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Best Old Vintage Awards : les trois vainqueurs révélés !

De gauche à droite, Séverine Frerson, cheffe de cave du Champagne Perrier-Jouet, Didier Gimonnet du Champagne Pierre Gimonnet et Émilien Erard, chef de cave du Champagne Charles Heidsieck ©Jean-Charles Gutner

Auteur

Yves
Tesson

Date

20.10.2026

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Pour cette deuxième édition du Best Old Vintage Awards consacrée aux millésimes champenois 1995, 1996 et 1998, les trois vainqueurs départagés par le jury ne sont pas sans rappeler ceux qui avait été retenus lors de la première édition dédiée à la trilogie 1988, 1989, 1990. Deux d'entre eux y figuraient déjà : les champagnes Perrier-Jouët et Charles Heidsieck. La preuve qu’il existe un véritable savoir-faire dans l’élaboration des grands vins de garde chez certaines maisons, mais aussi une constance dans les goûts du jury. D’autant que, rappelons-le, celui-ci a tout dégusté à l’aveugle. Toutefois, la présence du champagne Pierre Gimonnet & Fils, marque un tournant, et vient prouver que les vignerons aussi ont acquis une vraie maîtrise technique du genre et peuvent rivaliser avec les maisons les plus historiques. Le point commun entre ces trois vainqueurs ? La place du chardonnay, des grands crus, et le style de vinification très réductif. Lors d’une entrevue au restaurant l’Arbane, Émilien Erard, chef de caves de Charles Heidsieck, Séverine Frerson, cheffe de caves de Perrier-Jouët et le vigneron Didier Gimonnet, ont accepté de nous raconter l’histoire de ces cuvées, les secrets de leur élaboration mais aussi le rôle respectif de leurs œnothèques.

Champagne Pierre Gimonet & Fils, Best Old Vintage 1995 ©Adrien Viller pour Terre de Vins
Champagne Charles Heidsieck, Blanc des Millénnaires, Best Old Vintage 1996 ©Adrien Viller pour Terre de Vins
Champagne Perrier Jouët, Belle Époque, Best Old Vintage 1998 ©Adrien Viller pour Terre de Vins

Où étiez-vous l’année du millésime que vous avez choisi ?

Didier Gimonnet

J’étais déjà sur l’exploitation aux côtés de mon frère, et ce depuis 1986. Si vous voulez une anecdote, mes trois premiers enfants ne sont pas nés sur de bons millésimes, le premier en 1991, le deuxième en 1992 et le troisième en 1994. Aussi, je n’ai pas osé en avoir un quatrième en 1995, et je me dis souvent que j’aurais dû !

Émilien Erard

J’étais à l’école primaire, j’avais 6 ans ! Même si je suis fils de vigneron, je crois que si on m’avait dit à ce moment-là qu’un jour je deviendrais chef de caves de Charles Heidsieck et que je présenterais ce millésime, je ne l’aurais jamais cru.

Séverine Frerson

J’étais stagiaire au Comité Champagne. Je m’apprêtais à rentrer en DNO à Reims. C’est une bonne question, parce que j’ai tendance à considérer que ce qui fait un grand vin de garde, ce n’est pas tellement l’aspect technique, la composition exacte de l’assemblage, mais plutôt l’émotion qu’il suscite en nous. À ce titre, les souvenirs qu’il peut éveiller jouent un grand rôle. Lorsque je déguste un 1998 avec des clients, ils me parlent toujours de la coupe du monde de football. La mémoire est bien faite, ce qui reste, ce sont surtout les belles choses, les moments de célébration et de joie dans sa vie personnelle.

Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir ce millésime plutôt qu’un autre ?

Émilien Erard 

Nous avions envie d’aller là où on ne nous attendait pas. Le Blanc des millénaires 1995 avait déjà sa renommée qui n’était plus à faire. Tout le monde connaît l’histoire : sans en avertir sa direction, le chef de caves Daniel Thibault avait opéré un tirage considérable de plusieurs centaines de milliers de bouteilles, si bien que le millésime est resté sur le marché une quinzaine d’années ! Paradoxalement, 1996, qui est un millésime plus iconique en Champagne, est chez nous moins connu. D’où notre envie de le mettre davantage en lumière. Il a aussi entraîné beaucoup de réflexions au sein de notre équipe. Les années passaient, et malgré l’apport de l’élevage, son acidité demeurait indomptable, à croire que le vin ne devait jamais mûrir. Jusqu’à ce qu’on ait l’idée de le faire vieillir dégorgé, ce qui lui a donné la patine nécessaire pour parvenir à équilibrer sa fraîcheur. Nous lui avons aussi adossé un dosage de 9 g, qui vient balancer cette acidité et qui correspond en même temps à cette générosité que l’on attend chez Charles. C’est ce qui fait la beauté de cette cuvée, en tardant à sortir, elle est devenue un véritable témoin relais que se transmettait les chefs de caves. Daniel Thibault l’a assemblée, Cyril Brun a choisi de la dégorger en 2021, Élise Losfelt l’a mise sur le marché en 2024 et je l’ai proposée à ce concours en 2026 !

