(photos : Solène Guillaud)
(photos : Solène Guillaud)

Le Café de la Bourse accueillait cet après-midi une personnalité forte du vignoble Bordelais : Saskia de Rothschild. La jeune dirigeante (32 ans) des Domaines Barons de Rothschild avait apporté un cadeau aux visiteurs de Bordeaux Tasting : la toute première cuvée de Long Dai, le domaine chinois du groupe.

De Pauillac à Pomerol en passant par Sauternes, puis du Chili à l’Argentine via la Chine, l’emploi du temps de Saskia de Rothschild doit être bien rempli. Cette ancienne journaliste au New York Times a succédé à son père Éric à la tête des Domaines Barons de Rothschild en en 2017, sans excès de confiance : « C’est facile d’être propriétaire, mais il faut ensuite savoir de quoi on parle, j’ai donc voulu me former. » Après une formation en œnologie pour maîtriser la technique, c’est elle aujourd’hui qui « donne la ligne directrice » des vins du groupe, « pour éviter de tomber dans des modes ou des lubies ».

À ce titre, c’est à elle qu’est revenu l’honneur de donner naissance au premier vin chinois de Lafite Rothschild. Mais attention, « ne le comparez pas à un Bordeaux. Nous n’avons pas cherché à faire un Lafite en Chine, nous avons cherché à apprendre le terroir chinois. »

Après avoir décidé dans les années 90 de s’installer en Chine, Lafite Rothschild a jeté son dévolu en 2011 sur la région du Shandong, à l’est du pays. « Nous sommes très proche de l’océan, ce qui nous donne un climat tempéré et permet de ne pas avoir à enterrer la vigne en hiver. Et il y a une très belles arrière-saison. Nous avons fait énormément de recherches sur le terroir, mélange de granite et d’argile. » Les 25 hectares en production (pour un objectif à terme de 35 hectares) sont construits en terrasses : « C’est de la dentelle, chacune des 350 terrasses est traitée différemment. »

Il aura finalement fallu attendre près de 10 ans pour voir arriver ce Long Dai. « Nous avons dû expliquer aux Chinois le temps long du vin. Ils nous poussaient à le sortir. Mais on a fait énormément d’essais, et c’est sur ce 2017 qu’on a été satisfaits. » Aujourd’hui, c’est un assemblage 61 % cabernet sauvignon complété de cabernet franc et de marselan (« un cépage très apprécié en Chine ») à parts égales qui voit le jour. Destinées essentiellement au marché chinois, les 30 000 bouteilles de cette cuvée sont ornées de la montagne sacrée Daï et abritent un dispositif anti-contrefaçon, une précaution plutôt utile sur le marché chinois…

Devant l’auditoire, Saskia de Rothschild ne cache pas sa joie de présenter ce petit nouveau de la galaxie Rothschild : « On a été cherché l’élégance de Lafite, plutôt que la puissance et l’opulence. » Présent au Café de la Bourse, Serge Dubs, meilleur sommelier du Monde, partage son émotion à la dégustation : « C’est un grand moment pour moi de pouvoir découvrir un nouveau vignoble. Je connais peu les vins chinois, c’est une identité nouvelle. On sent de la griotte et beaucoup de végétal. Malgré sa jeunesse, ce vin me procure déjà beaucoup de plaisir. Il vieillira très bien. » Pour ceux qui auraient la chance de le trouver en France, il faudra débourser environ 180 €.

La dégustation terminée, Saskia de Rothschild réfléchit déjà à ses prochains défis : relancer les châteaux de Rieussec à Sauternes et l’Évangile à Pomerol. Puis, interrogée sur d’autres possibles acquisitions à l’étranger, elle confie : « Mon rêve absolu, c’est de faire un vignoble en Éthiopie. Au-delà de l’Afrique du Sud, l’Afrique est un continent d’avenir. » Bordeaux Tasting attend avec impatience de pouvoir déguster dans un avenir proche son premier vin éthiopien.