champagne officiel du festival de Cannes. N’a-t-on pas vu circuler récemment une photo d’Eva Longoria poser à côté d’un jéroboam de Telmont lors d’un dîner de charité ?

Comment est venue votre passion pour l’œnologie ?

J’avais des amis vignerons dans le Massif Saint-Thierry, la famille Jonot. Je venais faire les vendanges chez eux et c’est ce qui a éveillé mon intérêt pour la vigne. Dès que j’ai commencé à déguster, j’ai voulu comprendre pourquoi un même cépage pouvait prendre des profils aussi radicalement différents selon le terroir ou le mode de vinification. J’ai donc suivi le DNO de l’université de Reims, où j’ai fait de belles rencontres, notamment celle de Franck Wolfert qui donnait des cours de dégustation à l’aveugle le mardi soir. Je travaillais en même temps pour financer mes études chez un caviste à Reims, la Cave du Forum, où j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les vins étrangers. Mon stage de fin d’étude dans une grande maison m’a passionné. J’avais pour maître de stage Amélie Chatain qui a repris depuis le château Respide à Bordeaux, avec comme sujet le pilotage du sulfitage à la vendange. Aujourd’hui, chez Telmont, ce sont des expérimentations que je poursuis.

Eva Longoria lors d'un dîner de charité à l'occasion du festival de Cannes

Vous faites ensuite vos classes à l’étranger…

Oui, je suis parti au Canada, où j’ai découvert la vinification des vins de glace, et aux Etats-Unis, en Californie, où j’ai travaillé pour la Chappellet Winery, sur la Pritchard Hill. C’est une famille qui a été pionnière du bio et de l’agriculture régénératrice. Elle en a appliqué les préceptes dès la plantation de ses premiers pieds de vigne en 1967. Elle est aussi très engagée dans la préservation des ressources en eau qui constitue un vrai sujet dans cette région. Sur cette petite montagne, ils ont mis en place tout un écosystème. J’ai trouvé très intéressant de voir l’impact que cela avait aussi sur les vins. De retour en France, j’ai travaillé dans une cave coopérative près de Carcassonne. Techniquement, j’ai beaucoup appris, notamment sur la flash-détente, une vinification qui consiste à chauffer une vendange fraîche et ensuite à la traiter sous vide ce qui favorise l’extraction des composés du raisin et notamment la couleur, mais sans extraire les tanins. Ensuite, j’ai rejoint le champagne Janisson à Verzenay qui entamait sa démarche de certification bio, et plus tard encore la coopérative de Pouillon dans le Massif Saint-Thierry où beaucoup de vignerons étaient engagés HVE et VDC. Sur le plan environnemental, j’étais donc déjà bien sensibilisé et cela a préparé mon entrée chez Telmont.

Que vous a transmis Bertrand Lhôpital, votre prédécesseur chez Telmont ?

Je retiens de Bertrand sa simplicité. J’ai travaillé pendant deux ans à ses côtés avant de lui succéder. C’est quelqu’un de très humble à la fois vis-à-vis des vins et vis-à-vis des vignes. Il m’a appris à toujours rester à l’écoute de la nature, sans jamais chercher à la forcer. Bien que chef de caves, il s’occupait aussi directement de son vignoble. Il en tirait une connaissance pointue des différents sous-sols. Lorsque l’on travaille à la création des assemblages, c’est un véritable atout. Au total, la maison possède en effet 15 hectares en propre dont 11 à Damery, et 4 sur la Côte des Bar, pour une surface totale d’approvisionnement de 78 hectares. Alors même que nous sommes une petite maison, ces partenariats s’étendent sur toute la Champagne de manière très éclatée (Côte des Blancs, Sézannais, Vitryat, Château-Thierry…). C’est l’autre grand enseignement que m’a transmis Bertrand : ne pas se donner de limite et ne jamais rien laisser de côté, il faut toujours être curieux. Lorsque l’on réalise un assemblage et que l’on recherche un certain profil, on ne doit pas se dire qu’on l’aura forcément avec tel terroir, parfois on peut être très surpris de l’obtenir à un tout autre endroit voire à partir d’un autre cépage.

Brice Bezin ©DR

Qu’est-ce qui vous a attiré chez Telmont ?

C’est une maison qui tout en commercialisant un certain volume, s’offre la possibilité de produire aussi des cuvées parcellaires, avec des tout petits tirages, des très longs vieillissements, et en recourant à des méthodes très artisanales comme le tirage liège pour conserver toute la fraîcheur des vins. Je suis tombé amoureux aussi du terroir de Damery, dont on retrouve une proportion dans absolument toutes nos cuvées, avec ce sol très particulier constitué de tuffeau, une pierre dont la proportion de calcaire est un peu moins élevée que la craie et qui inclut aussi des marnes. Il constitue un terrain de jeu magique pour le meunier, notre cépage emblématique.

