Très jeune, il a dû vendre son négoce familial… pour le racheter 25 ans plus tard, et devenir dans la foulée président de l’interprofession. En Bourgogne, l’histoire de Laurent Delaunay tranche par sa singularité.

Objets de toutes les spéculations, les domaines familiaux de Bourgogne tombent, de plus en plus, dans l’escarcelle d’investisseurs. La maison Édouard Delaunay a fait le chemin inverse. Vendue au début des années 1990 au groupe Boisset, elle revient dans le giron familial en 2017. La cession et le rachat sont effectuées par un même homme : Laurent Delaunay, arrière-petit-fils du fondateur.

Une revanche sur la vie, diront certains. Lui ne voit pas les choses comme ça. « Il n’y avait pas d’obsession secrète pendant toutes ces années. Mais quand l’opportunité s’est présentée, j’ai tout de suite compris qu’il fallait la saisir», confie l’œnologue, également diplômé d’école de commerce.  Dès le rachat, son équipe se lance tête baissée dans la réfection de la cuverie de l’Etang-Vergy, dans les Hautes-Côtes de Nuits. Et commence, en parallèle, l’approvisionnement en raisins. « On a réussi à trouver une dizaine d’appellations bourguignonnes. Aujourd’hui, nous en  vinifions une trentaine ». Des grands terroirs de la Côtes de Beaune et de la Côte de Nuits, pour l’essentiel. Avec un leitmotiv : le sur-mesure. « Il n’y a pas de dogme », insiste Laurent Delaunay. « Ni sur la vendange entière, ni sur l’extraction,  : chaque cuvée est traitée au cas par cas ». À tel point que le négoce s’approvisionne chez 8 à 9 tonneliers, et n’hésite pas « à changer un fût en cours d’élevage ».

Prochain défi : des Hautes-Côtes parcellaires

Les vins gagnent vite en réputation. Grâce à leur qualité certes mais aussi grâce à une mise en marché soignée. Laurent Delaunay a su mettre à profit l’expérience engrangées avec ses deux autres entreprises : Badet Clément (création de vins de marque) et Domaines et Vins de Propriété (commercialisation de vins de domaine). Un parcours riche, qui n’échappe pas à ses pairs du négoce. Ceux-ci lui suggèrent de prendre la tête de l’interprofession. Mission acceptée fin 2021.

Voilà les planètes alignées pour Laurent Delaunay. Après ça, y a-t-il encore des défis à relever ? Oui, tranche l’œnologue. « Nous souhaitons développer notre offre dans les Hautes-Côtes. L’identification des climats réalisée par les moines en Côte de Beaune et Côte de Nuits n’a pas été complète dans les Hautes-Côtes, et nous voulons travailler en ce sens, en développant des cuvées parcellaires, pour aller identifier de grands vins. Je suis un enfant de cette région, j’y crois beaucoup. » Objectif : devenir la maison emblématique d’un vignoble encore discret. Ou l’achèvement du retour au source pour la maison Delaunay.

Le Château de Charmont, siège de la maison Delaunay dans les Hautes Côtes de Nuits. ©Maison Edouard Delaunay

Terre de Vins aime:

Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits – Charmont – 2020 – 20€

Cet assemblage de quatre parcelles, plutôt orientées Ouest, donne un chardonnay typique des Hautes-Côtes. L’attaque est franche et le reste n’est que rafraîchissement, avec des nuances de zeste de citron, fougère et aubépine. L’élevage, qui comprend un petit pourcentage de fût neuf, apporte un peu de matière et de l’équilibre.

Nuits-Saint-Georges 1er cru Les Perrières – 2019  – 82€

Un terroir qui porte bien son nom, dont le sol particulièrement caillouteux se déploie à deux pas de des carrières de Nuits. Dès le nez la minéralité s’exprime, et en bouche les notes de calcaires chaud se mêlent à un fruit juteux, qui rappelle la cerise burlat et la pêche de vigne, avant une finale à la fois saline et tannique. Le vin de terroir par excellence, à déguster dès aujourd’hui ou à oublier en cave.