Didier Gimonnet 

1995 était un millésime typique de cette époque précédant le réchauffement climatique où la grande question était de savoir si on essayait de pousser plus loin la maturité ou si on cueillait pour se préserver du botrytis. Le dilemme se posait notamment à Cramant où clairement la maturité aromatique au début des vendanges n’était pas encore là et où il existait une forte pression sanitaire. Mon père nous avait dit huit années sur dix, quand on vendange plus tard que les autres, on gagne. C’est ce que nous avons fait, en attendant cinq jours après l’ouverture des vendanges à Cramant, ce qui nous a permis de gagner un degré. À Cuis, nous avons aussi attendu, mais la pression était plus forte ce qui nous a obligés à ne pas cueillir certaines parcelles trop impactées par la maladie. Si on veut élaborer des vins meilleurs que ceux des autres, il faut souvent prendre beaucoup de risques…  Pour moi, 1995 est de ce fait un vrai millésime de vigneron, où nos choix ont pu faire la différence, là où certains négociants qui ne sont pas sur leurs propres vignobles ont moins la main sur les dates de cueillette.

L’autre élément qui m’amuse dans ce millésime, c’est que le style Gimonnet consiste à assembler les grands crus et les premiers crus. Nous sommes en effet convaincus que les premiers crus permettent paradoxalement aux grands crus de gagner en potentiel de garde. Ainsi, lorsque vous regardez la composition de notre 1995, vous avec 40 % de Cuis, soit une proportion de premier cru largement supérieure à ce que je pratique aujourd’hui sur des cuvées haut de gamme. Pour autant, notre présence trente ans plus tard dans le top 3 nous a donnés raison. Je pense que cela servira de leçon à la nouvelle génération qui arrive en ce moment pour reprendre le domaine.

Séverine Frerson

Le choix de 1998 était une manière de rendre hommage à mon prédécesseur, Hervé Deschamps, qui l’appréciait particulièrement. Lorsque je suis arrivée dans la maison, c’est aussi ce vin qui m’a le plus marqué quand nous avons dégusté ensemble l’œnothèque pour m’imprégner du style de la maison. Il avait des notes un peu épicées de safran, je l’avais trouvé chatoyant. Au-delà de cela, c’était aussi une année marquée par un été sec. On n’avait jamais connu de mois d’août aussi chaud depuis 1961 ! J’y ai vu comme un écho à ce que nous avons vécu cet été. On ne parlait pas encore de dérèglement climatique, mais rétrospectivement, on voit bien qu’il y avait déjà quelque chose en route. Aussi sa qualité après toutes ces années, malgré ces conditions un peu extrêmes, est-elle porteuse d’espoir pour la Champagne et son avenir.

De gauche à droite, Émilien Erard, chef de cave du Champagne Charles Heidsieck, Séverine Frerson cheffe de cave du Champagne Perrier-Jouet et Didier Gimonnet du Champagne Pierre Gimonnet ©Jean-Charles Gutner

Comment définiriez-vous le style et l’histoire de vos cuvées respectives ?

Didier Gimonnet

Notre domaine est atypique. Nous cultivons 30 hectares composés exclusivement de chardonnay de la Côte des blancs. C’est mon père qui en a bâti le style. Il avait commencé des études d’ingénieur à supélec et ne se destinait pas à devenir vigneron. Aussi, en 1957, lorsqu’il est arrivé sur le domaine à la suite du départ de son frère chez Moët & Chandon, il a essayé de comprendre avec son esprit très scientifique comment mon grand-père élaborait son champagne. Il a tout de suite été rebuté par l’usage du bois, parce qu’à partir d’un même marc, on obtient une très grande hétérogénéité de qualité d’un fût à l’autre. Il les a donc brûlés et il est passé à la cuve inox. C’était le début du style Gimonnet, où on cherchait à accompagner le terroir en essayant de garder toute sa pureté pour avoir le plus possible de fraîcheur et de minéralité.  Quelque part, nous vinifions comme des designers, c’est-à-dire en ne s’attachant qu’à l’essentiel, et en évitant le plus possible les éléments extérieurs qui pourraient avoir un impact sur le goût.

