(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les Côtes-de-Provence fêtent leurs 40 ans d’AOC. Quatre décennies vues par quelques acteurs de la filière… Témoignages.

Les Côtes-de-Provence représentent aujourd’hui près de 20 000 ha, près d’1 M d’hectolitres, 133 millions d’équivalent bouteilles et 500 entreprises (372 domaines, 38 coopératives, une centaine de négoces) produisant près de 90% de rosé. Elles étaient 43 communes en 1951 reconnues en VDQS (vins de qualité supérieure), 84 en 77 (et 3000 vignerons) quand l’appellation devient AOC et bientôt une centaine après la révision de l’aire géographique qui devrait classer 13 à 17 communes notamment vers Toulon, Marseille, La Gardanne, Fayence… Restera ensuite à affiner avec la sélection parcellaire. En attendant, les Côtes-de-Provence fêtaient jeudi dernier leurs 40 ans d’AOC en grande pompe au château Galoupet avec quelques images d’archives. Témoignages de quelques grands acteurs de l’appellation :

Claude Bonnet, ancien président du syndicat et premier président du centre du rosé :
« Quand on parlait du rosé jusque dans les années 90, même au sein de la profession, on ne nous prenait pas au sérieux et on nous considérait comme des sous-vignerons ne faisant pas du vrai vin. Ça n’a pas toujours été la vie en rosé comme maintenant, mais on a vite fait progresser la qualité et arracher le carignan pour replanter du grenache. »

Louis Fabre, premier président du syndicat :
« La viticulture varoise était en crise à l’époque et l’unité n’a pas été immédiate. À la création du syndicat, les caves particulières voulaient même faire scission car elles ne voulaient pas être associées aux coopératives qui n’avaient pas bonne réputation mais depuis que tout le monde travaille ensemble, l’appellation va bien. »

Guy Gasperini, ancien président du syndicat :
« Le plus marquant dans l’appellation a été évidemment l’énorme évolution qualitative, d’abord avec l’augmentation des cépages comme le grenache et le cinsault qui ont remplacé le carignan. Le rolle qui peut entrer jusqu’à 20% dans les rosés a aussi contribué à cette couleur pâle qui caractérise désormais nos vins. C’est aussi l’amélioration de la vinification et surtout l’utilisation du froid qui s’est généralisée et qui conserve mieux les arômes. Et on peut dire aussi que l’union de toutes les familles de la filière qui vont dans le même sens a beaucoup aidé à faire progresser plus vite les Côtes-de-Provence. »

Jean-Jacques Breban, ancien président de l’interprofession des vins de Provence :
« C’est grâce à l’agronome Fernand Brun que nous avons pris le cap du rosé dans les années 70 et heureusement car, finalement, si nous avions choisi l’option des rouges, nous aurions été noyés dans un marché très concurrentiel. Si on s’était arrêté au rosé de table que l’on envoyait en train à Paris et que l’on ne vendait pas si mal, on serait rester un petit vin de vacances qui donne mal à la tête. Aujourd’hui, on ne trouve plus de mauvais rosés, mais il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers, veiller toujours à améliorer la qualité et ne pas vendre à n’importe quel prix. »

Éric Pastorino, actuel président du syndicat :
« En 1893, Ott avait mis pour la première fois en bouteilles un vin de Provence mais c’est sans doute le rosé Pétale de Rosé de Régine Sumeire qui a marqué un tournant décisif dans les années 80 en valorisant l’appellation. Même les gens d’ici ne buvaient pas de rosé avant pour les grands repas ou les déjeuners de famille du dimanche. Les énormes progrès technologiques faits grâce au centre du rosé créé en 1999 ont été déterminants et la volonté de bouger de toutes les familles du vin a fait le reste. »

Philippe Brel, directeur d’Estandon Vignerons :
« Ce qui me marque le plus c’est l’émergence depuis une dizaine d’années des marques fortes, en particulier à l’export avec une véritable création de valeur ajoutée qui s’appuie sur le socle de l’appellation. On ne nous demande plus uniquement des domaines et des châteaux. L’export a doublé durant cette période pour atteindre plus d’un quart des volumes mais outre cette croissance impressionnante, les bouteilles sont bien valorisées. »

Jean-Marie Porte, président de la coopérative de Montfort s/ Argens :
« Auparavant les familles de vignerons vivaient correctement avec 15-20 ha mais la rançon du succès, c’est que depuis quelques années, l’accès au foncier viticole est devenu plus difficile, les domaines ont du mal à s’étendre et les jeunes vignerons à s’installer même si les investisseurs ont aussi donné une belle image du vignoble. »

À l’occasion des 40 ans, l’appellation a commandé à François Millo, écrivain, photographe et ancien directeur de l’interprofession des vins de Provence un livre Côtes-de-Provence aux éditions du Chêne (192 pages – 35 €) et lancé un concours de packaging remporté par le projet de Caroline Charrel avec sa bouteille Le sculpteur enivré.