La Maison Gardet installée sur la Montagne de Reims à Chigny les Roses vient d’être sélectionnée pour rejoindre la prestigieuse cave de l’Élysée. Un joli coup de projecteur pour cette entreprise familiale aussi discrète que rigoureuse dans l’élaboration de ses vins.

On affuble parfois le champagne du surnom de “vin des rois”, titre qu’il dispute avec le Tokaï, tandis que les grandes maisons ne manquent jamais de courtiser la Reine d’Angleterre pour obtenir le Royal Warrant. Le champagne Gardet a choisi pour sa part le camp de la démocratie, peut-être parce qu’il est né en 1895, sous la IIIème République, à la différence de ses aînés qui ont connu au berceau les perruques poudrées et les jabots en dentelles. En Angleterre, la maison est ainsi fournisseur officielle de la Chambre des communes. Pendant deux ans, sous le mandat de Bertrand Delanoë, les vins de Gardet ont alimenté les réceptions de la mairie de Paris. Enfin, consécration suprême, depuis quelques jours, la petite perle de Chigny les Roses a réussi un nouveau tour de force en intégrant la cave du Palais de l’Élysée.

On sait l’importance de la gastronomie dans la réussite des opérations diplomatiques et chacun se souvient du bon mot de Talleyrand, alors qu’il participait aux accords de Vienne : “Sire, j’ai plus besoin de cuisiniers que de diplomates”. Bien entendu, la qualité des vins accompagnant ces repas constitue alors un élément fondamental.

Pendant longtemps, l’essentiel des bouteilles de la cave de l’Élysée créée en 1947 par Vincent Auriol était constitué de vins de Bordeaux et de Bourgogne même si chaque chef d’État a eu ses vins favoris. De Gaulle, qui avait sa résidence à Colombey les deux Églises en Champagne, avait un faible pour la Maison Drappier. François Mitterrand, en dépit de la loi Evin votée sous sa présidence, aimait le Saint-Estèphe et le Sancerre. Jacques Chirac préférait la bière mais on doit à son épouse la remise en ordre de la cave. Sarkozy ne buvait que de l’eau et Hollande, en homme de consensus, n’affichait pas de préférence.

Avec le recrutement de la sommelière Virginie Routis en 2007, la composition de la cave a beaucoup évolué. L’une de ses premières missions a été en effet de veiller à une plus juste représentation de la diversité des terroirs français. Sa fonction n’est pas de tout repos. Avec un budget annuel d’achat dont on sait qu’il a pu atteindre 250.000 euros, il faut pouvoir assurer jusqu’à 300 couverts par jour. Il est donc impératif pour chaque référence de disposer d’un volume conséquent, d’où la vente aux enchères organisée sous François Hollande. En cédant quelques belles bouteilles, désormais en quantités insuffisantes pour être utilisées, il s’agissait de permettre avec le produit de la vente de renouveler la cave.

Une sélection fondée sur des critères objectifs

Le mode de sélection des vins fait l’objet d’une offre publique. La première épreuve se présente sous la forme d’un dossier. Gardet a ainsi pu mettre en avant sa certification ISO 22.000 qui garantit la traçabilité de tous les intrants utilisés, et sa certification EnVol dont elle peut se targuer d’avoir été la première à bénéficier en Champagne. Celle-ci atteste du souci environnemental dans lequel est produit son champagne de la vinification jusqu’à l’emballage (économie d’eau, tri, recyclage du packaging…).

La deuxième étape est une dégustation à l’aveugle : “Il y a pour nous une belle légitimation dans ce processus. Le choix ne se fait pas en fonction de la notoriété, mais sur des critères objectifs. Et c’est pour cela que des maisons plus discrètes comme les nôtres ont leur chance. Vis-à-vis des cavistes, c’est une information qui compte beaucoup”, confie le président de la maison Gardet, Christophe Prieux.

www.champagne-gardet.com