(photo Anaka pour la Cité du Vin)
(photo Anaka pour la Cité du Vin)

J-1 avant l’ouverture de la Cité du Vin à Bordeaux. Pour accompagner cet événement, « Terre de Vins » a concocté un numéro hors-série qui sortira en kiosques le 1er juin. Chaque jour, nous vous proposons des extraits exclusifs de ce numéro. Aujourd’hui, en exclusivité, l’éditorial de Rodolphe Wartel, directeur du magazine.

La voilà enfin ! Bordeaux possède sa pyramide du Louvre, son Guggenheim, la signature enlevée et éternelle d’une création sans égal. D’aucuns, soulevant le courroux des architectes, y verront une carafe, d’autres un serpent de mer surgissant du Port de la Lune, d’autres encore un L majuscule inversé (La Cité du vin) d’autres enfin, plus fidèles au projet, le mouvement du vin dans un verre, tourbillon centrifuge duquel émanent toutes les émotions. Qu’importe ! La Cité est là, ouverte, disponible, accessible de la route comme du fleuve.

Plantée au nord de la ville, à la lisière d’un nouveau quartier – les Bassins à flots – dressée sur les bords de la Garonne tels ces rostres qui permettaient autrefois la surveillance des intrus, La Cité du vin symbolise aujourd’hui le phare qui manquait à la capitale d’Aquitaine et à la capitale mondiale du vin. Elle offre à la fois une œuvre et un palais, la signature artistique que réclamait Bordeaux, classée meilleure destination européenne en 2015, et le centre de ralliement d’un monde viticole en manque de reconnaissance.

C’est aussi ce monde là qu’il faut saluer tant il a saisi la main tendue par Alain Juppé, et a su se rassembler. Jugez plutôt : plus de 20 millions d’euros, soit 25 % du budget global, auront été offerts par quelque 90 mécènes issus du monde du vin ! L’enveloppe est d’autant plus remarquable que ces généreux donateurs, sans lesquels les impôts locaux auraient davantage augmenté, n’en tireront pas directement profit, ou de façon très marginale. Ils s’inscrivent dans un acte collectif, un engagement pour le vignoble le plus célèbre du monde, un soutien à une filière, à une ville classée Unesco qui rêva un temps d’une « Cité mondiale », projet avorté, avant d’atteindre la maturité d’une réflexion au service des vins de Bordeaux, de France et du monde.

C’est là toute l’intelligence de la Cité du vin. Elle n’est pas l’avocate entêtée de Bordeaux, mais l’ambassadrice subtile d’une noble cause : celle du vin, tout simplement, vecteur d’histoire, de géographie, de paysages, d’évolutions scientifiques, de convivialité…, de culture ! Ce projet, porté avec obstination par Sylvie Cazes, présidente de la Fondation et Philippe Massol, directeur, doit aussi sont existence à un homme, un seul : Alain Juppé. Etrangement, alors que les vignerons voyaient dans Juppé un homme certes brillant mais d’une mesure qui confère à la distance, le maire de Bordeaux leur lègue aujourd’hui un joyau qu’aucun n’aurait imaginé à la succession de Chaban-Delmas. Lui qui ne possède dans ce milieu aucun ami intime – même s’il porte une profonde admiration à Jean-François Moueix et à Bernard Magrez – lui qui s’ennuie dans les dîners trop longs et pèse toujours ses mots dès lors qu’il s’agit de défendre le vin, ce Juppé qui a tant attendu à dire « je t’aime » aux châteaux, leur offre aujourd’hui le flambeau qui manquait au vignoble. A un an de l’élection présidentielle, alors qu’il s’apprête à inaugurer la Cité avec son probable rival François Hollande, il offre, avant de s’éloigner pour une année à la conquête d’un nouveau destin, un héritage universel à sa ville – le dernier de son mandat local qui a débuté en 1995 – telle l’apogée d’un grand millésime.

Retrouvez cet éditorial dans « Terre de Vins » hors-série Cité du Vin, en kiosques le 1er juin. Suivez ce lien pour vous abonner.