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Leos ou la bonne pioche de Patrick Bruel

Patrick Bruel et M.Jabouleyt ©FHermine

Auteur

Yves
Tesson

Date

04.03.2026

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En créant le domaine de Leos, à l’Isle-sur-la-Sorgue dans le Luberon, Patrick Bruel ne s’est pas contenté d’utiliser sa notoriété pour pousser une marque de vin. Avec la même énergie et la même passion qu’il a déployées au théâtre ou dans le monde de la chanson, il s’est investi personnellement, imposant sa vision pour façonner d’abord une huile d’olive qui a fait l’unanimité des plus grands chefs, et désormais un vin qui se décline en rouge, en blanc et en rosé, avec la collaboration de la famille Perrin et de Nicolas Jaboulet.

En rachetant ce domaine situé sur le plateau calcaire de Margoye, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancien champion du monde de poker a tiré une « bonne pioche ». Au départ, il ne s’agissait pour Patrick Bruel que de disposer d'une maison pour passer du temps avec ses enfants et ses amis. « La Provence, c’est un peu le centre de mon monde, dans la mesure où je suis né en Algérie, et j’ai grandi à Paris. J’y allais souvent en vacances. Un jour, j’ai racheté ce domaine pour donner un ancrage à mes deux fils qui avaient à l’époque un et trois ans, je voulais qu’ils aient des racines, une approche de la terre ». Il se trouve que le parc qui entoure la maison comptait une petite centaine d’oliviers, éparpillés çà et là. « J’adore cet arbre, sa beauté, mais aussi le symbole de paix qu’il véhicule. Quand des amis de passage voulaient me faire un cadeau, je leur disais offrez-moi un olivier et nous le plantions ensemble. On est arrivé ainsi tranquillement à 200… Pour m’amuser, j’ai eu envie de faire un peu d’huile et j’ai amené quelques olives au moulin d’à côté, on a produit cinq litres. On l’a trouvée bonne. »  

Patrick Bruel saisit aussi une opportunité lorsqu’il apprend qu’une exploitation revend la moitié de ses oliviers. « Le problème de certains domaines qui pratiquent une production intensive, c’est que les oliviers sont plantés très rapprochés et à un moment donné les racines n’ont plus de place, d’où la nécessité de se séparer parfois de la moitié des arbres pour respecter les 4 mètres de distance. Nous avons racheté ainsi 800 oliviers que nous avons replantés. C’était un vrai pari ! Le fait qu’ils s’adaptent à notre terroir n’avait rien d’une évidence... »  Les résultats sont inespérés. Dès la première année, l’huile H de Leos gagne une médaille d’or dans un concours à l’aveugle. À ce jour, elle en a reçu 83 !

@ François Millo

Une passion née d’une gorgée de Château Lafitte 1929 à 12 ans

Mais le rêve de Patrick Bruel est d’abord de développer son propre domaine viticole. Il cultive en effet une passion pour le vin depuis ses plus jeunes années. « Lorsque j’avais onze ans, ma mère s’est remariée et nous nous sommes installés à Niort. Je suis arrivé dans une famille très différente, appartenant à la grande bourgeoisie française, avec ses traditions, ses dîners et c’est lors de l’un de ces repas qu’un jour mon grand-père m’a initié. Il avait sorti pour les convives une belle bouteille et alors que je n’avais que douze ans, j’ai demandé si je pouvais goûter. Malgré les protestations des adultes, il a dit pourquoi pas et j’ai eu le droit à une petite gorgée. J’ai dit que c’était bon, parce que c’était ce que tout le monde attendait, mais je crois que j’ai vraiment trouvé cela bon. C’était un château Lafitte 1929 ! Sur le moment, je n’ai pas réalisé ce que je buvais, ce n’est que plus tard… Ce goût est resté. Lorsque j’avais quinze seize ans et que je sortais avec mes amis, eux buvaient de l’alcool, moi plutôt du vin. Et puis il y a eu cette rencontre incroyable avec Michaël Goldmann. Cet homme avait tout perdu, sauf sa cave qui comptait 6000 bouteilles. Il y organisait des dîners. Il n’avait même pas le sou pour acheter la nourriture, chacun devait donc amener quelque chose. On pouvait être une quinzaine, il y avait un réchaud pour les pâtes, et lui ouvrait une bouteille. C’était un peu en fonction des gens. S’il estimait que c’était touristique, il restait tranquille, mais s’il avait le sentiment que ses hôtes le méritaient, il pouvait sortir des pépites. Je me souviens là-bas d’une verticale de Château de Sales où nous sommes remontés jusqu’en 1916. C’est là que je me suis initié à la dégustation à l’aveugle. »

