La Maison Édouard Brun s’offre un nouveau flacon pour sa cuvée emblématique “Réserve 1er cru Brut”, une bouteille qui devrait être adoptée bientôt par l’ensemble de sa gamme premier cru. L’objectif ? Mieux exprimer l’ADN de la marque qui se veut d’abord du côté du vin plutôt que simple pourvoyeuse de fraîcheur et de bulles.

La Maison Édouard Brun est une maison discrète, située en plein cœur d’Aÿ et fondée en 1898 par un ancien tonnelier, Édouard Brun. En 1927, Edmond Lefèvre, un vigneron du bourg, rejoint la société. Il profite de la pénurie de raisin qui frappe le vignoble à la fin des années 1920 pour vendre ses quatre hectares de vigne à un bon prix. Il a le nez creux : la crise des années 1930 trois ans plus tard entraîne l’écroulement du foncier viticole. Il investit le fruit de la vente dans la construction des bâtiments actuels, situés juste au-dessus de caves du XIIIème siècle. Avec ses deux caveaux gothiques, ses trois niveaux, elles valent le détour. On peut y admirer le dernier ascenseur à fûts que possède la Champagne !

En 1940, Edmond Lefèvre est fait prisonnier. “Il est revenu en 1942, le stock avait fondu autant que lui” commente son petit-fils Emmanuel Delescot. Des 400.000 bouteilles en cave, il n’en reste que 20.000 sous l’effet des ventes obligatoires à l’armée allemande. La confiance des banques va cependant leur permettre de redresser la barre. Les deux hommes orientent leur commerce vers les grossistes “bière, limonade, charbon” en fonctionnant avec des marques d’acheteurs. Ils exportent aussi en Angleterre et en Hollande. En 1968, Edmond Lefèvre transmet la Maison à sa fille et son gendre qui restent sur le même créneau après des tentatives infructueuses vers la grande distribution. Le décès d’un grand oncle habitant à Chigny les Roses apporte en 1979 à l’entreprise un magnifique vignoble de sept hectares en premier et grand cru dans la Montagne de Reims qui sera bientôt étoffé.

Au début des années 1990, ce sont leurs deux fils Philippe et Emmanuel qui reprennent la Maison. Alors que la crise économique ébranle le monde du champagne, il faut revoir la stratégie, d’autant que les ventes directes aux particuliers ralentissent : “il n’y a plus de femmes au foyer pour réceptionner les colis”. Alors, pendant que Philippe s’occupe du travail des vins et des vignes, Emmanuel prend son bâton de pèlerin pour partir à la conquête du monde des cavistes. Il opère un beau repositionnement de la Maison, notamment grâce à la cuvée “Réserve 1er cru Brut”.

La cuvée Réserve 1er Cru Brut, fer de lance chez les cavistes

“J’ai toujours vu mon père servir cette cuvée quand il y avait des invités. Elle s’appelait avant Cuvée réserve, je l’ai rebaptisé Réserve premier cru parce que c’était plus simple et représentatif, notamment pour les cavistes qui pouvaient mieux en parler au consommateur en expliquant l’échelle des crus. De 12% de nos ventes, elle est passée à 40% ! Les cavistes se disaient avant qu’ils avaient déjà un brut et n’en voyaient pas l’utilité. C’est typiquement l’assemblage d’une maison d’Aÿ avec 75% de pinot noir, et 25% de chardonnay, vieillie sur lattes trois à quatre ans”. Pour le pinot noir, la vinification est faite sous bois. Ici on travaille avec des fûts qui ont déjà connu cinq vinifications pour ne pas “avoir le goût de copeau”, mais simplement des arômes d’épices, de miel… Un savoir-faire que la maison n’a jamais perdu, elle dispose même pour ses vins de réserve de quatre grands foudres, renouvelés dans les années 2010 (les précédents ont servi pendant cent ans !) Pour le chardonnay, en revanche on vinifie en cuve, pour conserver sa finesse et sa fraîcheur.

Grâce à son nouveau flacon qui sera étendu à toute la gamme premier cru, Édouard Brun donne à sa cuvée la touche finale qui permettra au consommateur de mieux l’identifier. “Chez nous on a tendance à faire des vins plutôt que simplement des bulles et de la fraîcheur. Donc on a cherché une bouteille avec un corps qui soit comme ancré dans le sol, entraîné vers la terre, la vigne.” La coiffe or très longue qui recouvre le col élancé se veut quant à elle un pied de nez aux jupes de plus en plus courtes qu’on trouve en Champagne. (Prix recommandé 28 € TTC)