Cinq générations de Nowack à Vandières tracent, chacune à leur façon, la magie et la liberté d’expression que permet le champagne. Flavien, à la suite de ses pères, redécouvre ce terroir de Vandières. Ses vignes sont travaillées comme des “clos environnementaux.”

Arrivé de Bohème à la fin du 18e siècle alors qu’il fuyait l’incorporation dans l’armée autrichienne, Jean-Baptiste Nowack a trouvé en France, pays des droits de l’Homme, sa patrie d’adoption. Six générations se sont succédé à Vandières, sur les rives de la Marne, cultivant toujours cet esprit de liberté. Ferdinand (3e génération) fit partie de ces vignerons talentueux et tenaces qui reconstruisirent le vignoble après les ravages du phylloxéra. Fernand (4e génération) démarra la vinification à une époque où l’opération, peu courante chez les vignerons, était plutôt l’apanage des maisons. Un choix de liberté poursuivi par Frédéric, vigneron indépendant, qui a développé la vente aux particuliers (45 000 bouteilles), la boutique et le gîte au cœur du village de Vandières.

6e génération, Flavien, est arrivée sur le domaine en 2011. “Je n’ai jamais été obligé de rien par mes parents, salue le jeune homme. J’avais 21 ans, et pourtant, mon père m’a laissé tout de suite une liberté de m’exprimer et faire des choix en viticulture et vinification. C’est à son honneur et j’espère que je saurai en faire de même.”

Dès 2011, les expérimentations démarrent donc à la vigne. Arrêt des herbicides – “on a jamais été des gros utilisateurs” -, passage en conversion bio au pas de gymnastique. 2012 et 2013 démarrent remarquablement. 2014 et 2015 suivent sur la lancée. Mais 2016 signe une année climatique catastrophique. “Ça a été un plantage total, on a perdu 60% de la récolte, se souvient Flavien. On a dû piocher largement dans les vins de réserve pour assurer les volumes. J’ai pris 5 ans de maturité en 1 an”, assure le jeune homme. Et cependant, la bienveillance reste là. “Mon père, les gars du vignoble, personne ne m’a remis en cause en disant ‘bon, maintenant tu t’es bien amusé, on revient comme avant’. On a continué le cheminement bio, mais plus progressivement, avec pragmatisme.”

De son expérience, Flavien tire aussi une plus grande maturité d’esprit, une vision plus transversale. Son objectif est aujourd’hui de considérer la vigne comme un écosystème. “Nos coteaux sont en monoculture de vigne, il y a un manque criant de biodiversité alors qu’on trouvait autrefois dans nos vignes des arbres fruitiers, de nombreuses haies arbustives, de l’herbe, des petits buissons, et toute la faune qui va avec. Chaque année nous plantons une quinzaine d’arbres de différentes espèces et des haies sur 1 ha de vignes du domaine”, se réjouit le jeune homme qui ajoute : “la Champagne a été une des régions les plus productives, mais c’est aujourd’hui une de celles qui comprend et avance le plus vite sur les terrains de la biodiversité et l’agroforesterie, et sur l’environnement de manière générale.”

Fontinette, La Tuilerie, Les Bauchets

En parallèle des champagnes commercialisés par Frédéric sur le domaine, Flavien a construit une gamme parcellaire qui reflète son travail et sa compréhension du terroir de Vandières. “Je me suis rendu compte que j’avais ces vignes toutes les trois à 100 m d’altitude, en milieu de coteau, avec des orientations différentes et chacune sur un cépage. J’ai fait des fosses pédologiques sur chacune d’entre elles, cela m’a apporté une véritable compréhension paysagère de mes vignes.”

Fontinette (vignes plantées dans les années 60, meunier), 35 €
Sur roche-mère de marnes dures calcaires, terre végétale puis argile sablonneuse assez maléable.
Premier nez d’arbres fruitiers à noyau (brugon, pêche bien mûrs), puis au fur et à mesure, le vin gagne en densité et en séveux : fleurs printanières (pâquerette, pissenlit), pleurs de vigne, gelée royale. La bouche est dense, crémeuse, beurrée comme une tarte fine en pâte sablée. L’aromatique est intense, elle évoque les raisins concentrés de ces vielles vignes.

La Tuilerie (vignes des années 2000, chardonnay), 35 €
Sur la même roche-mère un peu plus profonde (1,5 m), un sol plus léger, aérien, à dominante sableuse.
Robe pâle, cordon très persistant. Le nez est fin, évoquant l’anis et le mentholé fin. Bouche ample et légère, rappelant les fruits blancs et l’amande fraîche, quelques touches de fruits à coque.

Les Bauchets (pinots noirs des années 80), 35 €
Sous une couche très fine de terre végétale, un sol pauvre et peu profond qui laisse rapidement place à la dalle marneuse.
Nez très noble et complexe de pinots noirs s’exprimant sur la délicatesse : rose, fleur séchée, violette, berlingot fruits rouges, groseille acidulé. La bouche est très fraîche, dynamique et d’une élégance aristocratique.