Grands travaux au château Brane-Cantenac. Le 2ème Grand Cru Classé 1855 (Margaux), propriété d’Henri Lurton, se donne les moyens d’aller vers toujours plus de précision dans ses vins. Et de marquer sa différence.

Propriété de la famille Lurton depuis les années 1920, reprise par Lucien Lurton en 1954 et par son fils Henri Lurton en 1992, le château Brane-Cantenac, sacré 2ème Grand Cru lors du classement de 1855, fait partie de ces “stars discrètes” du Médoc qui, sans tapage ni gros effets de communication, restent millésime après millésime comme une valeur sûre pour les amateurs de vins de Bordeaux.

Ainsi, à l’heure où bon nombre de grands châteaux bordelais déploient d’importants investissements pour faire surgir du sol des chais époustouflants, entre haute technologie et geste architectural, Brane-Cantenac mène à pas de loup une politique de grands travaux destinés à aller vers toujours plus de précision dans ses vins.

Nouveau cuvier, nouveau chai

Christophe Capdeville, directeur d’exploitation depuis 2004, est bien placé pour parler de cette évolution : arrivé à Brane-Cantenac en 1990, il a gravi patiemment les échelons, des chais à la direction technique, a suivi de près tous les efforts qui ont été consentis depuis vingt ans pour restructurer le vignoble, cartographier le terroir, et se doter d’installations appropriées pour rester dans la course à l’excellence. Cette évolution “progressive” des structures de Brane-Cantenac rend sa visite particulièrement passionnante, puisqu’un cuvier de 1893 voisine avec un cuvier moderne (et même avant-gardiste dans sa conception) bâti en 1999.

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Mais comme l’époque exige d’aller vers toujours plus de précision dans l’expression des terroirs et la maîtrise de la vinification (l’arrivée du tri optique à la propriété en 2010 y a contribué), de grands travaux sont actuellement en cours pour entièrement rénover un cuvier et un chai à barriques. Le cuvier rénové accueillera, dès l’année prochaine, huit cuves bois remplies par gravité, ainsi qu’un espace d’accueil pour les visiteurs, tandis que le chai à barriques permettra d’élever le premier vin (30 à 40% de la production du château) dans des conditions optimales – à noter que la fermentation malolactique se déroule également en barrique.

En se dotant de ce nouveau cuvier, Christophe Capdeville et ses équipes disposeront d’une palette complète (un tiers de cuves inox, un tiers de cuves béton, un tiers de cuves bois) leur permettant de vinifier de la manière la plus précise et fidèle les raisins issus des terroirs de Brane-Cantenac. En particulier de cette belle terrasse de graves argileuses (partagée avec Palmer et Rauzan-Ségla) qui donne aux vins ce style “souple, soyeux, tellement margalais dans la finesse, l’élégance, la puissance contenue et le grand potentiel de garde”, souligne Christophe Capdeville, qui vante à cet égard les conseils d’Eric Boissenot et sa connaissance de toutes les facettes du Médoc. A noter que 14 hectares du vignoble de Brane-Cantenac sont en expérimentation bio depuis 2010 – Christophe Capdeville étant très attentif aux questions de bilan carbone et de résidus de cuivre dans les sols.

La signature Carménère

Le “style” Brane-Cantenac, c’est aussi une proportion non négligeable de carménère : ce cépage autorisé par les décrets d’appellation n’est plus guère répandu dans les vignes de Margaux, mais il n’a jamais totalement disparu à Brane, et a même été replanté en 2007, si bien qu’il occupe aujourd’hui 0, 5% de l’encépagement (le reste étant partagé entre 55% cabernet-sauvignon, 40% merlot et 4, 5% cabernet franc sur 73 hectares en production). “Le carménère est un cépage tardif, irrégulier en termes de production, explique Christophe Capdeville, mais quand il est à parfaite maturité, sa texture de tanins veloutée et sa typicité épicée apportent une note supplémentaire au vin. Nous l’avons réintroduit en 2007, la première récolte a eu lieu en 2009… En 2013, millésime très difficile, il n’y a pas eu de récolte. En revanche, cette année, nous l’avons ramassé douze jours après les derniers cabernets, et nous en sommes très satisfaits. C’est un cépage que l’on appréhende de mieux en mieux, et à terme, nous pouvons envisager de l’intégrer dans l’assemblage du premier vin à hauteur de 2 ou 3%”.

Le millésime 2014 de Château Brane-Cantenac sera donc à déguster avec attention lors de la prochaine Semaine des Primeurs. D’ailleurs, qu’en pense-t-on, de ce millésime 2014, du côté des équipes d’Henri Lurton ? “Nous avions beaucoup de pression après le 2013, qui était assez traumatisant, raconte Christophe Capdeville. Et ce millésime qui s’annonçait difficile a été sauvé par la magnifique arrière-saison. Nous avons eu une vendange saine, de belles maturités, des moûts très aromatiques… 2014 sera assurément un millésime à avoir dans sa cave”.

Rendez-vous au printemps prochain pour les premiers commentaires de dégustation et pour l’annonce des prix de ce millésime 2014… qui sera certainement à suivre de près pour les consommateurs.

Mathieu Doumenge

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