(photo AFP)
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L’inauguration de la Cité du Vin, aujourd’hui à Bordeaux, a donné lieu à quelques messages plus ou moins subliminaux de la part des deux personnalités politiques les plus en vue de la journée, François Hollande et Alain Juppé. La question sensible des pesticides, mais aussi celle du TTIP, ont été évoquées.

Évacuons tout de suite le consensus : oui, toutes les personnalités qui se sont succédé sur la scène de l’auditorium Thomas Jefferson de la Cité du Vin ont salué, en ce jour d’inauguration, l’ambition du projet, la beauté du site, l’exigence de la réalisation, le sens du détail. “Cette Cité est unique en son genre. C’est un emblème d’excellence, un succès pour la France”, s’est enthousiasmé François Hollande, reprenant l’avis unanime des officiels qui, comme Sylvie Cazes voyant dans cet édifice une sorte de “Nations Unies du vin, un aboutissement mais surtout une naissance”, ont tenu à souligner que la Cité était certes, une fierté pour Bordeaux, mais surtout une vitrine pour les vins du monde entier.

Messages cachés

Le président de la République venait pour la troisième fois en trois ans en terre girondine, ce que n’a pas manqué de lui faire remarquer Alain Juppé : “Je vais finir par me dire que vous aimez les inaugurations bordelaises…” Blague à part, les deux hommes, qui pourraient bien se retrouver face-à-face dans les urnes l’année prochaine, se sont habilement réparti les rôles.

A Alain Juppé, le rôle du maire visionnaire, du fédérateur, mais aussi du grand sage, lorsqu’il s’est agi de prôner le vin comme “art de vivre, un plaisir, qui se consomme avec modération”, mais aussi de citer Cicéron : “Les hommes sont comme les vins : avec le temps, les bons s’améliorent et les mauvais s’aigrissent”. Y avait-il un message caché ?

Un message caché, il y en avait peut-être plus d’un dans le discours de François Hollande, qui pour sa part a endossé la posture du chef de l’État “au-dessus de la mêlée”, évoquant les “inquiétudes” qui saisissent régulièrement les Français face au changement (un clin d’œil pas très discret aux conflits sociaux actuels), saluant l’implication de l’Union Européenne dans le projet de la Cité du Vin (“L’Europe, elle ne fait pas que contraindre ou réglementer, elle soutient”), mais surtout soulignant l’importance de la filière vin dans l’économie française : “10 milliards d’euros dans la balance commerciale, deuxième secteur d’exportation, une attractivité avérée auprès d’un tiers des 80 millions de touristes qui viennent en France”.

Pesticides et appellations d’origine

Les messages étaient encore plus clairs après que le président du conseil régional Alain Rousset ait évoqué la question des pesticides et phytosanitaires, soulignant le “courage” de Bernard Farges, président du CIVB, sur la question : “on ne peut pas taire ce qui est un problème de société ; il nous faut offrir une perspective de sortie des pesticides dans les 10-15 ans”. Un sujet dont s’est également emparé Alain Juppé, appelant à “l’innovation” sur ce sujet, mais aussi François Hollande, soulignant que “le rôle pédagogique de la Cité du Vin nous oblige à mettre l’accent sur les questions d’environnement et de santé publique”.

Mais le président de la République n’en est pas resté là. Face aux inquiétudes soulevées par les négociations du TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement entre l’Europe et les États-Unis), il a rappelé son attachement à la défense des indications géographiques et appellations d’origine, qui sont la force de la France : “il ne peut pas être question de sacrifier nos intérêts à l’obtention d’un accord”. Rappelant également que le ministre de l’Agriculture doit se rendre à Pékin pour faire reconnaitre une fois pour toutes les appellations d’origine du vignoble bordelais, il a conclu en resituant l’enjeu de la redéfinition de la Politique Agricole Commune à l’horizon 2020. “Il y a une histoire à respecter, à comprendre et il y a aussi une projection que nous devons toujours avoir par rapport à ce qui est le destin de notre pays. Nous ne sommes jamais dans une conception nostalgique du passé”. En politique comme en viticulture, il faut toujours garder l’œil vers l’avenir.