Séverine Frerson

La cuvée Belle Époque est née en 1964. Elle doit son flacon iconique à Émile Gallé qui a dessiné en 1902 cette fameuse anémone après avoir été subjugué par la délicatesse des vins de la maison. La composition est simple, 50 % de chardonnay, 45 % de pinot noir, et 5 % de meunier, entièrement vinifiés en cuve inox. Le secret consiste à mettre au service des chardonnays de la Côte des blancs (ici Cramant et Chouilly), les pinots noirs de la face Nord de la Montagne (en l’occurrence Mailly et Verzy). Comme ces derniers sont moins puissants que sur la face sud, ils n’écrasent pas la floralité du chardonnay, mais lui apportent juste ce qu’il faut de structure pour la soutenir. Le meunier qui venait de Dizzy sert de lien entre les deux cépages tout en apportant une légère gourmandise, ce côté panier de fruits.

Émilien Erard 

Notre maison a été l’une des toutes premières à proposer un blanc de blancs en 1906. Alors que la version non millésimée cherche plutôt la tension et la minéralité, le blanc des millénaires lancé en 1983 par Daniel Thibaut vise une expression plus bourguignonne. Depuis l’origine, il obéit à une recette constante : l’assemblage paritaire de quatre grands crus de la Côte des Blancs, et d’un premier cru. Cramant a cette dimension austère, ces notes de réduction, cette salinité. Il joue beaucoup sur le potentiel de garde. Avize apporte les notes d’agrume, la fraîcheur, l’acidité, le caractère ciselé. Le Mesnil amène l’intensité, la structure, la puissance. Il forme la colonne vertébrale de l’assemblage. Oger confère ce surplus d’élégance, de fruits blancs, de floralité. Quant à Vertus, il a deux expressions différentes, selon que l’on se trouve sur la partie nord qui jouxte le Mesnil, ou la partie sud qui voisine avec Bergères. La première est plus aérienne et va renforcer la minéralité crayeuse. La seconde est plus exotique. Grâce à ces deux facettes, Vertus peut servir de liant entre les autres crus. La vinification se fait en inox, cru par cru, elle est très réductive pour maximiser le potentiel de garde et que la cuvée puisse ainsi s’épanouir sur dix ou quinze ans.

Dans vos maisons, quelle est la place des œnothèques ? Quel est leur rôle ?

Didier Gimonnet

Malheureusement, notre œnothèque ne va pas plus loin que 1959. Mon grand-père avait souffert de la crise. Pour lui, vendre ses bouteilles jusqu’à la dernière, était une question de survie ! Nous avons deux manières de conserver les vins, sur pointe ou dégorgés. En les mettant sur pointe, nous réduisons les échanges avec les lies, mais aussi l’oxydation. En effet, comme les lies sont accumulées au niveau du col, elles bloquent en partie l’arrivée de l’oxygène. Personnellement, je préfère les dégorgements récents, pour avoir un maximum de fraîcheur, mais quand on vend un vieux millésime, les gens s’attendent à avoir une certaine évolution, et s’ils ne l’ont pas, ils sont déçus, ce qui nous incite à garder des cuvées de l’œnothèque dégorgées deux ou trois ans, voire plus.

Émilien Erard 

L’œnothèque joue un rôle très important chez Charles Heidsieck. Notre marque est vraiment recherchée par les collectionneurs, à la fois pour les Blancs des Millénaires, les cuvées Charlie, et notre vintage. Les chefs de caves ont toujours conservé des anciens millésimes en plus ou moins grande quantité, et cette tradition s’est maintenue malgré les changements de propriétaires. Notre millésime le plus ancien remonte ainsi à 1917. Moi-même j’ai été particulièrement frappé par la qualité de notre 1937, dont nous avons une belle quantité. Et comme nous fêtons cette année nos 175 ans, nous avons créé un projet original, le tirage de 175 jéroboams, créés à partir de l’assemblage de 37 cuvées s’échelonnant de 1937 à 2020. Ce n’est pas de la remise en cercle avec une nouvelle seconde fermentation, mais du transvasage sous pression, sans aucun échange de gaz, car on veille à rester isobare. Le résultat est magique. Une autre originalité de notre œnothèque réside dans les « Mis en Cave », une invention de Daniel Thibaut lancée dans les années 1980, qui consiste à conserver en œnothèque les éditions successives de nos bruts sans année pour les recommercialiser plus tard. C’est une façon de souligner que celui-ci est bien plus qu’une entrée de gamme, mais notre carte de visite, et que l’assemblage, y compris de différentes années, peut être un véritable atout pour le vieillissement.

Séverine Frerson

Nous avons deux œnothèques. Une œnothèque patrimoine, où les flacons sont conservés pour l’histoire de la maison. Son millésime le plus ancien est 1825, quinze ans seulement après notre fondation. Et une autre que nous destinons à la commercialisation, et où les millésimes que l’on remet sur le marché tournent tous les ans. En ce moment, justement, nous commercialisons le 1998. Ces cuvées sont notamment disponibles pour notre club, le Cercle, qui réunit les grands amateurs de Perrier-Jouët et leur propose des cuvées en exclusivité et des expériences spéciales.