Lorsqu’il achète sa maison de Margoye, Patrick demande donc d’emblée à Stéphane Derenoncourt et Lilian Berillon, de venir étudier le terroir et de le conseiller sur le juste encépagement. Audacieux, le chanteur ne se limitera pas aux cépages du Rhône. « Pourquoi ne pas ramener du cabernet ? Je n’ai rien inventé, c’était l’idée de l’un de mes maîtres, Eloi Dürrbach à Trévallon... » L’objectif est de produire de grands vins rouges, mais pour y parvenir Patrick sait qu’il faudra attendre une bonne dizaine d’années pour que la vigne ait un développement suffisant. D’ici là, pourquoi ne pas utiliser le raisin pour faire du rosé ? Un premier tirage de 3000 flacons est effectué en 2019. Le résultat sans être extraordinaire est plutôt satisfaisant et le vin se vend bien.

@ François Millo

L'association à la famille Perrin et à Nicolas Jaboulet

Patrick veut aller plus loin et monter en qualité. C’est à ce moment-là que s’opère un rapprochement avec la famille Perrin qui s’est associé à Jaboulet et qui a cette technicité. « Ils voulaient reproduire le schéma qu’ils avaient avec Brad Pitt et Miraval. Je n’avais pas envie de n'être qu’une image. Parce que j’ai vraiment les pieds dedans, et je voulais que ce soit d’abord le vin qui soit mis en avant. » De là naît le rosé Leos Cuvée Augusta (du nom de la mère de Patrick), dans un premier temps en IGP Méditerranée mais à un prix plutôt élevé pour cette appellation, à 17 euros 50. Cette cuvée intègre la production du domaine ainsi que de l’achat de raisin issu du triangle Luberon Ventoux Alpilles. « La discussion s’est faite en juin 2022, et on a lancé le projet dès la vendange qui suivait. »

Profitant de l’expertise de Nicolas Jaboulet, grand spécialiste des blancs du Nord du Rhône, Leos a aussi créé son blanc. Nicolas explique : « C’est un assemblage de grenache blanc, de roussanne que l’on retrouve dans le Rhône Nord et dans le Rhône Sud, et de clairette, un cépage qu’affectionne particulièrement Patrick. Le problème, c’est de devoir présenter un vin blanc jeune sur le même rythme que les rosés et qui ait en même temps de l’élevage, car nous aimons aller chercher un peu de gras. La solution a été de créer tous les ans une réserve de vin et de l’incorporer. Sur ce 2025, nous avons ainsi environ 8 % de vins de 2024 qui ont été élevés douze mois dans des demi-muids, avec un bâtonnage régulier. » Pour Philippe Faure-Brac, président d'honneur de l'Union de la Sommellerie Française, la réussite est incontestable. « La clé sur les blancs du sud, consiste à garder de la fraîcheur, et la clairette représente un vrai atout ce point, car c’est un cépage fait pour capter le soleil tout en gardant une belle acidité. »

La grande nouveauté de l’année ? Les vignes sont arrivées à maturité au domaine de Margoye et le rouge peut enfin être présenté. La première édition est un millésime 2023. « On part sur un assemblage qui évoluera certainement de grenache, de syrah, de cabernet sauvignon, et de vieilles vignes de carignan. Nous n’avons pas voulu d’une vinification qui soit trop sur l’extraction, pour garder de la buvabilité et un côté frais et gourmand. On est resté aussi prudent sur l’élevage en barrique, même si on ira plus loin sur 2024 et 2025. »

Le lancement de ce rouge est venu évidemment entamer les approvisionnements en raisin du rosé, d’où une transition sur le nouveau millésime 2025 de la cuvée Augusta en appellation Côtes de Provence grâce à la prise d’un fermage sur une propriété à Cotignac. Le prix reste pour autant relativement stable à 18,50 €.

©FHermine