Présidant aux destinées du Château Larrivaux – ce Haut-Médoc tutoyant Saint-Estèphe -, Bérangère Tesseron entend bien rappeler aux visiteurs les charmes de la propriété, sa longue et singulière histoire et la qualité des vins produits en ce lieu. Terre de Vins délivre un avant-goût.

Longtemps discret, le Château Larrivaux est-il amené à davantage se faire connaître ?
C’est l’idée désormais. Ce cru a beaucoup d’atouts. Son histoire remonte à 1580, il est toujours resté dans la même famille et les passages de témoin se sont toujours faits de femme à femme. Cette dernière singularité pourrait s’arrêter car avec mon époux Basile [propriétaire du Château Lafon-Rochet], nous n’avons que des garçons. Dans tous les cas, j’ai repris les commandes de la propriété en 2005, l’année de mon mariage. Le vin d’honneur s’est fait dans une ruine et nous avons décidé de la rénover, c’est devenu un chai avec les tableaux des ancêtres sur les murs où les visiteurs peuvent venir déguster différents millésimes du Château Larrivaux. Petit à petit, on fait en sorte de faire venir des amateurs. La propriété s’étend sur 75 hectares, la bâtisse est dans son jus.

Avec Basile Tesseron via le château Lafon-Rochet, mutualisez-vous les opérations œnotouristiques ?
Nous sommes en train de mettre ça en place. A Lafon-Rochet, le développement en la matière est déjà très au point et ça marche très bien. De mon côté à Larrivaux, j’essaye de m’y employer de plus en plus mais nous sommes une petite entité donc c’est moi qui reçois. Alors, quand le visiteur arrive, je peux être sur le tracteur dans la vigne ou au-dessus des barriques dans le chai. Je reçois au feeling. Pour autant, nous voulons réunir nos efforts car pour le visiteur, à 5 minutes en voiture, vous avez un Grand Cru Classé 1855 en Saint-Estèphe avec une majorité de cabernet sauvignon et un cru pas classé en Haut-Médoc avec une majorité de merlot. C’est complémentaire pour comprendre et apprécier le Médoc. Ce sont deux familles, deux étiquettes distinctes, deux consultants différents – à Lafon-Rochet, c’est Jean-Claude Berrouet, à Larrivaux, c’est Eric Boissenot.

A ce propos, parlez-nous des vins, du style Larrivaux ?
Le vignoble de Larrivaux compte aujourd’hui 19 hectares. On peut le diviser en trois ensembles. A l’est, on a l’îlot Borderon avec principalement des cabernets francs avec une tendance à la hausse. On a un secteur de graves, très proche du château avec des cabernets sauvignons, des merlots et des petits verdots qui peuvent aller jusqu’à 16% de l’assemblage. Enfin, l’ensemble de Bages avec beaucoup de merlots. C’est un beau terrain de jeu pour expliquer l’assemblage. On cherche la meilleure maturité, sans analyse, seulement en goûtant les raisins et avec mon directeur technique, Christophe Barbeyron, nous sommes partisans du moins d’intervention possible sur les vins, on aime l’effet millésime. On fait des vins très gourmands, avec des finales sur les épices et le cacao. Il n’y a pas de circuits de visite mais dans tous les cas, nous dégustons, on n’imagine pas quelqu’un visiter une pâtisserie sans déguster.

Propos recueillis par Jean-Charles Chapuzet et Julien Barbot.