Enfin, ce qui m’a attiré, c’est évidemment le projet « Au nom de la terre » qui se déploie autour de deux axes. Tout d’abord devenir Net zéro carbone d’ici 2050, non pas en cherchant à compenser nos émissions par des investissements dans des puits de carbone, mais en les réduisant drastiquement, comme nous venons de le faire avec le lancement de la bouteille de 800 grammes, ou en assurant une partie de nos expéditions grâce au projet Neoline dont nous sommes partenaires et qui a permis de construire un cargo de 135 mètres de long fonctionnant avec 3000 m2 de voile. Je tiens à souligner que cette politique couvre toutes les dimensions de notre entreprise, y compris les relations publiques. Lorsque nous cherchons à faire connaître la marque en parrainant des événements, nous les choisissons là aussi en fonction de ce critère. Alors que d’autres privilégient la formule 1, nous sommes par exemple fournisseurs officiels de la course Brompton, une course de petits vélos pliables où les concurrents ne doivent pas seulement pédaler mais aussi déplier le plus vite possible leurs bicyclettes.

@ Thomas Clément - Le cargo à voile de Neoline

Il y a eu beaucoup de projets de cargos à voile, pourquoi avoir privilégié Neoline ?

Il est vrai que d’autres projets similaires ont été lancés, mais ce qui nous a séduit dans Neoline c’est que c’était le premier qui permette non pas le transport de simples palettes, mais de containers. Il offre donc la possibilité de s’insérer dans le système préexistant et d’agir à grande échelle. Par ailleurs, si la voile est un moyen connu depuis des millénaires, ce bateau est un bijou technologique qui permet de la rendre beaucoup plus efficiente, d’optimiser les routes, si bien qu’on arrive à faire la traversée pour rejoindre les USA en seulement douze jours. L’écart avec les porte-containers traditionnels n’est donc pas si important.

Le deuxième axe du projet « Au nom de la Terre » tourne autour de la viticulture…

En effet ! Si notre vignoble propre est déjà certifié bio, notre objectif est que celui de nos vignerons partenaires le soit à 100 % d’ici 2031. Notre dernière grande victoire est d’avoir été la première Maison de Champagne à obtenir la certification « ROC » (Regenerative Organic Certified) » alors que seulement 34 domaines viticoles dans le monde sont certifiés. C’est un mouvement qui a été lancé aux Etats-Unis en 2017 par la Regenerative Organic Alliance dont l’un des fondateurs est l’entreprise Patagonia. Son originalité est de poser comme préalable que pour parler d’agriculture régénératrice, il est indispensable de n’utiliser que des produits bios, les produits chimiques par essence ne pouvant retrouver leur place dans le cycle naturel. Il faut ensuite ajouter un certain nombre de pratiques régénératrices reconnues, en l’occurrence chez nous le couvert végétal, la plantation de haies et la collecte d’eau de pluie. Un an auparavant, nous avions organisé le premier forum dédié à la ROA en Europe. Il s’était tenu à Damery, en présence notamment de Guillaume Gomez, représentant personnel du président de la République pour la gastronomie et de Laure Verdeau, directrice de l’Agence Bio.

Vous avez parmi vos actionnaires Leonardo Di Caprio, sa place dans le capital est-elle purement symbolique ?

C’est un actionnaire minoritaire certes, mais qui pèse quand même et qui est très impliqué. Il est d’ailleurs au conseil d’administration et en tant que tel, nous devons lui rendre des comptes régulièrement. Il est déjà venu sur place pour une visite de travail où il s’est montré très assidu et concentré. Ce n’est pas un ambassadeur de marque, en revanche, grâce à son réseau, il nous ouvre un certain nombre de portes, notamment chez les restaurateurs, comme les restaurants Nobu, spécialisés aux Etats-Unis dans les sushis où il nous a introduits et dans les restaurants italiens Cipriani. D’une manière générale, il aime voir figurer ses champagnes à la carte des restaurants où il descend…

Puisqu’on parle du développement des marchés, est-ce que Telmont atteint les objectifs commerciaux que la Maison s’était fixée au moment du rachat par le Groupe Remy Cointreau malgré le contexte géopolitique international ?

Nous avons connu une croissance à deux chiffres en 2025 dont nous nous réjouissons, même si nous restons prudents. Aujourd’hui, la maison commercialise un peu plus de 400.000 bouteilles mais en tire environ 700.000 pour préparer l’avenir. Au niveau des marchés, nous avons réussi notre internationalisation, sans disparaître du marché français qui demeure notre premier marché avec 30 % des ventes, notre second marché étant l’Amérique mobilisant 25 % de nos expéditions. Et tout cela en restant sur une distribution très sélective, constituée exclusivement de restaurants hauts de gamme et de cavistes indépendants. Le projet a reçu indéniablement un bel accueil des consommateurs qui apprécient particulièrement notre transparence, avec notamment ces étiquettes très détaillées qui lui permettent de comprendre ce qu’il boit.

Ludovic du Plessis, président du champagne Telmont, et l'actrice et mannequin israelienne Bar Refaeli