Carole Bouquet était jeudi 31 janvier à Bordeaux Magnum, non pour parler de cinéma, mais de vin : l’actrice-vigneronne faisait déguster son Sangue d’Oro, associé pour l’occasion à la cuisine de Philippe Etchebest et au Château Clinet (Pomerol) de Ronan Laborde. Rencontre avec une star qui transforme le raisin en or.

De Carole Bouquet, on connaît l’incroyable parcours sous les projecteurs, de Buñuel à James Bond, des tapis rouges aux effluves de Chanel. On connaît moins son parcours de vigneronne : voilà de nombreuses années que l’actrice a eu un coup de foudre pour Pantelleria, île volcanique entre la Sicile et la Tunisie, et qu’elle y produit, depuis 2005, son « Sangue d’oro » (sang d’or) : un « passito » – vin liquoreux passerillé – qui reçoit toutes les louanges des dégustateurs. Sur une terre difficile, extrême, battue par les vents, Carole Bouquet transforme le raisin en or. Cette vigneronne « philosophale » était jeudi 31 janvier à Bordeaux, dans l’enceinte de la cave Bordeaux Magnum, pour faire déguster son nectar doré, associé pour l’occasion aux mets du chef Philippe Etchebest (Hostellerie de Plaisance à Saint-Emilion, deux macarons au Guide Michelin) et à une « guest-star » de luxe, le Château Clinet à Pomerol – dont le PDG Ronan Laborde présentait les millésimes 2010, 2007 et 2005.

C’est la deuxième année consécutive que Carole Bouquet honore de sa présence l’enceinte de Bordeaux Magnum. Pour Maxime Hamma, directeur de l’établissement, l’actrice-vigneronne est de facto la « marraine » d’un nouveau type d’événements qu’il souhaite pérenniser : « j’aimerais durablement installer, chaque 31 janvier, cette approche « cannoise » du vin à Bordeaux, en faisant venir des acteurs ou d’autres célébrités impliquées dans la viticulture. Une belle occasion de réunir nos amis, nos proches, mais aussi de donner une touche de glamour qui a tout à fait sa place ici, à Bordeaux ». Un avis que partage Ronan Laborde, du Château Clinet : « c’est un privilège d’être présent au côté de deux stars comme Carole Bouquet et Philippe Etchebest. Au côté du Sangue d’oro et des créations du chef, il fallait un grand cru pour compléter le tableau ! Un tel événement s’inscrit pleinement dans notre partenariat historique avec Bordeaux Magnum, qui nous offre une superbe vitrine dans le centre de Bordeaux ».

Un île « merveilleusement endormie »

Pour Carole Bouquet, cette deuxième visite consécutive à Bordeaux n’a rien d’anodin : « Bordeaux est l’une des grandes capitales du vin, s’enthousiasme-t-elle. Selon les pays ou les régions, on peut porter un regard différent sur ses vins, mais elle demeure incontournable. C’est formidable et symboliquement très important pour moi (qui n’aurais jamais cru faire de vin il y a encore quelques années) d’être ici. »

Et justement, comment franchit-on le pas ? Comment passe-t-on du tapis rouge à la vigne ? « Cela commence par l’amour de l’Italie, de la Sicile, un besoin du Sud, de la lumière, raconte Carole Bouquet. Je suis arrivée un peu par hasard, il y a 15 ans, sur cette île volcanique de 6000 habitants, merveilleusement endormie. Cela a été un choc esthétique, émotionnel. J’ai d’abord acheté un lieu pour marcher, et puis j’ai eu envie de reprendre en main les vignes, les câpriers, les oliviers. Il a fallu replanter, beaucoup travailler. D’un hectare, je suis passé à treize, dont huit de vignes. »

Austérité et volupté

En décidant de produire du vin sur une île où, faute de main d’œuvre, 80% de l’activité viticole a été abandonnée depuis vingt ans, Carole Bouquet n’a pas opté pour la facilité. « C’est un lieu très dur, où le vin est difficile à produire, nous confirme-t-elle. Nous sommes en altitude, exposés aux éléments, nous n’avons eu l’électricité au domaine que tout récemment. Mais m’ancrer ici, y produire du vin, c’était me donner le droit d’appartenir à ce pays que j’aime tant, qui a été le lieu de passage de toutes les cultures méditerranéennes. Le fait que l’on ait essayé de m’en dissuader m’a encore plus motivée ! »

Apprenant, pas-à-pas, la difficile conduite de la vigne et du cépage muscat d’Alexandrie, l’exigeante technique du passerillage, Carole Bouquet s’est progressivement glissée dans sa seconde peau de vigneronne, signant avant tout un vin « qui [lui] plaît, étonnamment voluptueux pour un lieu aussi austère ». Bien sûr, pour y parvenir, elle a su bien s’entourer, à commencer par l’oenologue italien Donato Lanati. Elle a aussi construit son propre chai, après avoir un temps vinifié chez un voisin… Bref, ce vignoble n’a rien d’un caprice de star, et l’actrice s’y investit pleinement, veillant à y être aussi présente que possible, et assurant la commercialisation de ses vins aux quatre coins du monde.

Et lorsqu’on lui demande, après avoir accordé son vin à une raviole de homard et foie gras servie dans un bouillon au curry vert (signée Philippe Etchebest), dans quelles circonstances elle préfère apprécier son Sangue d’oro, Carole Bouquet répond : « à l’heure de l’apéritif, au coucher du soleil, avec un morceau de parmesan ». Avis aux amateurs…

Mathieu Doumenge