Premier cru classé à Barsac, l’appellation de liquoreux voisine de Sauternes, le domaine de Bérénice Lurton montre une remarquable régularité millésime après millésime. En témoigne une exceptionnelle dégustation verticale remontant à 1969.

Un millésime décevant à Climens ? Peut-être le 1970, concède Bérénice Lurton, juste avant la reprise du domaine en 1971. L’équipe désorientée avait alors travaillé livrée à elle-même. Pour le reste, le cru classé de Barsac affiche une régularité à toute épreuve. A tel point que même Michael Broadbent, grand critique anglais et Master of Wine décédé en mars 2020, considérait le cru comme l’un des plus constants de Bordeaux, avec Cheval Blanc à Saint-Emilion.

Et il faut bien avouer que peu de choses ont changé dans le domaine situé à Barsac et classé premier cru en 1855. Tout d’abord, le Château Climens (dont on trouve trace dès 1547) n’a changé que cinq fois de propriétaires en cinq siècles ! Le dernier acheteur reste Lucien Lurton en 1971, qui a laissé la propriété à sa fille Bérénice en 1992. Ensuite, la structure du vignoble a traversé les ans, immuable : toujours 30 hectares depuis deux siècles, répartis autour du château. Une double exception dans le Bordelais.

Sur ces bases séculaires, le Château Climens a pourtant largement su évoluer. Tirant partie des sables rouges sur calcaire de Barsac, un sol réputé ingrat mais plus frais, le domaine n’est planté que d’un seul cépage : le sémillon. Depuis 2010, le château est aussi le premier cru classé travaillé en biodynamie, certifié Demeter en 2014. Une vraie gageure pour le directeur technique, Frédéric Nivelle, quand on connaît les caprices du Botrytis, la pourriture noble qui fait les grands vins liquoreux. A Sauternes, le Château d’Yquem lui-même n’a commencé sa conversion à la viticulture bio qu’en 2019.

La marque du calcaire de Barsac

Inclassable au style abouti, Climens affiche des vins lumineux, plus travaillés dans la structure, dans l’équilibre que dans les arômes. « Nous ne recherchons pas l’opulence aromatique mais la pureté », tranche Bérénice Lurton, qui assume un profil de vins d’esthètes.
S’ajoutant au second vin, un délice aux nuances printanières baptisé Cyprès de Climens, Bérénice Lurton a lancé en 2018 un vin blanc sec cristallin, Asphodèle, élaboré avec les jeunes vignes du domaine.

Dans la tisanerie du château Climens, les herbes séchées serviront aux préparation biodynamiques.

Les grands vins liquoreux, jamais fatigants au palais, montrent une liqueur précisément dessinée, un toucher de bouche parfois finement poudré et une finale enlevée, marque du calcaire de Barsac.
« Avec 2014, 2012 est un millésime dont je suis particulièrement fière car il a fallu faire une sélection sans pitié au niveau des vendanges », relate Bérénice Lurton. 2012 est ainsi le premier millésime sauvé par la biodynamie, estime la viticultrice. Malgré les pluies incessante, les raisins sont restés très sains, épargnés par la pourriture grise. Très frais et concentré, le vin évoque, derrière ses notes de fleurs et de fruits jaunes, un côté racinaire qui rejoint la bouche à la texture poudre de craie.

Véritable bombe tout en chair, le millésime 2006 demande encore du temps pour révéler son potentiel. 1989 fait partie de cette trilogie magique, avec les millésimes 1988 et 1990, associant subtilité et concentration. 1977 est simplement bluffant de jeunesse, impossible à l’aveugle de deviner son âge ! Le millésime 1971, premier millésime de Lucien Lurton reste toujours aussi énergique, avec un fondu divin. « Il a tout et dans une parfaite harmonie », confirme Bérénice Lurton.

Le domaine travaille avec deux ânes, Camomille et Fenouil.