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L’ovni Maison Ori

Gamme 2024 Maison Ori, "Océan" ©DR

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

02.09.2026

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C’est en Ardèche qu’ils ont posé leurs valises en 2022 pour réaliser leur rêve de vin. Clément et Sophie Demarquet, employés du tertiaire repentis, se libèrent des carcans de la procédure pour confier leur destin à la nature. Plongée dans une reconversion qui bouscule les codes du vin.

Clément Demarquet s’en défend d’emblée : « Ça n’est pas une conversion Covid. » Elle était prévue de longue date. La preuve, en 2019, l’ancien « touche-à-tout », passé par la compétition automobile, la photographie et le conseil en développement commercial, avait déjà entamé ses études en viticulture. Accompagné de Sophie, son épouse, il renoue avec sa première passion, reçue en héritage — sa famille possède un domaine à Saint-Andelain, village de l’appellation Pouilly-Fumé. Le couple s’installe en 2022 à Orgnac-l’Aven, pour se rapprocher de la famille de Sophie.

Là-bas, ils achètent une exploitation de 35 ha de vignes, fruitiers et oliviers. C’est le début d’une aventure viticole imaginée comme une expérience qui mêle contingences du climat et démarche artistique.

Un éternel recommencement

La propriété compte 16 ha dédiés à la vigne. Jusqu’alors, les raisins étaient valorisés en coopérative. L’arrivée des Demarquet bouscule le modèle économique sans pour autant rompre avec ce partenaire. Seuls 4 hectares sont rétrocédés pour une production maison. En parallèle, le couple initie une conversion en bio. Le premier millésime commercialisé sous le nom « Maison Ori » en bénéficie.

À terme, l’îlot de 4 ha sur un terroir calcaire devrait s’élargir à 7. Pour le moment, les vignes réservées à la production de la maison sont anciennes, elles peuvent même avoir plus de 50 ans, puis les replantations prendront le relais : « La Maison travaille à la restructuration du vignoble avec la plantation à venir d’une bibliothèque de cépages issus du Bassin méditerranéen, permettant un large choix créatif pour les futurs millésimes », précise le nouveau propriétaire. Car Clément et Sophie n’ont pas choisi la facilité. Plutôt que de s’arrêter sur une gamme, ils préfèrent la renouveler selon l’inspiration de l’année : « Chaque millésime marque un renouveau autour des sols, des cépages, des goûts et du climat. » Tous les ans la météo relance les dés.

La Maison Ori élabore une collection par an, inspirée par la nature. La première « Océan » sort tout juste. C’est l’année 2024 qui est mise à l’honneur au travers de quatre cuvées. Abysses, un blanc de noirs recèle un nez explosif de fruits exotiques (ananas confit, poire fraîche, mangue) et un toucher de bouche soyeux. Embruns, où clairette et roussanne dialoguent sur une pointe iodée, les notes de fûts se fondront grâce à la patine du temps. Corail, un 100 % grenache issu de vignes de 66 ans, arbore un profil dense et profond. Récifs allie syrah et viognier sur des notes de cuir et de confiture d’airelles. Cette première collection se réfère aux fossiles découverts dans les rangs de vigne et à la fraîcheur, la minéralité et l’iode perçus lors de la dégustation des baies qui précède la vendange. Ces trouvailles et ces sensations évoquent le Crétacé, lorsque le sud de l’Ardèche était recouvert d’une mer chaude et peu profonde. Et, pour habiller ces vins bien inspirés, le couple s’est lancé dans un défi artisanal : la céramique.

Entre art et artisanat, leur cœur balance

Des assemblages au gré de la saison viticole, pas d’AOC Côtes du Vivarais — dédaignée au profit de la mention "Vin de France" pour conserver toute latitude — chez « Maison Ori » ce sont les Demarquet qui choisissent les règles du jeu. Les vins sont embouteillés dans des flacons en céramique dont les anfractuosités évoquent, pour la collection en cours, la roche calcaire qui compose les sols du domaine.

Maison Ori, millésime 2024, gamme "Océan" ©DR

Avec leurs bouteilles fabriquées et cuites sur place, dans un four alimenté à 90 % par l’énergie de panneaux solaires, Sophie et Clément poursuivent leur « happening viti-vinicole », leur expérience, dans les moindres détails. L’étiquette, minimaliste, « cousue à la Singer », sertit le col d’une bouteille à la contenance peu académique, c’est presque un magnum avec ses 1.4 L environ. Pour ces séries limitées à un unique millésime, la distribution se fait par allocation, avec une livraison sans cartonnage. Les curieux peuvent acquérir le quasi-magnum au prix public de 230 € TTC.

Avec Maison Ori, Sophie, qui pilote la fabrication des céramiques, et Clément, qui imagine les vins, échappent à tout standard… en se gardant d’en imposer de nouveaux. Au contraire, ils s’engagent, millésime après millésime, à livrer de nouveaux « Objets Viniques Non Identifiés ».